VICTIMES ET GROUPES VULNERABLES DANS LE SUD DE LA SOMALIE

 

PREFACE

Etant donné les exigences et les difficultés reliées à l'obtention de documentation écrite sur la situation actuelle en Somalie, nous avons commandé la présente recherche et la rédaction du document au professeur Lee Cassanelli de l'université de Pennsylvanie afin de répondre aux besoins d'information des divers intervenants du processus de reconnaissance du statut de réfugié au Canada. Il s'agit principalement d'information contextuelle permettant de comprendre divers éléments de la situation actuelle des clans et des autres groupes dans le sud de la Somalie. Tel que mentionné dans l'introduction, l'information donnée s'appuie sur les connaissances et l'expérience de l'auteur, sur des documents qui sont à la disposition du public et sur des entretiens de l'auteur avec d'autres chercheurs et des Somaliens ayant quitté la Somalie. L'auteur a fait parvenir les premières ébauches de son rapport à d'autres chercheurs afin de recueillir les commentaires de ces derniers.

La présente publication est le fruit du travail de l'auteur; la Direction générale de la documentation, de l'information et des recherches (DGDIR) de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié en assure la publication. Le présent document ne prétend pas être un traitement exhaustif ni apporter des preuves concluantes quant au fondement d'une demande particulière du statut de réfugié et il ne représente pas la position de la DGDIR ni celle de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié.

Pour plus d'information et pour connaître les derniers événements survenus en Somalie, veuillez consulter les bases de données Refinfo et Refquest ou toute autre source d'information dont disposent les centres de documentation régionaux de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié.

L'AUTEUR

Lee Cassanelli détient un doctorat en histoire de l'Afrique et il enseigne à l'université de Pennsylvanie depuis 1974, où il est actuellement professeur agrégé d'histoire et membre du comité directeur des études africaines.

M. Cassanelli s'est rendu en Somalie plusieurs fois depuis 1971, et il y a séjourné pendant six mois en 1987 à titre de titulaire d'une bourse d'études Fulbright. Son livre sur l'histoire ancienne de la Somalie, The Shaping of Somali Society, est sorti des presses de l'université de Pennsylvanie en 1982; il a également rédigé de nombreux articles sur l'histoire sociale, culturelle et économique de la Somalie au XIXe et au XXe siècles. Il a été le co-fondateur en 1978 de l'association internationale des études somaliennes (Somali Studies International Association).

        Au cours des trois dernières années, M. Cassanelli s'est entretenu des réfugiés somaliens au Kenya, en Italie, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et au Canada; il a étudié le rôle des groupes d'émigrés dans les conflits ethniques au Woodrow Wilson International Centre for Scholars à Washington et il a participé à des conférences sur le rôle des forces du maintien de la paix dans la Corne de l'Afrique.

GLOSSAIRE

ANS               Alliance nationale somalienne

CSU                Congrès de la Somalie unifiée

FDSS      Front démocratique de salut de la Somalie

FIU         Force d'intervention unifiée

FNS        Front national somalien

MDS       Mouvement démocratique somalien

MNSS    Mouvement national somalien du Sud

MPS       Mouvement patriotique somalien

ONUSOM              Opérations des Nations Unies en Somalie

OSAM   Organisaiton somalienne africaine muki

1. INTRODUCTION : PORTEE, SOURCES ET METHODOLOGIE

Le présent document a un triple objet : primo, faire ressortir les plus importantes causes de la récente guerre civile en Somalie et les principaux mouvements migratoires qui en ont découlé; secundo, déterminer quels groupes ont paru les plus vulnérables au cours de ce conflit; tercio, évaluer les risques réels et perçus que continuent de courir certains groupes. La région visée est le sud de la Somalie, soit dans son ensemble le territoire situé entre la vallée moyenne du fleuve Chébéli et la frontière kényane, y compris la région côtière allant de Mogadiscio à Kismayo. C'est cette partie de la Somalie qui a connu les combats interclaniques les plus soutenus depuis l'effondrement du régime Siyaad Barré au début de 1991 et c'est là que la majorité des 28 000 Casques bleus des Nations Unies et soldats américains ont été détachés en décembre 1992 (voir carte no 1). C'est là également qu'un certain nombre de groupes demeurent vulnérables, des milices armées continuant de s'affronter pour contrôler l'accès aux voies d'eau, aux routes et aux installations portuaires stratégiques.

Le contenu du présent document s'appuie sur diverses sources écrites et orales. Parmi les sources écrites, citons les informations de presse, les rapports d'organismes de l'ONU, d'ONG et de groupes de défense des droits de la personne, ainsi que des comptes rendus et des lettres provenant d'observateurs et de participants. A souligner qu'on ne dispose d'aucun document sur de grandes sections du pays où se sont produits combats et mouvements migratoires. Au cours de la guerre civile, les observateurs et journalistes étrangers se trouvaient surtout dans la capitale, Mogadiscio, et dans les grands centres de secours comme Baidoa et Kismayo, de sorte que notre connaissance des événements survenus dans beaucoup de régions éloignées ne s'appuie que sur le ouï-dire. Il n'est pas beaucoup plus facile d'obtenir des renseignements sur la situation actuelle, surtout dans les régions rurales. Ce n'est que récemment qu'on s'est efforcé de rassembler systématiquement et de photocopier les documents publiés par les divers organismes de secours qui ont été à l'oeuvre sur le terrain en Somalie [ Le bureau de la Library of Congress des Etats-Unis à Nairobi a commencé à réunir des rapports et des documents produits par des organismes qui avaient toujours des bureaux en Somalie au moment de la chute de Siyaad Barré au début de 1991. On peut retrouver un répertoire de 534 documents qui sont actuellement microfilmés dans Somalia Reports, Post-Barre Period, Part I, Library of Congress Office, Nairobi, Kenya, 1994. ].

        Comme complément aux rapports écrits, j'ai eu recours à des témoignages oraux, certains que j'ai obtenus de réfugiés somaliens à l'occasion d'un séjour de deux semaines au Kenya en novembre 1993 et d'autres que j'ai recueillis auprès de Somaliens en Italie et au Royaume-Uni en avril 1994. Il faut évaluer avec prudence ces témoignages, car nombre de ces personnes ont subi un stress émotionnel et physique extrême pendant qu'elles étaient en Somalie. Beaucoup des comptes rendus écrits sur lesquels le présent document est fondé sont eux-mêmes en grande partie inspirés d'entretiens avec des réfugiés ou des personnes déplacées, de sorte qu'il faut les considérer avec la même prudence. Etant donné les risques de distorsion ou d'exagération, j'ai tenté d'étayer tous les témoignages oraux par des comptes rendus écrits ou des témoignages oraux indépendants.

La crise en Somalie a fait naître de nombreuses rumeurs et des accusations réciproques provenant de membres de différents clans somaliens. Les membres d'un clan lancent régulièrement des accusations d'intimidation systématique, de violence physique et même de génocide contre les membres d'un autre clan [ Il est traité des accusations de génocide et d'« épuration clanique » dans (Mukhtar et Kusow, 1993, p. 15-22, et dans Prendergast, janvier 1994, p. 7-8.)]. En outre, de nombreuses collectivités somaliennes luttent non seulement pour survivre, mais également pour être reconnues sur le plan international. Elles veulent être considérées comme les résidents « légitimes » de certains lieux et se voir reconnaître le droit d'avoir des représentants politiques sur les conseils de district, ou comme des « groupes vulnérables » admis à une attention particulière de la part des organismes de secours internationaux. Certaines personnes ont même changé de clan pour assurer leur protection ou pour obtenir un avantage temporaire (par exemple, voir Prendergast janv. 1994, 7). Il est souvent difficile de trouver des sources d'information impartiales, ou de confirmer ou d'infirmer des rumeurs. Même si je n'ai pas l'intention d'établir qui a raison ou qui a tort, mais uniquement de déterminer si certains groupes sont réellement vulnérables dans les circonstances, j'ai dû à maintes reprises dans ce document porter un jugement quant à la fiabilité de certains témoignages ou affirmations. Dans les cas où plus d'un point de vue est possible, j'essaie d'indiquer l'éventail des possibilités.

Enfin, comme la situation en Somalie peut évoluer d'une semaine à l'autre, et que les alliances militaires et politiques entre les parties en lutte ne sont souvent que temporaires, j'ai évité de traiter en détail des factions politiques et des personnalités en cause, préférant me concentrer sur les relations entre les groupes et les clans touchés par la guerre. Dans la mesure du possible, je me suis efforcé de comparer les informations en ma possession avec ceux d'autres personnes qui avaient suivi la situation de près et je me suis entretenu régulièrement avec les auteurs de plusieurs rapports récents sur les conditions actuelles en Somalie. Je fais état de ces sources dans les notes en bas de page et les renvois.

2. PHASES DU CONFLIT SOMALIEN : LES CIBLES ET LES VICTIMES

Le conflit somalien est passé par plusieurs phases depuis 1988, chacune étant marquée par des mouvements migratoires et groupes de victimes qui lui sont propres. Par « victimes », j'entends non seulement les personnes et les groupes qui ont fait directement l'objet de violence et de violations des droits de la personne, mais également tout ceux dont la survie était menacée par le climat général d'anarchie et d'insécurité. Il ressort des conversations que j'ai eues avec des réfugiés somaliens en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord que les gens ont fui la Somalie pour divers motifs. Certaines affirment avoir été victimes ou témoins de raclées, de viols et de meurtres, tandis que d'autres indiquent que leurs biens personnels et leurs moyens de subsistance ont été pris de force ou détruits. Certains réfugiés étaient convaincus que leur appartenance à l'un des clans dominants les exposait à des mauvais traitements de la part de leurs rivaux militaires, d'autres craignaient que leur situation de « minoritaires » ou l'absence de liens solides avec un clan en faisaient des cibles faciles pour les milices armées qui continuent d'exercer un contrôle sur une grande partie du pays, et d'autres estimaient avoir été expulsés de leurs villages par des clans de l'extérieur qui convoitaient leurs terres. Ces craintes ressenties par des réfugiés des clans tant principaux que mineurs sont traitées plus à fond dans la section 3.

Une bonne partie de l'insécurité collective ressentie en Somalie remonte aux dernières années du régime Siyaad Barré, de 1988 à 1991, époque où le gouvernement cherchait à réprimer une série de mouvements d'opposition de la part des clans en lançant des troupes contre les populations civiles des clans visés [ Pour de l'information sur les divers mouvements d'opposition somaliens et leurs liens à l'étranger, voir Horn of Africa, janvier-juin 1990.]. En plus de la guerre, qui a fait l'objet de nombreux comptes rendus, contre les populations issaqs dans le Nord en 1988 (Cultural Survival Quarterly hiver 1989; Africa Watch 1990a), les forces gouvernementales ont lancé des expéditions punitives contre les civils hawiyés à Galcaio en novembre 1989 et à Belet Huen en mai 1990, contre des hommes du clan ogaden près de Kismayo en mai 1990 et contre des protestataires civils à Mogadiscio en juillet 1989 et juillet 1990 (Africa Watch 1990b; Samatar 1991). Outre les centaines de civils tués, ces attaques ont détruit du bétail et des biens de production comme des puits, des entrepôts, des ateliers et des pompes dont la collectivité locale avait besoin pour survivre. Ces modes de châtiments collectifs contre les villages de civils de clans rivaux se sont poursuivis pendant la guerre civile après la chute de Barré. Etant donné que les clans somaliens ont toujours considéré la sécurité ou le châtiment comme une affaire collective, des personnes peuvent se sentir menacées du fait de leur appartenance à un groupe même si elles ne se sont pas livrées à des actes de violence manifestes contre des membres d'autres clans.

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        De la chute de Siyaad Barré en janvier 1991 jusqu'au lancement de l'opération « Rendre l'espoir » en décembre 1992, des milices du clan des Hawiyés ont systématiquement déplacé de force des dizaines de milliers de Darods (Marehans, Dolbahantés et Marjertens) de la capitale et de la vallée inférieure du Chébéli. Cette série d'offensives des Hawiyés et de contre-offensives des Darods a été marquée par de nombreux incidents de torture, de mutilation, de viol et d'exécution sans inhumation des deux côtés (AI août 1992). Le contrôle par les Hawiyés (et divers clans) de Mogadiscio et de presque toute la vallée du Chébéli en est résulté. Les civils et soldats darods ont fui vers le sud à Kismayo, à Berbera et au Kenya ou vers la patrie natale de leur clan dans le Nord et le Nord-Est.

Les milices hawiyés ont quitté leurs bases territoriales de la vallée du Chébéli et des grands pâturages et ont progressé dans la région interfleuve (Bay et Bakool). Les habitants sédentaires et mi-sédentaires de ces régions n'avaient pas joué un rôle important dans le gouvernement Barré ni dans les rébellions militaires contre celui-ci. Néanmoins, ils se sont retrouvés en 1991-1992 en plein milieu d'un conflit entre trois coalitions de factions fortement armées : les milices hawiyés du Congrès de la Somalie unifiée (CSU), les forces gouvernementales en retraite (principalement des Marehans) qui cherchaient à se regrouper dans la région de Geedo sous la bannière du Front national somalien (FNS), et des milices dominées par des Ogadens ayant leurs bases dans la vallée inférieure du Djouba et la région de Afmadow qui affirmaient appuyer le Mouvement patriotique somalien (MPS). Les régions de Bay, Bakool et de la vallée inférieure du Chébéli sont devenues des champs de bataille sillonnés en tous sens par différentes milices et leurs ramifications qui volaient du bétail et d'autres denrées et pillaient les pompes, les outils et même les meubles afin de les vendre contre de la monnaie forte. L'état d'anarchie qui en a résulté a nui à la plantation et aux récoltes et a engendré une grande famine dans la région, qu'on a baptisée le « triangle de la mort ». La crise alimentaire s'est aggravée quand les milices contrôlant le port et l'aéroport de Mogadiscio ont empêché que soit acheminée vers les centres de secours de l'intérieur du pays l'aide alimentaire provenant de l'étranger d'une part, pour éviter qu'elle ne tombe entre les mains du FNS et d'autre part, pour tirer un profit de sa vente (Menkhaus 1991; ibid. juill. 1991; AI août 1992; Mukhtar et Kusow 1993, 13-18).

        Des milliers de résidents de la région de Bay et Bakool sont morts, et des milliers d'autres ont fui vers les camps de secours de Baidoa et de Hoddur. Même si des milliers de personnes ont ainsi été déplacées, il s'agissait surtout de membres du clan rahanweyn (Reewin) qui se déplaçaient à l'intérieur de la région interfleuve, car la région était sans littoral et peu de Rahanweyns avaient établi des réseaux de soutien importants à l'extérieur de la Somalie. Les clans de Rahanweyns Digils (voir annexe I) déplacés de la vallée inférieure du Chébéli ont cherché refuge dans la forêt ou à Mogadiscio, dont la population composée d'anciens agriculteurs pauvres a augmenté en dépit de la violence des Hawiyés qui se poursuivait dans la capitale. De la vallée inférieure du Djouba, des milliers d'agriculteurs bantous ont fui au Kenya, où ils se sont joints aux victimes darods des purges antérieures (Prendergast juin 1994; Menkhaus 1993, no 1).

Finalement, la lutte pour le contrôle de Kismayo, principal port de toute la région inférieure du Djouba, a opposé les milices du FNS (Marehan-Majerten), du MPS (Ogaden), du FDSS (Front démocratique de salut de la Somalie, représentant les Hartis Majertens de la région de Kismayo) et l'ANS (Alliance nationale somalienne, coalition formée principalement de Hawiyés qui a succédé au CSU). L'enjeu n'était pas uniquement Kismayo, mais les voies utilisées par les vendeurs de bétail sur la rive occidentale et les agriculteurs commerciaux le long du Djouba inférieur pour acheminer leurs produits au port. Kismayo est devenu un objectif vital des Darods de toutes les factions (FNS, MPS et FDSS) à cause de leur expulsion et de leur exclusion complète de Mogadiscio et des environs (Prendergast juin 1994). La lutte pour Kismayo se poursuit avec la même intensité sur plusieurs fronts et elle est caractérisée par des négociations byzantines qui paraissent sans fin entre les chefs de factions et les aînés en vue des localités, souvent interrompues par des attaques et contre-attaques des milices [ Ce n'est pas le rôle du présent document d'exposer en détail les changements de fortune des diverses parties en lutte dans cette région au cours des trois dernières années, ni les alliances et contre-alliances nombreuses qui ont été conclues et brisées. Ken Menkhaus, qui travaille actuellement pour le PeaceKeeping Institute du US Army War College à Carlisle, en Pennsylvanie, a accumulé une mine d'informations sur la vallée inférieure du Djouba à la suite de longues années de recherche et d'expérience comme conseiller politique de l'ONUSOM, d'août 1993 à avril 1994. On peut trouver dans Prendergast, juin 1994, p. 10-11, un résumé des principaux clans et factions politiques à l'oeuvre dans la vallée inférieure du Djouba et à Kismayo. ]. Toutes les parties en présence ont subi de lourdes pertes, tant en soldats qu'en civils. Les victimes les plus fréquentes ont toutefois été les petits agriculteurs de la région - les minorités bantoues connues sous le nom de « Goshas » ou « Mushungulis » - dont les greniers et les biens personnels ont été volés par les factions armées qui ont sillonné la vallée (Menkhaus juill. 1991; Prendergast juin 1994). Disposant de peu d'armes et n'ayant pas de milices organisées, les agriculteurs bantous étaient pratiquement sans défense; le grand nombre de réfugiés bantous dans les camps du Kenya témoigne de leur sentiment d'insécurité continu (Lehman 1993).

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L'arrivée et le déploiement de la Force d'intervention unifiée (FIU) et des soldats de l'Opération des Nations Unies en Somalie (ONUSOM) en décembre 1992 ont contribué à réduire l'ampleur de la guerre ouverte entre les clans et de l'exode de réfugiés dans le sud de la Somalie. Pendant que l'attention des médias se portait sur le conflit Abgal-Habar Gedir dans Mogadiscio et les alentours (qui a abouti à une impasse et à la division de la ville en deux camps armés), un certain nombre de conséquences importantes ont commencé à se faire sentir à l'extérieur de la capitale.

En premier lieu, les milices des principales factions ont cherché à affermir leur contrôle sur les territoires où les membres de leur clan avaient l'avantage numérique. Au début de 1994, les membres des clans les plus importants pouvaient généralement se retrouver en sécurité dans ces territoires « nationaux » à l'intérieur de la Somalie. Selon des données établies par le HCR au Kenya, il semble que le rapatriement de Somaliens, spontané ou organisé par l'ONU, s'était accéléré au cours de la deuxième moitié de 1993, tout particulièrement parmi les réfugiés majertens, marehans et ogadens (ibid. oct. 1993a; Country Reports 1994 1995).

        En deuxième lieu, à l'intérieur de chacun de ces territoires « nationaux » de fait, les clans les plus faibles faisaient toujours l'objet de menaces de la part des plus puissants. A Geedo, les Marehans, dont l'importance numérique dans la région avait été augmentée délibérément dans le cadre des programmes de réinstallation sur les terres de Siyaad Barré dans les années 1970 et 1980, ont saisi les terres des membres de la minorité gobaweyn, les forçant à devenir métayers ou à s'enfuir vers les camps de réfugiés du Kenya [ Certains des Gobaweyns qui s'étaient rangés aux côtés du CSU lorsque ce dernier avait tenté d'expulser les Marehans de la vallée du Djouba ont plus tard été abandonnés par le CSU et attaqués par les milices des Marehans. C'est le sort qu'ont connu de nombreuses minorités dont les territoires ont été successivement envahis par diverses milices.] (Cultural Survival Quaterly printemps 1994). L'afflux de réfugiés ogadens d'Ethiopie (principalement des partisans de Mohamed Zubeir du MPS d'Omar Jess) dans l'arrière-pays de Kismayo après 1991 a déséquilibré les relations entre les clans locaux et mis en péril les Hartis (les aînés des Hartis ont été victimes d'un massacre aux mains des milices du MPS en janvier 1993) (Menkhaus 1993, no 1). Grâce à leurs armes, les Hawadles ont pu dominer les agriculteurs riverains dans le district de Belet Huen, jusqu'au moment où ils ont eux-mêmes été expulsés en juillet 1994 par les Habars Gedirs avec l'appui des clans locaux qui en avaient contre la domination des Hawadles sur les opérations financées par l'ONU dans Belet Huen (Menkhaus sept. 1994, 3; ibid. s.d.). L'intégration ou l'assujettissement des membres plus faibles par les plus puissants fait depuis longtemps partie des relations sociales des Somaliens, mais l'affermissement du pouvoir des clans dans certaines régions, bien qu'il accroisse le sentiment de sécurité de la majorité, est toujours au détriment des autres minorités et groupes locaux, qui peuvent être forcés à la soumission politique ou au paiement d'un tribut en échange de protection.

        En troisième lieu, bien que la présence des forces de maintien de la paix ait empêché de nouvelles avances d'envergure de la part des milices, la concurrence s'est intensifiée pour le contrôle des riches terres agricoles des vallées du Djouba et du Chébéli et pour obtenir l'accès aux villes portuaires de Merca et de Brava. Cette troisième tendance est la plus susceptible d'entraîner des déplacements de population à long terme dans le sud de la Somalie. Ces régions riches en ressources et importantes sur le plan stratégique étaient d'abord habitées par des clans minoritaires qui, habituellement, n'avaient pas les moyens militaires de défendre leurs droits de propriété contre les milices d'occupation bien armées. Bien que des politiciens ayant de bonnes relations aient accaparé une grande partie des terres fertiles et irrigables du Sud au cours des années du régime de Siyaad Barré (Cassanelli 1995; African Rights oct. 1993), la revendication actuelle de ces terres par des factions s'appuie non pas sur des titres douteux, mais sur la force. Les nouveaux venus prétendent avoir libéré ces terres de l'occupation illégale du régime précédent, mais ils ne semblent pas avoir l'intention de les retourner à ceux qui les précédaient avant le régime Barré. Par exemple, les milices des Habars Gedirs et des Hawadles qui ont expulsés agressivement les Darods de la vallée du Chébéli en 1991-1992, souvent avec l'appui enthousiaste des minorités locales, revendiquent maintenant ces mêmes districts. A des endroits comme Afgoye, Jenaale, Awdeegle, Qoriooley, Merca, Brava et Jilib, où on ne trouvait auparavant que peu ou pas de Hawiyés, les milices de l'ANS jouent maintenant un rôle prépondérant. Dans la plupart de ces endroits, les occupants ont essayé de coopter les chefs locaux pour qu'ils acceptent leur présence, à défaut de quoi ils ont employé l'intimidation ou la force pour remplacer ceux qui ne collaboraient pas par des membres de leur propre clan et des alliés. Les habitants de toutes ces régions contestées auraient quelque raison de prétendre être toujours en péril. L'opération « Rendre l'espoir » a contribué à atténuer la guerre ouverte et à stabiliser les frontières officieuses entre factions rivales, mais elle n'a pas mis fin à des formes plus subtiles de violence - expropriation, intimidation et extorsion - pratiquées dans chaque région.

La « guerre » est maintenant concentrée dans les régions riches en ressources du sud, qui sont aussi principalement, mais non exclusivement, habitées par les minorités [ Comme me l'a expliqué un Somalien en avril 1994, les forces de l'ANS du général Aïdid ont été stoppées à Mogadiscio par les Abgals, à Bardera par les Marehans, à Baidoa par l'alliance Rahanweyn et à Kismayo par les Darods. Tout ce qui leur reste, c'est la domination de la vallée inférieure du Chébéli et de ses minorités faibles sur le plan militaire.]. La plantation et les récoltes ont repris dans de nombreux districts du Sud, mais le gros de l'économie s'appuie sur l'extorsion du surplus pratiquée par les gens armés contre ceux qui ne le sont pas. Même si les groupes dominants ne cherchent pas à déplacer de force ces minorités, ils commandent dans les faits aux résidents locaux, qui doivent souvent remettre leur excédent de récolte aux jeunes miliciens, servir d'aimant pour attirer l'aide des ONG, dont peuvent ensuite s'emparer les gens au pouvoir, et offrir appui public et légitimation aux chefs des forces d'occupation quand celles-ci veulent être représentées sur les nouveaux conseils locaux ou de district. Parce qu'il n'y a pas de contrat social fondé sur l'affiliation clanique entre les forces d'occupation et les villageois, rien n'assure ces derniers qu'ils profiteront des avantages consentis sous forme de secours ou de services. Nous pouvons prédire pour cette raison que certains résidents de ces districts « occupés » - en général de jeunes hommes avec un peu d'argent - continueront de chercher refuge à l'extérieur du pays.

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Il est trop tôt pour dire quel effet le retrait des forces de maintien de la paix à la fin de février 1995 aura sur la situation globale dans le sud de la Somalie. Les forces de l'ONUSOM sur place ne semblent pas avoir servi de médiateurs depuis quelque temps pour les querelles locales. Ce départ a entraîné une série prévisible d'escarmouches pour mettre la main sur le matériel laissé sur place, mais les milices des factions somaliennes n'ont lancé aucune offensive d'envergure par suite de ce retrait. Ce qui est plus inquiétant, ce sont les allégations voulant que des forces militaires de l'ONUSOM aient remis à des milices de l'ANS de l'essence et des provisions pour garantir en quelque sorte la sécurité des Casques bleus. Quand on ajoute à cela la perception voulant que l'ONUSOM ait eu tendance à favoriser les plans du général Mohamed Farah Aïdid en vue de former un gouvernement de coalition après le départ de l'ONUSOM, on est porté à croire que l'ANS du général Aïdid est en meilleure position que ses rivaux à la suite du retrait des Casques bleus. Il semble évident que l'ANS continue d'être une armée « d'occupation » dans la majeure partie de la vallée inférieure du Chébéli (Menkhaus sept. 1994, 7-9).

Voici des facteurs récents qui pourraient influer sur les conflits et sur les mouvements de population au cours des prochains mois. Nous ne pouvons pour l'instant que faire des suppositions quant à l'ampleur qu'ils pourraient prendre.

1. Erosion du pouvoir des factions. Dans un rapport de septembre 1994, Ken Menkhaus résume des éléments de preuve faisant croire que l'appui aux factions et leur pouvoir diminuent (sept. 1994, 12-16). Cela donne plus de poids aux nouvelles diffusées pendant la majeure partie de 1994 et voulant que l'alliance de l'ANS soit marquée par d'importantes divisions (par exemple, voir Somali News Update et Africa Confidential). Les Habars Gedirs ont combattu le clan des Hawadles près de Belet Huen, leurs anciens alliés ogadens près de Jilib et les milices des Murosades dans le sud de Mogadiscio. Plusieurs désaccords ont été signalés entre les Habars Gedirs et leurs divers sous-clans. Mise à part l'instabilité générale engendrée par ces luttes intestines, il est possible que les civils appartenant à ces sous-clans soient exposés à des représailles selon le mode traditionnel. Les Murosades, les Hawadles et d'autres clans possédant de bonnes terres dans la vallée du Chébéli souffriront peut-être des interruptions de leurs activités agricoles, mais il est peu probable qu'on assiste à de grands mouvements migratoires puisque tous les clans des Hawiyés sont bien armés. Les désaccords entre les factions des Majertens, des Marehans et des Ogadens dans la vallée inférieure du Djouba produiront probablement des combats intermittents, mais il ne devrait pas y avoir de changements considérables dans l'équilibre des forces d'ici peu. Les minorités riveraines continueront de souffrir de ces guerres de factions, ce qui pourra freiner leur volonté de revenir au pays à partir des camps de réfugiés au Kenya.

               2. Concurrence pour l'accès aux marchés d'exportation. A la fin de 1994, les milices des Habars Gedirs ont pris le contrôle du port de Merca après de lourds combats avec le clan local des Biimaals. Cela faisait suite à un désaccord entre le dirigeant des Dirs du Mouvement national somalien du Sud (MNSS) - dont l'ensemble des appuis semble venir des combattants dirs près de Jamame, sur les rives du Djouba, plutôt que des Biimaals de Merca - et son ancien allier, l'ANS du général Aïdid. Après coup, on s'aperçoit que cette lutte pour le contrôle de Merca, un débouché important pour les bananes récoltées à Jenaale, n'était qu'un prélude aux « guerres de bananes » qui ont débuté tôt en 1995 entre des milices rivales des Habars Gedirs qui travaillaient pour différentes sociétés d'exportation internationales (Indian Ocean Newsletter 18 févr. 1995; Reuters European Business Report 17 févr. 1995). Ces incidents semblent confirmer ce qui a motivé les attaques constantes des milices armées contre les zones riveraines pendant la guerre civile : occupation des zones productives afin de mettre la main sur les recettes devant découler d'une reprise des exportations.

               3. Incidents de justice expéditive de la part de tribunaux islamiques. Bien que des tribunaux islamiques aient prononcé des condamnations à mort dans le nord de la Somalie en 1992 et 1993, ce n'est qu'en 1994 qu'on entend parler de jugements rendus par des tribunaux islamiques contre des voleurs et des adultères dans le Sud. On a signalé des peines, dont des amputations et des coups de fouet, à Merca et à Mogadiscio (Country Reports 1994 1995; AI 16 déc. 1994). Même si des groupes religieux ont réclamé de temps à autre l'instauration de la loi islamique en Somalie, il ne semble y avoir des tribunaux islamiques que dans les régions où les tribunaux des clans ne sont pas efficaces. Par exemple, je n'ai pas entendu parler de procès expéditifs fondés sur la loi islamique dans les régions de Bay et de Bakool, malgré le caractère très religieux de nombreux habitants de ces régions. Ces tribunaux islamiques semblent combler un vide perçu dans l'administration de la justice criminelle, mais ces incidents ne représentent pas l'amorce d'une tendance importante dans le sud de la Somalie.

               4. Réduction du nombre de meurtres politiques. Il semble y avoir diminution des châtiments claniques imposés pour des abus supposément perpétrés sous le régime de Siyaad Barré, mais des civils continuent d'être tués par des factions comme mesure de représailles. Les Country Reports 1994 font mention d'exécutions extrajudiciaires, de torture, de perquisitions de domicile, d'expulsions et de pillages, mais donnent peu de détails. Il semble qu'une bonne partie de la violence exercée contre les civils le soit plus pour des raisons économiques que pour des raisons politiques, ou qu'elle soit le fait d'actes de banditisme et d'extorsion.

3. CATEGORIES DE GROUPES VULNERABLES

Après avoir décrit certaines des tendances générales qui se dégagent dans le sud de la Somalie depuis quelques années, voyons la situation de catégories et de groupes particuliers de personnes qui peuvent être en péril actuellement.

3.1 Principaux clans

Tel qu'il a déjà été mentionné, la plupart des grands clans des Hawiyés et des Darods détenaient en 1994 le contrôle sur de grandes parties de territoire où les membres de leurs clans dominaient. Il y avait toujours dans chaque territoire des conflits internes entre les chefs des sous-clans et des groupes, et les milices des principaux clans continuaient de se battre pour le contrôle des villes frontalières et des districts représentant les minorités, mais les territoires acquis semblaient suffisamment stables pour que les membres de clans se trouvant dans des camps de réfugiés ou ailleurs puissent y retourner. Maintenant que le gouvernement du Kenya a spécifié son intention de fermer ou de fusionner nombre des camps de réfugiés, de nombreux réfugiés somaliens préféreront sans doute retourner dans leur territoire « natal » en Somalie plutôt que d'accepter d'aller dans d'autres camps où les membres de leur clan seraient minoritaires.

Certains de ces réfugiés pourraient également redoubler d'efforts pour trouver asile dans un autre pays. La plupart des principaux clans ont réussi à établir des réseaux familiaux élargis à l'étranger au cours des années 1970 ou 1980, et ces groupes d'émigrés ont joué un rôle important dans le financement des factions pendant la guerre civile et en venant en aide à de nombreux membres de leurs clans à la suite de cette guerre (Cassanelli nov. 1994).

Il semble que la plupart des membres des clans darod, issaq et hawiyé pourraient maintenant regagner sans danger leur région natale en Somalie, mais plusieurs raisons peuvent les en empêcher. Le coût et le manque de sécurité du transport entrent en ligne de compte pour certains, surtout les pauvres ainsi que les femmes seules et les enfants qui ne peuvent pas compter sur des parents proches pour se faire accompagner dans les régions frontalières où les bandits et les milices armées foisonnent.

Pour certains rapatriés éventuels, le retour en Somalie pourrait comporter des risques politiques. Les liens avec le régime Barré semblent moins infamants qu'ils ne l'étaient dans les mois suivant immédiatement la chute du régime. Les agents de répression les plus en vue de l'ancien régime ont été tués ou bien ont depuis longtemps quitté le pays, et les atrocités commises par les milices qui se sont affrontées au cours des dernières années sont beaucoup plus présentes à la mémoire quand vient l'heure du châtiment que ne sont les actes d'un dictateur maintenant décédé. Le danger est beaucoup plus grand pour les personnes qui, au cours des premiers stades des missions de la FIU et de l'ONUSOM, se sont prononcées vigoureusement contre les « seigneurs de la guerre » ou ont incité l'ONU à adopter une approche plus communautaire en appuyant les aînés de la localité, les dirigeants communautaires et les ONG plutôt que les chefs des milices. Dans une situation où les « seigneurs de la guerre » et leurs partisans détiennent encore le pouvoir, les critiques ouvertes, surtout contre des personnes du même clan, sont considérées comme une menace à l'autorité des chefs de clans.

Tous les grands clans comptent des membres qui, avant la guerre, vivaient et travaillaient comme enseignants, gens d'affaires ou fonctionnaires dans des centres urbains comme Mogadiscio, Kismayo ou Baidoa et dont la perspective allait bien au-delà de celle d'une tribu. Comme ils ont probablement fait l'objet de représailles pour association avec un clan ou perdu leur foyer ou leurs avoirs commerciaux aux mains des milices, ils sont très peu désireux de replonger dans la politique tribale intense de leur patrie. S'ils estiment ne pas pouvoir jouer un rôle « non tribal » en Somalie [ Même les Somaliens qui travaillent pour des ONG sont considérés d'abord et avant tout par les autres Somaliens comme des représentants de leur clan plus que comme des employés impartiaux d'organismes d'aide. La plupart des organismes d'aide en viennent à être assimilés au clan somalien qui détient le pouvoir dans le territoire où ils ont leur administration, de sorte que les résidents locaux s'attendent à ce que ces organismes embauchent des membres de « leurs » clans (Menkhaus s.d.; Politique Africaine 1992, 83-86).], ils resteront probablement à l'étranger, peut-être en essayant de se joindre à des proches qui y ont déjà élu résidence. Finalement, il y a toujours des personnes - même parmi les clans actuellement au pouvoir - qui n'ont plus aucune famille ou dont la famille a rompu avec elles et qui seraient extrêmement vulnérables si elles retournaient en Somalie.

3.2 Clans minoritaires

Comme il est indiqué à la section 2, une grande partie de la violence qui a éclaté après l'arrivée des forces internationales de maintien de la paix a touché les régions occupées par les minorités du pays. Le terme « minorités », tel qu'il est actuellement utilisé par les Somaliens et par les étrangers, désigne les clans ou les collectivités qui n'ont pas de lien généalogique avec l'un des quatre grands clans « nobles », c'est-à-dire les Darods, les Hawiyés, les Issaqs ou les Dirs. « Noble », dans ce sens, découle de la croyance somalienne largement répandue selon laquelle les membres des principaux clans descendent d'un ancêtre somalien commun, et que les clans minoritaires ont une origine différente - habituellement mixte - et des ancêtres asiatiques, oromos ou bantous.

Si l'on inclut les clans agropastoraux rahanweyns de la zone interfleuve (voir l'annexe I), les soi-disant minorités forment probablement le tiers de la population somalienne. La plupart vivent dans des collectivités plutôt petites et distinctes dans le sud de la Somalie et parlent souvent des dialectes locaux, se marient avec les membres de leurs propres clans ou d'autres clans minoritaires. Avant la guerre civile, ils communiquaient rarement entre eux et n'avaient aucun sens de solidarité politique, mais récemment certains ont commencé à se percevoir comme des individus partageant un statut de « deuxième classe » et ils ont commencé à parler d'eux-mêmes collectivement en tant que minorités ayant été la cible de représailles pendant la guerre civile (Cassanelli mai 1994).

Au cours de l'histoire, certains des clans minoritaires plus petits se sont spécialisés dans des métiers comme la pêche (Bajunis et Reers Manyos), le savoir religieux (Reer Sheekh Sufi) ou le travail du métal et du cuir (Tomals et Midgans). Leur expertise dans ces domaines leur a parfois valu un certain respect, même si leur petit nombre les a rendus impuissants sur le plan politique. Par ailleurs, des minorités comme les agriculteurs bantous des vallées inférieures du Djouba et du Chébéli ou les clans rahanweyns de la région interfleuve comptent des dizaines et même des centaines de milliers de membres et, pourtant, n'ont eu que très peu d'influence politique dans la Somalie d'après l'indépendance. Comme la plupart des minorités, les Bantous et les Rahanweyns croient que les principaux clans ont systématiquement usé de discrimination à leur égard en les excluant de postes importants au gouvernement, en limitant leurs possibilités de faire des études et en négligeant les services sociaux et économiques dans leurs districts natals.

En conséquence, les minorités ont tendu à l'autonomie politique et économique et ont cherché à éviter que le gouvernement central ne s'ingère dans les affaires locales. Les membres des minorités parlent une variété de dialectes locaux et régionaux, ce qui les a isolés encore davantage du centre du pouvoir à la suite de la décision de 1972 de faire du dialecte somali du Nord et du Centre la langue officielle nationale écrite. Il n'y a pas de doute que les membres des principaux clans somaliens ont considéré les minorités du Sud avec condescendance et même mépris, et ont estimé qu'il était inutile de les faire participer d'aucune façon sinon superficielle aux coalitions qui gouvernent le pays depuis 1960.

Ces attitudes culturelles ont tout probablement influencé la conduite des milices - dont les membres ont tous été recrutés parmi les principaux clans - dans leur lutte pour obtenir le contrôle du Sud après 1991. Les douzaines de minorités du Sud n'ont pas été perçues comme une menace militaire par le régime Barré et la plupart n'ont pas pris les armes contre ce régime. Ironiquement, ce manque de participation a plus tard ouvert la porte à des accusations portées par les milices d'opposition victorieuses qui ont dit que ces groupes n'avaient rien fait pour renverser le dictateur, et que, en fait, leur position apolitique et pacifique avait aidé à soutenir le régime Barré dans ses dernières années. Ainsi, ces minorités n'ont pas été systématiquement désignées comme cibles militaires par les milices de l'après Barré [ Une exception remarquable est l'exécution par la milice abgal de certains membres du clan minoritaire yibir (voir annexe I).], mais elles ont été à maintes reprises victimes de représailles aux mains d'hommes armés de tout acabit. Leurs maisons ont été fouillées et pillées, les femmes violées et les aînés intimidés. Le sort de certaines minorités au sujet desquelles nous avons une information plus détaillée est décrit à l'annexe I. Vous trouverez ci-après certains des facteurs qui ont rendu les minorités dans leur ensemble particulièrement vulnérables à la violence des milices non seulement au début de la guerre, mais aussi pendant l'intervention des Nations Unies.

1. Faiblesse militaire. La plupart des minorités avaient peu d'armes et aucune tradition militaire. Certains agriculteurs goshas et rahanweyns ont été conscrits de force dans la guerre d'Ogaden de 1977-1978, mais il y avait très peu d'officiers haut gradés et aucun stock d'armes. Ils étaient en grande partie sans défense.

        2. Biens vulnérables. La plupart des minorités dépendaient, pour leur subsistance, d'immobilisations - bateaux et filets de pêche, magasins dans les villes et les villages, terres cultivées et entrepôts à céréales dans les campagnes. C'était là des cibles faciles pour les milices armées et les bandits nomades qui passaient après eux.

        3. Isolement social. Presque par définition, les minorités ont peu de liens de parenté ou de mariage avec des membres des principaux clans [ Les raisons sont variées. La plupart des familles urbaines établies ont tendance à marier des membres de leur groupe à la fois par préférence culturelle et peut-être pour garder la richesse « dans le voisinage ». Les minorités bantous et rahanweyns ont également eu peu d'alliances interclaniques, mais en grande part parce qu'elles ont été écartées comme partenaires de mariage par les clans « nobles ».], liens qui auraient pu atténuer le traitement qu'ils ont reçu.

        4. Neutralité politique. Le fait que les clans minoritaires ne faisaient partie d'aucune coalition des principaux clans les ont ironiquement rendus suspects pour tout le monde. Lorsqu'une faction en remplaçait une autre comme maître temporaire d'une région, les résidents locaux étaient accusés d'abriter ou de soutenir les rivaux. Incidemment, cela a servi de prétexte commode pour les rondes successives de pillage et d'intimidation qu'ont connues la plupart des clans minoritaires.

        5. Réseau limité de soutien à l'extérieur du territoire natal. Parce qu'ils avaient été exclus par le passé des postes du gouvernement et qu'ils n'avaient pu avoir de bourses d'études pour étudier à l'étranger et parce qu'ils préféraient des occupations sédentaires, très peu de clans minoritaires avaient établi des réseaux familiaux importants dans d'autres parties de la Somalie ou au-delà de ses frontières. S'ils perdaient leurs moyens de production locaux, ils n'avaient nulle part où se tourner pour obtenir une aide matérielle et, s'ils étaient chassés de leur lieu de résidence, ils ne pouvaient fuir nulle part ailleurs que dans des camps de réfugiés [ Il faut toutefois faire une exception dans le cas de certaines grandes familles religieuses et commerciales de Mogadiscio, Marka et Brava, qui étaient historiquement liées par des intérêts commerciaux et parfois par des liens de mariage à des familles analogues vivant le long des côtes d'Arabie, du Kenya et de la Tanzanie.].

        En général, les clans minoritaires avaient peu de recours contre les vagues successives de miliciens et de bandits qui parcouraient la région. En temps de guerre, lorsque la force est l'ultime critère, les collectivités sans armes, sans alliés ou sans liens jouissent de très peu de respect ou de statut, et il y a des preuves que les biens et les membres des clans minoritaires ont été traités avec mépris. Il y a des indications qu'à mesure que les diverses milices continuent d'infiltrer les districts où les clans minoritaires vivent, leurs chefs politiques essaient de légitimer la prise du pouvoir en prétendant que les gibil'aad (« peau blanche ») des côtes et les populations rurales bantoues ne sont pas réellement des Somaliens. Ainsi, la menace à l'endroit des clans minoritaires n'est pas seulement physique, mais elle a également trait à leur identité en tant que Somaliens.

3.3 Situation des femmes et des enfants

Les femmes ont été particulièrement vulnérables depuis le déclenchement de la guerre civile, ayant été violées et ayant souffert d'une façon disproportionnée du manque de nourriture. Le viol était largement répandu lors de la première attaque des Hawiyés contre les Darods et au cours des représailles qui ont suivi. Ces viols n'étaient pas seulement le fait de jeunes soldats qui étaient libérés des contraintes de leurs aînés, mais un moyen utilisé délibérément pour humilier les hommes du clan attaqué, qui étaient souvent forcés d'assister impuissants au viol de leurs soeurs et de leurs filles avant d'être eux-mêmes exécutés. Comme dans la société somalienne les enfants appartiennent généralement au clan du père [ Selon Lewis, le mari d'une femme a le droit de revendiquer tous les enfants que la femme met au monde pendant le mariage, peu importe qui les engendre. Les enfants naturels de femmes divorcées ou de prostituées prennent la lignée de l'homme qui les engendre. Lorsque le père est inconnu, la mère invente une généalogie pour ses enfants; ils ne prennent jamais sa lignée (Lewis 1994, 75, no 23).], des rumeurs auraient souvent révélé que certains des assaillants essayaient de féconder des femmes de clans rivaux afin qu'elles portent les fils des vainqueurs. Au même moment, on a rapporté que des femmes enceintes étaient forcées d'avorter, ou que des foetus étaient arrachés des entrailles de leurs mères (AI août 1992).

Les femmes des tribus minoritaires semblent aussi avoir été vulnérables aux viols non pas en raison des vendettas contre ces clans dans leur ensemble, mais parce que ces collectivités en grande partie non armées ne pouvaient les empêcher. La plupart des habitants de Brava que j'ai interrogés à Mombasa étaient convaincus que les actes de violence répétés, dont ont été victimes les femmes de Brava aux mains des milices, avaient pour but de créer des conditions tellement intolérables que les chefs de famille abandonneraient la ville et la laisseraient aux nouveaux occupants.

Non seulement la violence contre les femmes a-t-elle été utilisée comme une arme dans les conflits claniques, mais elle était aussi un symptôme de l'effondrement plus vaste du système traditionnel qui protégeait les femmes grâce au soutien collectif dont elles jouissaient de la part de leur propre famille et de celle de leur mari. Le caractère extrêmement mobile de la guerre des milices de la Somalie après 1991 signifiait que les hommes en âge de se battre étaient loin de leur village, leurs femmes étant ainsi exposées à un plus grand risque aux mains des milices rivales et des bandits nomades. Les femmes qui devenaient responsables de la culture et des petits troupeaux se trouvaient dans des positions précaires, puisqu'elles assuraient la production et la défense des réserves locales de nourriture. La majorité des victimes de la famine dans la région de Bay étaient des femmes et des enfants incapables de semer ou de récolter dans les champs voisins tandis que des soldats itinérants mangeaient à même leurs champs ou volaient de la nourriture dans les convois d'aide. Les scènes de jeunes adolescents armés affamés étaient rares.

Dans la société somalienne, les femmes mariées ont traditionnellement servi à lier les clans de leur père et de leurs frères, auxquelles elles appartiennent toujours, à ceux de leur mari, auxquelles leurs enfants appartiennent toujours. La plupart des clans nomades pratiquaient une certaine forme d'exogamie - mariage à l'extérieur du clan - pour aider à renforcer les alliances avec les étrangers. Les femmes étaient échangées entre clans et sections de clans enclins à lutter pour obtenir le contrôle de l'eau et des pâturages (comme les Habars Gedirr Saads et les Majertens Omars Mahmuds, ou les Habars Gedirs Ayrs et les Marehans dans la Somalie du centre). Ces liens aidaient à régler les conflits entre clans grâce à la médiation, puisqu'il y avait toujours des familles qui avaient des parents de conjoints dans l'autre camp et qui voulaient en venir à un règlement pacifique des conflits.

Des Somaliens m'ont dit que même dans les vendettas qui ont suivi la chute de Siyaad Barré, certains individus parmi les groupes visés étaient épargnés à l'occasion, parce que l'attaquant se rendait compte qu'il lui était lié par le mariage. Malgré ces quelques cas, la guerre récente semble avoir accéléré une tendance chez la plupart des clans, qui cherchent dorénavant à exclure les étrangers et à fermer leurs rangs : les liens du sang (par la lignée du mâle) sont devenus les principales balises de l'identité et de la loyauté. L'anthropologue le plus connu parmi les spécialistes de la Somalie a fait remarquer que dans le conflit actuel, [traduction] « dans les régions autrefois caractérisées par une hétérogénéité clanique où des membres de clans différents vivaient ensemble de façon harmonieuse et se mariaient entre eux, le mariage à l'extérieur de son propre clan est devenu l'exception plutôt que la règle comme autrefois » (Lewis 1994, 51). Bien que je ne puisse confirmer cette information, plusieurs Somaliens m'ont dit qu'au nom de la solidarité clanique, certains de leurs amis avaient été contraints par des parents de divorcer de leur femme appartenant à un autre clan et de prendre une nouvelle femme dans leur clan même.

        L'incidence sur les mères et leurs enfants a également été dévastatrice. A Mogadiscio, [traduction] « les femmes qui se sont mariées avec un homme d'un autre clan se sont trouvées sérieusement défavorisées puisqu'elles-mêmes et leurs enfants ont été reniés et laissés sans protection par les deux côtés » (Lewis 1994, 51). Aux alentours de Kismayo, on signale que de vives querelles familiales éclatent parce qu'on cherche à recruter les enfants de mariages mixtes dans les milices d'un côté de la famille - habituellement la milice du père - et il y a même des rumeurs non confirmées voulant que des mères soient forcées par leur familles de tuer leurs propres enfants parce qu'ils appartiennent au clan du père (Menkhaus s.d.).

Enfin, pour beaucoup de femmes, même la fuite au Kenya et la réinstallation dans des camps de réfugiés offrent peu de sécurité réelle. Beaucoup de viols ont été signalés, les assauts ne venant pas uniquement de réfugiés somaliens, mais aussi de policiers kényans et d'employés de la sécurité. Les femmes qui doivent aller à l'extérieur du camp pour chercher du bois de chauffage s'exposent également à des risques aux mains de bandits kényans ou somaliens (African Rights sept. 1993; Prendergast janv. 1994, 11).

ANNEXE I : A PROPOS DE CERTAINS GROUPES MINORITAIRES

A. Bajunis

Les Bajunis forment un petit groupe d'environ 3 000 à 4 000 individus qui sont surtout des marins et des pêcheurs. Ils vivent en petites collectivités sur la côte de l'océan Indien et certaines des plus grandes îles proches du littoral entre Kismayo et Mombasa, au Kenya. Il y a aussi un nombre important de familles qui vivent à Kismayo et un plus petit nombre à Mogadiscio et à Brava. Les plus vieux Bajunis s'identifient souvent eux-mêmes suivant leur île d'origine (Koyama, Ngumi, Chovayi, Chula, etc.), bien que la plupart se soient maintenant réinstallés sur le continent. La majorités des anthropologues croient que les Bajunis possèdent un mélange d'antécédents arabes, bantous, somaliens et peut-être malais. Beaucoup ont la peau et les cheveux plus pâles que les autres Somaliens, bien que les Somaliens locaux les distinguent habituellement par leur langue principale, le kibajuni, dialecte du swahili. Ceux qui vivent ou travaillent dans les villes du continent parlent aussi le somali. Seulement une poignée d'entre eux ont reçu une éducation occidentale.

        Les Bajunis ne semblent pas avoir fait l'objet d'attaques personnelles ou politiques pendant les conflits. En raison de leur mobilité en mer, ils n'ont pas été autant en danger que d'autres minorités somaliennes (Menkhaus juill. 1991). Certains ont même gagné de l'argent - jusqu'à 400 $ US par passager - pour transporter dans leurs bateaux de pêche des réfugiés de Brava et Kismayo jusqu'au Kenya. Pourtant, en novembre 1993, j'ai rencontré beaucoup de Bajunis qui s'étaient réfugiés chez des parents dans des villages côtiers du nord du Kenya, et des centaines d'autres qui s'étaient retrouvés dans le camp de réfugiés de Jomvo près de l'aéroport de Mombasa. La plupart des observateurs considèrent que le camp de Jomvo est le moins enviable du Kenya.

Beaucoup de Bajunis se sont réinstallés au Kenya parce qu'ils ne peuvent vendre leurs poissons et réparer leurs bateaux en Somalie, étant toujours menacés par les milices armées qui ont l'habitude de voler leur équipement et de le revendre à des prix exorbitants. Un ancien représentant des Nations Unies m'a raconté récemment qu'un projet à effet rapide qui avait permis de donner des filets pour aider à repartir une coopérative de pêcheurs à Kismayo avait été cédé aux pressions des chefs des factions dominantes de la région. Or, quand les imposteurs se sont rendus compte qu'ils ne savaient pas comment utiliser les filets, ils ont simplement coupé les filets des pêcheurs bajunis locaux, les obligeant ainsi à acheter l'équipement qui avait été donné (Menkhaus s.d.).

Dans ces circonstances, beaucoup de Bajunis appauvris ne pourront être rapatriés en Somalie avec promesse de sécurité. Il se peut qu'ils n'aient plus la capacité de gagner leur vie en Somalie. Par ailleurs, comme ils n'ont qu'une poignée de professionnels instruits et de résidents à l'étranger, il est peu probable qu'ils aient les moyens ou les contacts voulus pour émigrer en grand nombre.

B. Habitants de Brava

Bien qu'ils partagent les facteurs de vulnérabilité communs aux autres minorités somaliennes (voir plus haut), les résidents de la ville côtière de Brava semblent avoir été choisis pour être harcelés dès le début de la guerre civile [ D'après Menkhaus, le CSU a choisi Brava et ses habitants pour leur faire subir un traitement particulièrement dur, nombre de meurtres et de viols ayant été signalés (Menkhaus 1991).]. En 1993, un représentant de l'ONUSOM a écrit [traduction] « qu'aucun autre groupe ethnique ou social n'avait connu de traitement aussi brutal et continu aux mains de bandits nomades et de factions armées de toutes sortes ». Il a ajouté que [traduction] « d'autres peuples côtiers du sud de la Somalie, tous associés à des activités commerciales de longue date, avaient subi des atrocités analogues. La plupart des Hamars-Weyns du vieux quartier de Mogadiscio ont été forcés de fuir le pays, et la petite collectivité swahili et indienne de Kismayo a également été forcée d'agir ainsi. » Menkhaus a peu d'espoir que les habitants de Brava qui se sont enfuis au Kenya puissent retourner en toute sécurité en Somalie étant donné que [traduction] « les Somaliens ont bien précisé que, malgré des éléments de preuve historiques, ils considèrent que les habitants de Brava et d'autres peuples côtiers sont des étrangers » (Menkhaus 3 mai 1993). Les habitants de Brava que j'ai interrogés à Mombasa en novembre 1993 font état des mêmes actes de pillage, de viols et d'intimidation perpétrés par la série de milices qui se sont installées temporairement à Brava. Un ancien maire de Brava a rapporté que pas moins de dix milices différentes avaient occupé la ville entre janvier 1991 et mai 1992. Au cours de la plupart de ces occupations, les envahisseurs s'appropriaient les véhicules et les réserves locales de nourriture et commettaient au hasard des actes de terreur et des viols (Zen Jelani 1992). Les forces de maintien de la paix des Nations Unies ne se sont jamais rendues à Brava, même après que la FIU a commencé ses opérations. Suivant des sources bravaneses, à deux occasions, de la nourriture distribuée par un ONG coréen a été volée par les milices armées qui avaient la haute main sur la ville (Menkhaus juill. 1991, 43; Zen Jelani 1992).

Pourquoi les habitants de Brava ont-ils été la cible des milices? Plusieurs explications sont possibles. Même à l'époque coloniale, la ville et ses habitants avaient la réputation d'être pacifiques, d'avoir l'esprit d'entreprise et d'être quelque peu isolés du reste de la société somalienne. La plupart des habitants parlaient le cimini, un dialecte du swahili, plutôt que le somali comme première langue [ Beaucoup d'habitants de Brava ont des liens familiaux avec les collectivités swahilis le long de la frontière kenyane. Ces liens les ont souvent aidés à se réinstaller après avoir fui la Somalie, et expliquent aussi la confusion au sujet de l'identité ethnique des habitants de Brava s'étant récemment réfugiés au Royaume-Uni; parce qu'ils sont arrivés du Kenya et parlent le swahili comme première langue, certains ont été soupçonnés d'être des Kényans plutôt que des Somaliens. Or s'ils parlent le cimili (ou le chimbalazi), ils sont presque certainement des résidents de la Somalie (Cassanelli mai 1994).]. Ils ont aussi tendance à se marier entre eux et ont la réputation de coexister avec n'importe quel gouvernement national au pouvoir, même s'ils ne s'y fient pas entièrement. Beaucoup vivaient dans de belles maisons de pierre et avaient la réputation d'être assez riches. A cause de ces caractéristiques ainsi que de leur faiblesse militaire, les milices qui ont envahi leur ville les ont traités avec ressentiment et mépris [ Brava était soigneusement surveillé par les forces de sécurité de Siyaad Barré, probablement parce que la plupart de ses habitants semblaient manquer de ferveur « révolutionnaire » et parce que Brava était un lieu de vacances fréquenté par un grand nombre d'expatriés. J'ai été témoin de l'arrestation d'un jeune cuisinier de Brava qui nous avait accompagnés, mon fils et moi, pendant une fin de semaine de vacances à Brava; il avait apparemment été mis sous garde parce qu'il avait escorté deux gaals (étrangers) dans la ville où sa famille et bon nombre de ses parents vivaient. J'ai dû soudoyer les forces de sécurité locales pour le faire relâcher.].

        Les habitants de Brava déplacés que j'ai interrogés au Kenya et au Royaume-Uni avaient la même histoire en commun : leur maison avait été pillée, leurs biens et leur or volés, les femmes de Brava violées et les hommes victimes d'actes de violence commis au hasard (voir Asha s.d.). Ils pensent que ces actes de violence avaient pour but de faire honte aux hommes et de les forcer à quitter la ville avec leur famille, et d'intimider les aînés qui restaient pour qu'ils reconnaissent l'autorité du CSU, et plus tard de l'ANS (les factions des Hawadles et Habars Gedirs). On comptait une vingtaine de familles de Brava vivant à l'étranger avant la guerre, et beaucoup d'autres chercheront probablement à les joindre prochainement.

C. « Bantous » somaliens

Dans le contexte somalien, le terme « bantou » s'appliquait historiquement à des individus qui seraient venus d'Afrique de l'Est et suggérait habituellement un statut peu élevé et des origines d'esclave. Plus récemment, toutefois, le terme a acquis un sens politique plus positif, puisqu'il a été repris par des Bantous somaliens qui ont créé leur propre organisation politique - Organisation somalienne africaine muki, ou OSAM - pour se faire reconnaître à l'échelle internationale. Certains chefs bantous utilisent également le terme « jareer », qui servait autrefois à désigner les Somaliens à peau foncée d'apparence « africaine », pour marquer qu'ils appartiennent bien à un mouvement politique actif (Luling 1994).

Les Bantous ou Jareers qui vivent dans la vallée inférieure du Djouba, collectivement connus sous le nom de Goshas (peuple de la brousse), comprennent des groupes distincts comme les Ziguas, Zaramos, Magindos, Makuas, Manyasas, Mushungulis et Yaos. Ces tribus correspondent aux peuples qui vivent dans la Tanzanie, le Malawi et le Mozambique modernes. Selon toute probabilité, il s'agit des tribus d'origine de leurs ancêtres, qui sont venus en Somalie à titre d'esclaves au XIXe siècle. Au cours des quelques générations qui ont suivi, un grand nombre se sont convertis à l'islam, ont appris à parler le somali (habituellement la variante af-maay du Sud) et se sont même assimilés aux clans somaliens locaux, même si aux yeux de la majorité des Somaliens ils ont conservé leur statut peu élevé d'anciens esclaves.

        D'autres Jareers sont des habitants de longue date des villages agricoles le long du fleuve Chébéli, de Qorioley à Belet Huen, et de villages de la zone interfleuve comme Bur Heybe et Baidoa. Historiquement, la plupart de ces groupes ont été des « clients » des clans pastoraux dominants et ont dépendu de ces pasteurs pour la protection et le commerce. Certains Jareers de la vallée du Chébéli ont souffert de la guerre au cours des dernières années, mais ils ont été beaucoup moins déplacés que les minorités bantoues (Goshas) de la vallée du Djouba.

Pendant les premiers temps de la guerre civile, les Goshas ont été frappés plus durement par le pillage que tout autre groupe social de la vallée du Djouba, et, en juin 1992, ils avaient été déplacés dans quelque 50 camps (Menkhaus juill. 1991; Prendergast juin 1994, 17). L'effondrement des plantations de fruits et des fermes d'Etat qui avaient servi de sources supplémentaires de nourriture et d'emplois a davantage érodé leurs moyens de subsistance, et ceux qui sont restés dans leurs villages ont souvent été terrorisés par des vagues successives de milices armées.

Même si l'OSAM prétend parler pour l'ensemble des Bantous somaliens, ses membres n'ont pas le même attachement à la notion de citoyenneté somalienne. Certains Bantous ont récemment affirmé qu'ils voulaient retourner dans leurs chefs-lieux ancestraux de l'Afrique de l'Est, parce qu'ils craignent ne plus jamais avoir l'assurance de pouvoir occuper leurs terres et être perpétuellement considérés comme des citoyens de deuxième classe sous n'importe quel gouvernement somalien. Un agent du HCR travaillant sur place a indiqué que près de 75 % des quelques 10 000 Bantous résidant dans les camps de réfugiés du Kenya à la fin de 1993 disaient ne pas vouloir être rapatriés en Somalie (Lehman 1993).

Au siècle dernier, certains segments de la population bantoue se sont partiellement assimilés à la société somalienne et considèrent toujours la Somalie comme leur pays (par exemple, ceux qui résident depuis longtemps à Kismayo, dans la région de Bay et le long du Chébéli), tandis que d'autres, surtout dans la vallée inférieure et moyenne du Djouba, ont eu tendance à préserver leurs traditions culturelles et linguistiques distinctes et sont donc plus susceptibles de continuer à s'identifier à leur tribu d'origine est-africaine. En outre, même si tous les propriétaires terriens des groupes minoritaires semblent risquer de plus en plus d'être aliénés de leurs terres, dans les deux dernières décennies, les Bantous de la vallé du Djouba ont connu ce sort ainsi que la confiscation par l'Etat beaucoup plus souvent que leurs compatriotes des autres districts (Besteman et Cassanelli 1995). Il y a bien eu quelques tentatives pour rapatrier les réfugiés goshas dans la région de Kismayo au début de 1994, mais les actes continus de violence et l'insécurité qui caractérisent la vallée inférieure du Djouba menacent de créer un nouvel exode des minorités bantoues lorsque les forces des Nations Unies abandonneront Kismayo.

D. Rahanweyns (Reewins)

Le terme rahanweyn ou reewin désigne environ trois douzaines de clans qui habitent la zone interfleuve du sud de la Somalie. Ces clans sont concentrés dans les régions de Bay et du sud de Bakool, mais ils forment aussi des minorités importantes dans le Geedo ainsi que dans les vallées inférieures et moyennes du Djouba et dans la vallée inférieure du Chébéli. Ils se distinguent des autres Somaliens par leur utilisation de l'af-maay, dialecte régional qui sert de langue véhiculaire entre les divers groupes rahanweyns, dont plusieurs parlent également des dialectes locaux distincts, et certains, les dialectes de leurs voisins bantous riverains. L'af-maay diffère considérablement de la version af-mahaad du somali qui est devenue la langue officielle écrite de la Somalie en 1972, ce qui de l'avis de la plupart des Rahanweyns les désavantage dans leurs efforts d'apprendre à lire et à écrire et de participer pleinement à la vie publique. Les Rahanweyns diffèrent également des autres grandes familles de clans somaliens par leur économie mixte agropastorale. La majorité des familles rahanweyns dépendent de l'agriculture et du bétail pour leur subsistance, ce qui fait que des groupes particuliers de Rahanweyns s'identifient plus étroitement avec des villages précis. Par l'intermariage et l'établissement d'une clientèle, les clans rahanweyns ont historiquement absorbé des invididus de familles d'autres parties du pays dans leurs collectivités locales. Avec la politisation intense de l'identité clanique pendant la récente guerre civile, cette pratique a amené beaucoup de clans non rahanweyns à revendiquer des droits pour obtenir des terres et être représentés dans les régions de Bay et de Bakool (Mukhtar et Kusow 1993).

        Les Rahanweyns, qui sont nombreux et hétérogènes sur le plan généalogique, sont habituellement divisés (suivant leurs propres catégories) en Digils et Merifles. Les Digils comprennent sept clans (dont les Geledis, Begedas, Tunnis, Jiddos, Garres et Dabarres) qui habitent les districts intérieurs adjacents aux vallées inférieures du Chébéli et du Djouba. Les Merifles se divisent en deux grands segments : les Sagaals (« neuf »), qui comprennent les Hadamas, Laways et Gasarguddas des régions de Bakool et de Geedo, et les Siyeeds (« huit »), qui comprennent les Hariens, Heraws, Emids et Elays de la région de Bay. Chacun de ces clans se divise en grandes et petites lignées qui occupent des territoires relativement distincts et auxquelles sont souvent joints des groupes dépendants d'artisans, de chasseurs et de cultivateurs dont les ancêtres ont peut-être été des esclaves. La structure sociale hiérarchique de beaucoup de clans rahanweyns, ajoutée à leur hétérogénéité, a probablement rendu plus difficile pour eux la mobilisation d'alliances cohésives pour défendre leur région au tout début de la guerre civile, et elle a certainement facilité la manipulation du clan et les divisions fondées sur le statut par les factions externes rivalisant pour s'emparer de territoires dans les districts de Bay, de Bakool et des vallées.

La vulnérabilité des Rahanweyns à la famine et au déplacement en 1991-1992 était due en partie au fait qu'ils se trouvaient sur la route des milices darods qui battaient en retraite poursuivies par les Hawiyés, qui pratiquaient tous le vol de bétail et le pillage des entrepôts à céréales sans discrimination. La loyauté des Rahanweyns à l'égard des clans plus faibles et de la famille élargie et leur manque de réseau solide d'aide à l'extérieur du pays ont également contribué à leur vulnérabilité à l'apogée de la crise (Prendergast juin 1994, 36). L'arrivée de la FIU à la fin de 1992 a aidé à restaurer l'ordre et la sécurité dans les principaux centres habités autour de Baidoa, Hoddur et Biyooley, et beaucoup de clans rahanweyns ont par la suite établi des forces de police locales et des tribunaux et ont repris leurs activités agricoles, pastorales et commerciales. Beaucoup de progrès a également été réalisé dans l'établissement d'un conseil des aînés du clan rahanweyn, qui comprend des membres du Mouvement démocratique somalien (MDS) (Mukhtar et Kusow 1993).

Il y a cependant des problèmes possibles. Les résidents locaux ont continué de dire en 1994 qu'ils craignaient que les milices marehans, ogadens et habars gedirs soient prêtes à réoccuper la région aussitôt que les troupes internationales l'auraient quittée (Prendergast janv. 1994, 9). Parce que ces régions sont enfermées dans les terres, les chefs rahanweyns ont dû signer des ententes informelles avec les forces du FNS, du MPS et de l'ANS pour avoir accès à la vallée inférieure du Chébéli, où ils peuvent obtenir des fruits et des légumes, et à la vallée moyenne du Djouba où certains vont conduire leurs troupeaux pour un pâturage saisonnier (Mukhtar mars 1995). Les groupes rahanweyns les plus vulnérables sont ceux qui vivent près du territoire contrôlé par les milices fortement armées du FNS (près de Bardera et Sakow Weyn) de l'ANS (autour de Bur Hakaba et Wanle Weyn) et du MPS (près de Dinsor et dans les districts au nord de Hoddur). Ces « zones tampons » protègent les Rahanweyns de Baidoa et de Hoddur des milices des clans extérieurs, mais elles exposent également les résidents locaux à l'intimidation, aux actes de banditisme commis au hasard et aux pressions politiques pour qu'ils se joignent aux coalitions des factions rivales (le MDS est divisé en au moins trois sous-factions). Les chefs du clan rahanweyn de ces régions périphériques ont donc commencé à négocier avec les aînés marehans et ogadens de la vallée moyenne du Djouba et des régions frontalières de Bakool (Prendergast janv. 1994, 8). Ainsi, tandis que les Rahanweyns dans leur ensemble sont beaucoup moins en danger qu'ils ne l'étaient au début du conflit, certains groupes, surtout dans les régions frontalières avec d'autres clans, resteront vulnérables au pillage et au déplacement dans le cas où la guerre reprendrait en vue de s'approprier les précieux pâturages de la zone interfleuve et les districts agricoles.

E. Castes

Il y a une catégorie de clans minoritaires au sujet de laquelle il est difficile de généraliser le sort réservé pendant la guerre civile. Ces clans, collectivement connus en ethnographie sous le nom de « sabs », comprennent les Tomals, les Midgans et les Yibirs. Des observateurs de l'extérieur les ont parfois considérés comme des « parias » parce que, traditionnellement, ils ne pouvaient se marier qu'entre eux et que les autres clans somaliens les considéraient comme rituellement corrompus. Vivant principalement chez les populations nomades de la Somalie, mais dans leurs propres villages, ils offraient des services spécialisés comme le travail du métal, le tannage et des services de sage-femme pour les clans dominants de la région (Cassanelli 1969).

Plus récemment, beaucoup de familles « sabs » ont migré dans les villes où leurs membres ont été employés par des hommes politiques de clans plus puissants à titre de chauffeurs, gardes du corps et d'espions. Par exemple, le régime Siyaad Barré a promu plusieurs Midgans à des postes importants dans les ministères de la défense et de l'éducation. Comme ils n'étaient liés à aucun clan indépendant ou n'avaient pas de statut propre, on pouvait se fier à ces personnes pour qu'ils exécutent les ordres. D'autres clans ont aussi employé des familles tomals, midgans et yibirs.

Bien que, en tant que groupes, ces minorités « sabs » ne présentent pas de menace importante pour aucun autre groupe somalien, certains individus et familles qui avaient manifestement appuyé l'ancien régime étaient vulnérables aux représailles. L'exemple le plus frappant s'est produit lorsque les miliciens abgals du CSU ont exécuté plusieurs yibirs qui avaient anciennement été leurs clients. Dans son déclin, le régime Barré aurait armé beaucoup de Yibirs et les auraient envoyés au marché local pour tuer des hommes abgals comme mesure de représailles parce que ceux-ci s'étaient rebellés contre le gouvernement. Une fois que les forces abgals ont réussi à évincer Siyaad Barré, elles se sont tournées vers leurs anciens clients yibirs et les ont massacrés. Comme ils avaient brisé leurs liens avec leur ancien protecteur, les Yibirs n'avaient plus nulle part où aller pour obtenir protection (Menkhaus s.d.).

J'ai été incapable de trouver des éléments de preuve d'autres cas de représailles systématiques contre ces minorités, mais d'autres Midgans, Tomals ou Yibirs ont peut-être été visés pendant la guerre civile. Comme ils n'ont aucun clan allié naturel dans la société plus large et aucune voix collective dans les cercles politiques, ils peuvent être attaqués impunément.

ANNEXE II : CARTES

Carte I : Opération « Rendre l'espoir »

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Carte II : Densité de la population

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Carte III : Répartition des groupes de dialectes

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