Plusieurs Prisonniers de Longue Date Sont Maintenus en Détention au Titre de la Loi Relative à la Sécurité Nationale

La Corée du Sud Histoire récente

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la Corée se retrouva coupée en deux, partagée au niveau du 38e parallèle en deux zones d'occupation, américaine et soviétique. Au nord fut mis en place un régime communiste, soutenu par l'URSS, tandis qu'un gouvernement capitaliste s'installait au sud, sous la protection des Américains. C'est dans ce contexte qu'éclata, en 1950, la guerre de Corée. Le Nord reçut le soutien de la Chine, le Sud celui d'une force des Nations unies dirigée par les États-Unis. Un accord d'armistice fut finalement signé en 1953. La République de Corée (Corée du Sud) et la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) n'ont toujours pas signé de traité de paix officiel. Les deux pays sont aujourd'hui encore séparés par une zone démilitarisée, qui constitue l'une des plus formidables forteresses de la planète. Des millions de Coréens sont ainsi coupés de leurs amis ou de leurs parents depuis la fin de la guerre de Corée.

La Corée du Sud a été dirigée jusqu'au début des années 90 par une succession de gouvernements militaires de nature autoritaire. Les violations des droits humains y étaient monnaie courante. Le général Park Chung-hee a occupé les fonctions de président de la République de 1961 jusqu'en 1979, année où il a été assassiné. À sa mort, la loi martiale a été décrétée et le général Chun Doo-hwan a pris le pouvoir. Le nouvel homme fort du régime s'est lancé dans une répression féroce des partisans de l'instauration de la démocratie. En mai 1980, 200 personnes au moins furent massacrées à Kwangju. En août suivant, Chun Doo-hwan devenait président de la République, poste qu'il devait conserver jusqu'en 1987, lorsque, cédant sous la pression populaire, il fut contraint d'amender la Constitution et d'organiser des élections présidentielles directes.

Des milliers de personnes ont été arrêtées et emprisonnées sous les présidences de Park Chung-hee et de Chun Doo-hwan, au titre de la législation relative à la sécurité, et notamment de La loi relative à la sécurité nationale, uniquement parce qu'elles avaient eu des activités politiques non violentes. Les prisonniers politiques étaient fréquemment privés pendant des semaines, voire des mois, de tout contact avec leurs avocats et leurs familles. La torture était souvent utilisée pour terroriser les détenus ou pour leur arracher des "aveux".

Les premières élections présidentielles furent remportées par un ancien général de l'armée de terre, Roh Tae-woo, qui resta à la tête du pays de 1988 à 1993. C'est un civil qui lui succéda, en la personne de Kim Young-sam, un ancien dissident élu à la présidence en 1993. L'arrivée aux affaires du premier chef de l'État civil de l'histoire coréenne moderne fut saluée par la plupart des observateurs. KimYoung-sam mena à bien un certain nombre de réformes économiques et chercha à lutter contre la corruption, mais la fin de son mandat fut marquée par des scandales financiers et un ralentissement de l'économie. Les manières autoritaires du président de la République et son manque de fermeté à l'égard de la Corée du Nord ne firent qu'accentuer son impopularité.

Depuis 1988, la démocratisation de la société sud-coréenne a permis aux médias, aux groupes de défense des droits humains, aux syndicats, aux juristes et à tous ceux qui s'efforcent de défendre et de promouvoir les droits fondamentaux de la personne humaine de jouir d'une certaine marge de liberté. Toutefois, malgré l'amélioration de la situation, de nombreux problèmes persistent. Ainsi, si l'on signale moins de cas de torture depuis quelques années, la privation de sommeil, les menaces et les coups restent des méthodes fréquemment utilisées par les enquêteurs pour extorquer des "aveux" aux suspects. Les prisonniers politiques jouissent certes d'une meilleure protection juridique, mais la Loi relative à la sécurité nationale continue d'être invoquée pour sanctionner des infractions politiques non violentes. Les peines prononcées pour atteinte à la sûreté nationale sont généralement moins lourdes que par le passé, mais la Corée du Sud reste l'un des rares pays asiatiques où des centaines de personnes sont arrêtées chaque année pour des raisons politiques, très souvent uniquement en raison de leurs opinions ou activités politiques pacifiques.

L'ancien prisonnier politique et défenseur des droits humains KimDae-jung a accédé aux plus hautes fonctions de l'État en février1998. Amnesty International s'est félicitée de ses premières propositions de réformes en matière de droits fondamentaux. Elle espère que ces projets seront suivis d'effet. L'Organisation a appelé le président Kim Dae-jung à réexaminer les dossiers de tous les prisonniers politiques et à remettre en liberté tous ceux qui étaient détenus en violation des normes internationales relatives aux droits humains.

Le présent document est consacré à un certain nombre de prisonniers politiques incarcérés de longue date en Corée du Sud, au titre de la Loi relative à la sécurité nationale. Parmi eux figurent 17 personnes détenues dans des conditions déplorables depuis plus de vingt-huit ans, l'une étant en prison depuis quarante ans. Quinze autres détenus au moins sont actuellement incarcérés après avoir été condamnés à l'issue de procès inéquitables, dans les années 70 et 80. Treize autres se sont vu infliger de lourdes peines d'emprisonnement au début des années 90 pour leur implication présumée dans une "affaire d'espionnage". Trois autres ont été condamnés à la même époque pour avoir créé une organisation socialiste.

Amnesty International a choisi de publier aujourd'hui ce rapport, car on s'attend à ce que de nombreux prisonniers bénéficient d'une mesure de grâce en août prochain, à l'occasion de l'anniversaire de la fin de l'occupation de la Corée par les Japonais, célébré le 15 du mois. Nous espérons qu'un grand nombre de prisonniers cités dans ce document bénéficieront de cette mesure.

Amnesty International prie instamment le nouveau gouvernement sud-coréen d'ordonner que soient réexaminés les dossiers des prisonniers politiques détenus depuis des années en vertu de la Loi relative à la sécurité nationale. L'Organisation demande la libération de toutes les personnes détenues en raison de leurs opinions et activités politiques non violentes, ainsi que de celles qui croupissent depuis des années en prison, sans avoir été jugées équitablement. Elle demande en outre l'ouverture d'une enquête dans tous les cas où il semble que des prisonniers politiques aient été interrogés sous la torture par des organes d'investigation, notamment par la police et l'Agence pour la planification de la sécurité nationale (APSN, organisme de renseignement).

Kim Dae-jung, le nouveau chef de l'État sud-coréen, entré en fonction le 25 février 1998, est depuis longtemps un défenseur des droits humains. Ancien prisonnier politique, il a lui-même été victime, par le passé, de graves violations de ses droits fondamentaux. Amnesty International pense que la présidence de Kim Dae-jung peut marquer un tournant décisif dans l'histoire des droits humains en Corée du Sud, à condition que le chef de l'État ait la volonté politique et les moyens de prendre sans attendre des mesures visant à mettre en œuvre toute une série de réformes en ce domaine.

Amnesty International s'est félicitée des premières déclarations de Kim Dae-jung concernant la nécessité d'adopter de telles réformes. Parmi ses nombreuses propositions constructives figuraient la création d'une commission nationale des droits humains, la mise en conformité des lois et des pratiques sud-coréennes avec les normes internationales relatives aux droits humains, la promotion des droits des femmes, l'élargissement du droit d'association pour les syndicalistes et la réforme de l'APSN. Amnesty International invite le nouveau président à veiller à ce que les nécessaires réformes en matière de droits humains restent inscrites, au cours des mois à venir, parmi les priorités du gouvernement.

L'Organisation a cependant été profondément déçue par les premières mesures de grâce prises par le président de la République, le 13 mars dernier, qui n'ont pas eu l'ampleur que l'on attendait. Certes, Amnesty International s'est réjouie de la libération de 74prisonniers politiques, en particulier de plusieurs détenus pour qui elle avait fait campagne. Reste qu'un grand nombre de personnes détenues au titre de la Loi relative à la sécurité nationale, dont certaines sont manifestement victimes de graves violations de leurs droits fondamentaux, n'ont pas profité de ces mesures.

Amnesty international milite pour la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes détenues en raison de leurs convictions ou de leur origine, de leur sexe, de leur langue, de la couleur de leur peau ou de toute autre caractéristique propre, dès l'instant où elles n'ont ni fait usage ni prôné l'usage de la violence. L'Organisation appelle également à la libération de certains autres prisonniers politiques incarcérés depuis des années et n'ayant jamais été jugés de façon équitable. Plus généralement, Amnesty International demande que tous les prisonniers politiques bénéficient d'un procès équitable et qu'aucun prisonnier, quel qu'il soit, ne puisse être soumis à la torture ou à des traitements cruels ou inhumains.

Étant donné le nombre élevé d'arrestations et l'absence d'informations concernant un certain nombre de prisonniers, Amnesty International n'est pas en mesure de faire campagne, individuellement, en faveur de chaque prisonnier politique de Corée du Sud. Par contre, elle s'efforce de concentrer son action sur les cas de prisonniers les plus significatifs, qui mettent en évidence les violations des droits humains les plus répandues dans le pays. Amnesty International demande en outre que soient mises en œuvre des réformes juridiques et de procédure, pour que de telles violations ne puissent pas se reproduire.

Amnesty International se préoccupe depuis longtemps déjà du sort des prisonniers politiques sud-coréens. Elle a ainsi pu relever l'existence de pratiques propices aux atteintes aux droits humains et mesurer les progrès accomplis au fil des ans. Au lendemain des mesures de grâce du mois de mars dernier, il restait encore, selon certains groupes sud-coréens de défense des droits fondamentaux, plus de 250détenus incarcérés en vertu de la Loi relative à la sécurité nationale. Une cinquantaine d'entre eux au moins purgeaient de lourdes peines d'emprisonnement. Les autres soit avaient été condamnés à des peines relativement légères, soit étaient en attente de jugement. Bien que l'on constate depuis peu une tendance à l'allégement des condamnations, le nombre important de prisonniers politiques incarcérés dans les prisons sud-coréennes reste très préoccupant.

La Loi relative à la sécurité nationale devrait être amendée et mise en conformité avec les normes internationales en matière de droits humains. La majorité des prisonniers politiques de Corée du Sud étant détenus en vertu de cette loi, les activités politiques non violentes resteront passibles d'emprisonnement, tant que cette loi n'aura pas été modifiée. Une vingtaine d'arrestations au moins ont eu lieu au cours des deux premiers mois de l'année 1998. Parmi les personnes interpellées figurent huit syndicalistes, arrêtés le 18février et inculpés d'avoir fondé une organisation «favorable» à la Corée du Nord, le Groupe Kwanak des jeunes travailleurs. La vocation première de cette organisation était d'apporter une éducation politique et culturelle aux jeunes travailleurs. N'ayant jamais ni fait usage ni prôné l'usage de la violence, on voit mal en quoi ses activités constituaient une menace pour la sûreté de l'État. Cette affaire illustre parfaitement l'usage qui est fait actuellement de la Loi relative à la sécurité nationale.

La plupart des prisonniers politiques incarcérés de longue date ont été arrêtés et interrogés par l'APSN. Nombre d'entre eux affirment avoir été victimes d'arrestations arbitraires, d'actes de torture et d'accusations fabriquées de toutes pièces. Depuis le début de l'année, l'APSN a beaucoup perdu de son prestige, plusieurs hauts responsables de cet organisme ayant été accusés d'avoir, pendant la campagne présidentielle, en décembre 1997, tenté de discréditer KimDae-jung, en l'accusant d'être un sympathisant communiste. Peu après son investiture, Kim Dae-jung a annoncé que son gouvernement allait ordonner une enquête sur cette affaire, promettant d'en publier les conclusions et de réduire les effectifs de l'APSN. Un certain nombre de membres de la direction de l'agence ont été congédiés. Amnesty International invite le gouvernement à enquêter, au-delà de ce scandale politique, sur les nombreuses atteintes aux droits de l'homme auxquelles se seraient livrés des agents de l'APSN sur la personne de détenus. L'Organisation demande que l'APSN soit réformée en profondeur et qu'une procédure soit adoptée pour parer à d'éventuelles arrestations illégales ou à de nouveaux actes de torture.

Amnesty International est pleinement consciente des nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés le nouveau président sud-coréen et son gouvernement. Elle comprend, en particulier, que la crise économique que traverse actuellement le pays constitue une priorité majeure pour les nouveaux dirigeants de Séoul. Il est bien entendu capital de veiller à ce que les droits économiques et sociaux des Sud-Coréens soient préservés dans les mois à venir. Il n'en reste pas moins qu'il faut, dès aujourd'hui, insister pour que d'autres réformes soient entreprises dans le domaine des droits humains, en particulier que soit amendée la Loi relative à la sécurité nationale et que tous les prisonniers politiques bénéficient d'un réexamen de leur dossier ou soient libérés. Amnesty International est convaincue qu'un solide programme en faveur des droits humains ne peut que constituer une base saine pour une vigoureuse relance économique et la poursuite du développement du pays.

La Loi relative à la sécurité nationale

Adoptée en 1948, la Loi relative à la sécurité nationale a été révisée à plusieurs reprises. Les articles 3 et 4 prévoient de lourdes peines d'emprisonnement ou la peine de mort pour certains crimes, dont l'«espionnage» et les activités «hostiles à l'État». Toutefois, ces termes ne sont pas clairement définis dans la loi, ce qui a souvent permis d'emprisonner des personnes dont le seul tort avait été de vouloir exercer, sans la moindre violence, leur droit à la liberté d'expression et d'association. Aux termes de la Loi relative à la sécurité nationale, une organisation «hostile à l'État» est définie comme étant «une association ou un groupe, constitué au sein ou à l'extérieur de la République de Corée, ayant une structure de commandement et de contrôle organisée dans le but de revendiquer un titre de gouvernement ou de déstabiliser l'État». La Loi relative à la sécurité nationale définit notamment la Corée du Nord, non comme un pays, mais comme une organisation «hostile à l'État». La définition de l'expression «secret d'État» est elle aussi très vague, allant souvent jusqu'à couvrir des informations accessibles au public en Corée du Sud.

La plupart des prisonniers politiques purgeant de lourdes peines ont été condamnés en vertu des articles 3 et 4 de la Loi relative à la sécurité nationale. Certains ont également été inculpés au titre de l'article 6, qui interdit tout déplacement non autorisé en Corée du Nord. L'article 7 punit, quant à lui, les personnes reconnues coupables d'avoir «fait l'apologie» ou «soutenu» l'ennemi (terme désignant généralement la Corée du Nord). Ce dernier article est aujourd'hui le plus souvent invoqué à l'encontre des personnes arrêtées au titre de la Loi relative à la sécurité nationale.

Les gouvernements successifs de Corée du Sud ont toujours insisté pour lier toute remise en cause de la Loi relative à la sécurité nationale à l'évolution des relations inter-coréennes. Ils ont toujours refusé de l'amender, tant que subsistait la menace de la Corée du Nord communiste.

Amnesty International comprend les impératifs du gouvernement en matière de sécurité nationale. Elle demande simplement que la loi soit amendée, de façon à être mise en conformité avec les normes internationales en matière de droits humains, afin que soient garantis les droits les plus fondamentaux de la personne, comme la liberté d'expression et la liberté d'association.

1. Les prisonniers politiques en détention depuis les années 50 ou 60

À la connaissance d'Amnesty International, il existe en Corée du Sud au moins 11 prisonniers politiques détenus en quasi-isolement depuis plus de trente ans. Il s'agit de Woo Yong-gak (soixante-huit ans), Choi Son-muk (soixante-neuf ans[1], Hong Myong-ki (soixante-neuf ans), Ahn Young-ki (soixante-huit ans), Jang Byong-rak (soixante-trois ans), Yang Hee-chol (soixante-cinq ans), Ri Kyong-chan (soixante-deux ans), Choi Soo-il (cinquante-neuf ans), Kim Dong-ki (soixante-cinq ans), Park Won-kyu (soixante-huit ans) et Lee Kong-sun (soixante-trois ans).

Six autres prisonniers sont détenus depuis plus de vingt-huit ans: Kim Ik-jin (soixante-sept ans), Oh Hyong-sik (soixante-huit ans), Kim Eun-hwan (soixante-sept ans), Yang Chong-ho (soixante-sept ans), Kim Chang-won (soixante-quatre ans) et Lee Jae-ryong (cinquante-trois ans).

Amnesty International prie instamment le gouvernement de libérer tous ces prisonniers politiques détenus de longue date, et cela pour plusieurs raisons. La première est que leur maintien en détention semble uniquement lié au fait qu'ils auraient des convictions pro-communistes. La deuxième est que, d'après certaines informations, plusieurs d'entre eux auraient été torturés et n'auraient pas été jugés équitablement en conformité avec les normes internationales. La troisième raison est d'ordre humanitaire et tient compte du fait que toutes ces personnes sont relativement âgées et en mauvaise santé et qu'elles ont passé plusieurs décennies de leur vie en prison, dans des conditions équivalant à un traitement inhumain.

Tous ces prisonniers ont été condamnés à la détention à perpétuité, en vertu de la Loi relative à la sécurité nationale, pour espionnage au profit de la Corée du Nord, à la fin des années 50 et dans les années 60. Un accusé condamné à la réclusion à perpétuité dans une affaire pénale de droit commun peut théoriquement bénéficier d'une mesure de libération anticipée au bout de seize à dix-huit ans. Les prisonniers politiques énumérés ci-dessus n'ont pas bénéficié de cette possibilité, sous prétexte qu'ils refusaient de se «convertir», c'est-à-dire de renier leurs convictions communistes. Il sont d'ailleurs généralement désignés sous le nom de prisonniers politiques «non convertis». Jusqu'à présent, les autorités n'ont généralement accepté de libérer ce type de détenus, pour raisons humanitaires, que lorsqu'ils atteignaient l'âge de soixante-dix ans.

Ces personnes sont originaires de Corée du Nord et la plupart ont été arrêtées alors qu'elles tentaient de franchir la frontière entre les deux Corée. Certaines affirment qu'elles voulaient simplement rendre visite à des membres de leurs familles, dont ils étaient séparés depuis 1953 du fait de la guerre. Un certain nombre de ces prisonniers disent avoir été soumis à un interrogatoire pendant de longs mois et avoir été torturés jusqu'à ce qu'ils passent aux "aveux".

Au cours des dernières décennies, les prisonniers «non convertis» ont souvent été torturés par des agents de l'administration pénitentiaire, qui souhaitaient les faire ainsi renoncer à leurs idées politiques. Si la torture a aujourd'hui été abandonnée, les «non convertis» ne peuvent toujours pas bénéficier d'une mesure de libération anticipée. Ils n'ont pas le droit de travailler et, souvent, ne peuvent même pas communiquer avec les autres détenus. Ils ne peuvent recevoir de visites que de membres de leur famille. De même, la seule correspondance autorisée est la correspondance entretenue avec des parents. Il en découle qu'un grand nombre de ces détenus ont passé une trentaine d'années en prison pratiquement sans avoir de contacts humains. Avocats et défenseurs des droits fondamentaux ne peuvent obtenir aucune information sur ces prisonniers. Le peu de renseignements dont nous disposons émane généralement des familles (lorsqu'elles existent) et des détenus libérés.

Kim Sun-myung et Ahn Hak-sop ont tous deux passé plus de quarante ans dans les prisons sud-coréennes. Libérés en 1995, ils ont expliqué à Amnesty International qu'ils parvenaient parfois à communiquer entre eux en frappant sur les murs de leurs cellules ou en échangeant quelques mots, en allant faire leur promenade, dans la cour de la prison. Les dernières années, les conditions de vie s'étaient un peu assouplies et ils disposaient de plus de facilités pour communiquer et parler avec les autres détenus.

Parmi tous ces détenus de longue date, 15 ont plus de soixante ans et beaucoup sont apparemment en mauvaise santé. Tous sont isolés dans de petites cellules et ne bénéficient que de soins médicaux restreints. Certains souffrent notamment de problèmes intestinaux, de rhumatisme ou d'hypertension. Les prisons coréennes sont généralement mal équipées sur le plan médical. La plupart ne disposent que d'un médecin à temps partiel. De plus, les cellules ne sont pas chauffées pendant l'hiver.

Woo Yong-gak est en prison depuis juillet 1958 (soit depuis près de quarante ans). Il est partiellement paralysé, à la suite d'une attaque. Il affirme avoir été torturé dans des locaux situés en sous-sol, peu après son arrestation. On l'aurait obligé à faire des "aveux". HongMyong-ki est incarcéré depuis trente-six ans. Il souffrirait de troubles cardiaques. Cet ancien soldat de l'armée nord-coréenne aurait été arrêté en avril 1962, alors qu'il franchissait la frontière pour rendre visite à sa famille restée en Corée du Sud. Il affirme avoir été torturé à l'électricité pendant dix-huit heures, peu après son arrestation, puis avoir été soumis pendant huit mois à une série d'interrogatoires, avant d'être enfin inculpé. Initialement condamné à mort, sa peine a été commuée en détention à perpétuité.

Citons également le cas de Lee Kong-sun, qui a lui aussi combattu pour le Nord pendant la guerre de Corée, et qui a été arrêté en décembre 1967, alors que, selon son propre témoignage, il s'était rendu en Corée du Sud pour voir sa famille. Il a été condamné à la détention à perpétuité. Cela fait maintenant trente ans qu'il est en prison. Lee Kong-sun affirme que, pendant les années 70, on le rouait de coups et on l'obligeait à dormir nu par des températures en dessous de zéro, dans l'espoir de le contraindre à se «convertir». Il souffrirait aujourd'hui d'arthrite et de névralgies. Ahn Young-ki a été arrêté en 1962, alors qu'il venait de pénétrer en Corée du Sud. Selon son témoignage, il aurait lui aussi été roué de coups à de multiples reprises, pendant les années 70. Ses tortionnaires cherchaient apparemment à lui faire renier ses idéaux politiques. Lui aussi souffrirait actuellement d'arthrite et de névralgie.

Amnesty International craint que le maintien en détention de ces prisonniers politiques ne soit uniquement motivé par le fait qu'ils seraient d'obédience communiste, et non par la réalité d'une menace qu'ils feraient peser sur la sûreté nationale.

Nombre de ces détenus sont en mauvaise santé. Amnesty International estime que leur maintien en détention, dans des conditions déplorables, risque de compromettre encore davantage leur état.

Amnesty International ignore si ces détenus se sont rendus coupables d'espionnage. Toutefois, les informations disponibles sur plusieurs d'entre eux indiquent apparemment qu'ils ont été contraints de passer aux "aveux" sous la torture et qu'ils n'ont pas bénéficié d'un procès équitable. Les autorités n'ont jamais publié d'informations sur ces affaires. Jamais elles n'ont cherché à réexaminer les dossiers, en dépit des objections soulevées par des défenseurs des droits humains et des juristes, en Corée du Sud même. Tous ces prisonniers ont d'ores et déjà purgé une peine beaucoup plus lourde que celle ordinairement effectuée par les condamnés à la réclusion à perpétuité.

Au vu de toutes ces considérations, Amnesty International prie instamment le gouvernement de libérer ces détenus. Elle demande également au gouvernement de publier toutes les informations nécessaires sur l'arrestation, l'interrogatoire, le procès et le traitement en prison de ces personnes, ainsi que de mener une enquête approfondie sur tous les cas éventuels de torture ou de procès non équitable.

2. Prisonniers politiques condamnés pendant les années 70 et 80 au mépris des règles d'équité

À la connaissance d'Amnesty International, il existe en Corée du Sud au moins 15 prisonniers politiques condamnés, dans les années 70 ou 80, au mépris des règles de l'équité, pour des motifs politiques et sur la foi d'éléments forgés de toutes pièces. Comme les précédents, tous avaient été arrêtés au titre de la Loi relative à la sécurité nationale et avaient été reconnus coupables d'espionnage pour le compte de la Corée du Nord. Tous ont connu un sort similaire: arrestation illégale, détention au secret, torture et "aveux" forcés. Onze d'entre eux affirment avoir été torturés par des agents de l'APSN, trois par la police et le dernier par l'armée. Amnesty International demande leur libération.

Tous ces prisonniers, sauf un, purgent des peines de vingt ans d'emprisonnement ou de détention à perpétuité. Tous sont en prison depuis au moins douze ans. Le plus ancien a passé vingt ans en détention.

Nombre de ces détenus de longue date étaient étudiants ou hommes d'affaires au moment de leur arrestation. Certains s'étaient trouvés en contact avec des Nord-Coréens à l'occasion de voyages à l'étranger. D'autres avaient vécu au Japon ou bien avaient de la famille dans ce pays et y avaient rencontré des expatriés nord-coréens. Ces contacts, doublés d'accusations fabriquées de toutes pièces, suffisaient à les rendre suspects au regard de la Loi relative à la sécurité nationale. Ils ont été accusés d'avoir transmis des «secrets d'État» à des agents nord-coréens opérant au Japon ou dans d'autres pays étrangers, ou encore d'avoir pris part à diverses autres activités d'espionnage. Or, bien souvent, les «secrets d'État» présumés concernaient des informations accessibles au grand public en Corée du Sud, et la principale preuve à charge n'était autre que les "aveux" arrachés à l'accusé. Toutes ces personnes avaient été arrêtées illégalement, placées en détention prolongée au secret et contraintes d'"avouer" sous la torture.

Dans neuf de ces 15 cas, Amnesty International est convaincue que les charges retenues contre les détenus étaient infondées. Elle demande par conséquent la libération des intéressés. Il s'agit de HamJu-myong (soixante-quatre ans, condamné à la détention à perpétuité), Kang Hui-chol (trente-neuf ans, détention à perpétuité), Kang Yong-ju (trente-cinq ans, détention à perpétuité), Kim Song-man (quarante ans, vingt ans d'emprisonnement), Lee Jang-hyong (soixante-cinq ans, vingt ans d'emprisonnement), Park Dong-oon (cinquante-deux ans, vingt ans d'emprisonnement), Sok Tal-yun (soixante-six ans, vingt ans d'emprisonnement), Yang Dong-hwa (trente-neuf ans, vingt ans d'emprisonnement) et Hwang Tae-kwon (quarante-deux ans; condamné à la détention à perpétuité en 1986, sa peine a été ramenée à vingt ans d'emprisonnement en 1988; la peine qui lui restait à purger a été réduite de moitié lors des mesures de grâce de mars 1998).

Dans six autres cas, Amnesty International ne dispose pas d'informations suffisantes pour juger de la validité des charges. L'Organisation demande cependant que ces détenus soient eux aussi libérés, sur la foi de témoignages cohérents et apparemment crédibles, selon lesquels les détenus auraient été jugés au mépris des règles d'équité et condamnés en grande partie sur la base d'"aveux" arrachés sous la torture. Ces six prisonniers sont incarcérés depuis très longtemps, apparemment sans avoir jamais été jugés équitablement, et sans que les gouvernements successifs n'aient jugé bon de réexaminer leurs dossiers. Ces six détenus sont Chong Yong (cinquante-six ans, condamné à la détention à perpétuité), Cho Sang-nok (cinquante et un ans, détention à perpétuité), Kim Chong-muk (soixante-trois ans, vingt ans d'emprisonnement), Kim Chang-ho (cinquante-sept ans, vingt ans d'emprisonnement), Kim Tae-ryong (cinquante ans, détention à perpétuité) et Lee Sang-chul (quarante-neuf ans, dix-sept ans d'emprisonnement).

Les prisonniers sont actuellement détenus dans différents établissements pénitentiaires sud-coréens. Certains sont apparemment en bonne santé et ne sont pas séparés des autres prisonniers. D'autres, par contre, sont maintenus à l'isolement et n'ont pas le droit d'avoir des contacts avec leur codétenus. Certains souffriraient de problèmes psychologiques du fait de leur long isolement; d'autres seraient atteints de troubles intestinaux, de rhumatismes, d'hypertension ou de diverses autres maladies.

Plusieurs d'entre eux sont également soumis à des pressions permanentes, de la part des autorités pénitentiaires, pour qu'ils se "convertissent" ou se repentent de leurs actes. Un certain nombre ont refusé de céder, considérant qu'une telle attitude constituerait un aveu de culpabilité. Ce refus les prive automatiquement de toute possibilité d'obtenir une remise de peine. De plus, ils ont en général moins de droits et de privilèges que les autres prisonniers. Il n'est pas rare, par exemple, que leur droit de visite soit restreint, de même que le choix des livres et revues qu'ils sont autorisés à lire.

Depuis des années, des avocats et des défenseurs des droits humains militent, en Corée du Sud, pour obtenir que certains des prisonniers politiques de longue date soient rejugés. Le Code de procédure pénale sud-coréen dispose qu'un condamné peut être rejugé s'il est prouvé que les preuves à charge étaient forgées de toutes pièces, que certains témoignages étaient faux et que de nouveaux «éléments de preuve clairs» ont été mis au jour. Dans la pratique, ces conditions se sont avérées très difficiles à satisfaire. À la connaissance d'Amnesty International, aucun prisonnier politique de longue date n'a jamais réussi à obtenir la réouverture de son procès en Corée du Sud. Il en découle que ces détenus sont, de fait, privés de tout recours légal effectif.

Kim Song-man a été arrêté en juin 1985 par des agents de l'APSN. Il a ensuite été interrogé pendant deux mois, totalement coupé de sa famille et privé de tout contact avec un avocat. Il affirme avoir été cruellement torturé pendant cette période. Kim Song-man a effectué des études de sciences politiques à l'université américaine de Western Illinois. Il y a fait la connaissance d'un éditeur considéré par Séoul comme pro-nord-coréen. Il a également rencontré des responsables nord-coréens en Europe. Ces contacts et ses activités politiques alors qu'il était étudiant lui ont valu d'être accusé de s'être livré à des menées subversives pour le compte de la Corée du Nord, ainsi que d'avoir livré des «secrets d'État» à des fonctionnaires nord-coréens rencontrés en Europe. Il a été accusé, en compagnie de trois autres personnes (Hwang Tae-kwon, Yang Dong-hwa et Kang Yong-ju) d'appartenir à un réseau d'espionnage baptisé "réseau Western Illinois". Amnesty International estime que les charges pesant sur Kim Song-man et ses compagnons sont infondées et qu'ils ont été condamnés essentiellement sur la foi d'"aveux" arrachés sous la torture. Les «secrets d'État» qu'ils sont accusés d'avoir divulgués sont en fait une série de pamphlets rédigés par Kim Song-man sur la situation politique en Corée du Sud. Kim Song-man a été condamné à mort. Trois ans plus tard, sa peine a été commuée en détention à perpétuité. À la faveur des mesures de grâce de mars 1998, celle-ci a été ramenée à vingt ans d'emprisonnement. Amnesty International estime que Kim Song-man devrait être libéré.

L'Organisation demande également la libération de Kang Yong-ju, l'une des personnes arrêtées en compagnie de Kim Song-man pour appartenance présumée au "réseau Western Illinois". Cet ancien étudiant en médecine, militant politique, a été arrêté par l'APSN en juillet 1985. Il a été placé en détention au secret pendant deux mois, au cours desquels il aurait, selon son témoignage, été passé à tabac, privé de sommeil et contraint de faire des "aveux". Kang Yong-ju a été inculpé d'avoir communiqué des renseignements sur le mouvement étudiant à des agents de la Corée du Nord, ainsi que d'avoir diffusé de la propagande nord-coréenne parmi ses camarades. Il purge actuellement une peine de vingt ans d'emprisonnement.

Park Dong-oon a été appréhendé en mars 1981 par des agents de l'APSN. Plusieurs membres de sa famille ont été arrêtés avec lui. Tous ont été placés au secret pendant environ deux mois. Ils ont été roués de coups, menacés, privés de sommeil et soumis à la torture. Park Dong-oon et ses proches étaient accusés d'appartenir au "réseau d'espionnage Chin-do", travaillant pour le compte de la Corée du Nord. Park Dong-oon a été condamné à mort, peine commuée par la suite en détention à perpétuité. Sa famille semblerait avoir été prise pour cible par les autorités, qui accusaient le père de Park Dong-oon, disparu depuis la fin de la guerre de Corée, d'être un agent à la solde de la Corée du Nord. Amnesty International considère que Park Dong-oon a été condamné sur la foi d'"aveux" arrachés sous la torture.

Cho Sang-nok a été arrêté en janvier 1978 par l'APSN. Il est resté dix-sept jours sans voir d'avocat ni sa famille. Pendant cette période, il aurait, selon son propre témoignage, été torturé à l'électricité et à l'eau. Il aurait également été passé à tabac par ses tortionnaires, qui cherchaient à lui faire "avouer" des activités d'espionnage. Plusieurs proches parents de Cho Sang-nok vivaient au Japon et le jeune homme avait lui-même passé quelques années dans ce pays. Il a donc été accusé d'avoir communiqué des «secrets d'État» à des agents nord-coréens, alors qu'il se trouvait au Japon. Amnesty International estime cependant qu'il a été condamné principalement sur la foi d'"aveux" extorqués sous la torture. Cho Sang-nok serait actuellement en mauvaise santé, tant mentalement que physiquement, du fait non seulement des séquelles des actes de torture dont il aurait été victime, mais aussi des conditions de vie déplorables et du long isolement auxquels il est soumis.

Les années 90: l'affaire Sanomaeng

Quatre dirigeants de la Sanomaeng (Ligue des travailleurs socialistes), arrêtés en 1991 et 1992, purgent actuellement de lourdes peines d'emprisonnement, auxquelles ils ont été condamnés en vertu de la Loi relative à la sécurité nationale, pour avoir créé une organisation «hostile à l'État», dans le but de renverser le régime. Il s'agit de Park No-hae (quarante ans, condamné à la détention à perpétuité), Baik Tae-ung (trente-six ans, quinze ans d'emprisonnement), Nam Chin-hyon (trente-cinq ans; condamné à treize ans d'emprisonnement en 1991, il a bénéficié en mars 1998 d'une réduction de la moitié de la peine restant à purger) et HyonChin-dok (trente-cinq ans, huit ans d'emprisonnement). Amnesty International demande leur libération immédiate et sans condition.

La Sanomaeng a été fondée en 1989. Au début des années 90, si l'on en croit certaines sources, elle comptait déjà plusieurs milliers d'adhérents. Depuis 1990, des centaines d'entre eux ont été arrêtés pour appartenance à une organisation «hostile à l'État», préparant un soulèvement violent visant à renverser le gouvernement. Les dirigeants et les militants de la Sanomaeng arrêtés au début des années 90 ont été condamnés à de lourdes peines d'emprisonnement. Ceux qui ont été jugés plus récemment ont toutefois été condamnés à des peines beaucoup plus légères, quand ils n'ont pas tout simplement été remis en liberté à l'issue de leur procès.

La Sanomaeng milite pour un gouvernement socialisant, mais ne semble pas avoir de liens avec la Corée du Nord. Amnesty International considère qu'il n'existe aucun élément permettant de supposer que cette organisation préparait un soulèvement armé pour renverser le régime. Plusieurs dirigeants du mouvement s'étaient en fait prononcés en faveur d'une évolution politique pacifique. Lors de son premier procès, Baik Tae-ung a notamment déclaré:

«J'aspire à bâtir un pays d'égalité réelle et de paix, dans lequel les opprimés accéderaient à la liberté et les défavorisés connaîtraient enfin la joie. Je veux construire une société au sein de laquelle le travail cesserait d'être une contrainte mécanique et physique, source de larmes et de soupirs, pour devenir un processus créatif de réalisation de soi […] Tant que le cadre juridique et institutionnel nous permettra d'exercer notre droit légal à mener des actions socialistes, nous continuerons à promouvoir notre idéal socialiste, en exprimant pacifiquement nos idées par le biais des canaux démocratiques et légaux que sont les lois, les institutions, le Parlement et les associations sociales…»

Ancien étudiant en droit, Baik Tae-ung faisait partie de la direction de la Sanomaeng au moment de son arrestation, en avril 1992, par des agents de l'APSN. Il a été interrogé pendant vingt-deux jours, au cours desquels il aurait été privé de sommeil, roué de coups et drogué par ses tortionnaires, qui cherchaient à lui faire "avouer" les faits qui lui étaient reprochés. BaikTae-ung a été inculpé, au titre de la Loi relative à la sécurité nationale, de création d'une organisation «hostile à l'État» et d'appartenance à cette organisation.

Park No-hae, lui aussi membre de la direction de la Sanomaeng, a été interpellé en mars 1991 par l'APSN. Il a été soumis à un interrogatoire de plus de trente jours. À cette occasion, il aurait, selon son propre témoignage, été passé à tabac. Pendant les dix premiers jours, ses tortionnaires ne l'auraient laissé dormir que quelques heures par nuit. Il a été inculpé, au titre de la Loi relative à la sécurité nationale, de création d'une organisation «hostile à l'État» et d'appartenance à cette organisation. Il a été condamné à la détention à perpétuité. Poète de renom, Park No-hae a publié plusieurs recueils de poésie. Son dernier ouvrage, intitulé Êtres humains, l'unique espoir, s'est vendu à plus de 100000 exemplaires. Le gouvernement aurait annoncé que Park No-hae avait été exclu des mesures de grâce de mars 1998, parce qu'il avait refusé de se "repentir".

Les partisans de Park No-hae considèrent que celui-ci a fait l'objet d'un traitement particulièrement sévère de la part des autorités, en raison de son statut de travailleur et de ses idées socialistes, qui en font une source d'inspiration pour des milliers d'ouvriers et d'étudiants. Au cours des derniers mois, de nombreuses personnalités littéraires et religieuses ont demandé sa libération.

Le début des années 90: l'affaire du "Parti des travailleurs de Corée du Sud"

Fin 1992, puis juste avant les dernières élections présidentielles, une bonne soixantaine de personnes ont été arrêtées en raison de leur implication présumée dans l'affaire dite du "Parti des travailleurs de Corée du Sud". Les arrestations et l'enquête ont été menées par l'APSN et les principaux suspects sont restés plusieurs semaines en détention sans pouvoir entrer en contact avec leurs familles ni leurs avocats. Certains d'entre eux auraient été torturés. Plusieurs dizaines des personnes appréhendées ont finalement été condamnées, au titre de la Loi relative à la sécurité nationale, pour appartenance à une organisation «hostile à l'État», contacts illégaux avec des ressortissants nord-coréens et, parfois, espionnage. L'APSN semble avoir délibérément fait coïncider les arrestations avec la campagne des présidentielles de 1992, qui ont été remportées par Kim Young-sam, le candidat du parti alors au pouvoir, le Parti libéral démocrate (PLD).

Depuis 1992, Amnesty International demande qu'une enquête soit menée sur cette affaire. Elle fonde sa requête sur les nombreuses irrégularités qui auraient été commises par l'APNS et craint qu'un certain nombre de personnes impliquées dans cette affaire n'aient été injustement condamnées. Plusieurs des condamnés ont été libérés depuis, à l'expiration de leur peine, mais 13 personnes sont encore aujourd'hui en détention.

Le président Kim Dae-jung a annoncé en mars 1998 l'ouverture d'une enquête sur les agissements présumés de l'APSN, qui, selon certaines informations, aurait cherché à influencer les résultats des élections présidentielles de 1997. Amnesty International prie instamment le gouvernement d'élargir le champ de cette enquête aux activités de l'APSN dans le cadre des élections présidentielles précédentes, ainsi qu'aux atteintes aux droits humains auxquels se seraient livrés certains agents de cet organisme. Les enquêteurs devraient notamment se pencher sur le cas des personnes impliquées dans l'affaire du "Parti des travailleurs de Corée du Sud".

Treize personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire sont toujours en prison. Il s'agit de Kim Nak-jung (soixante-six ans, condamné à la détention à perpétuité), Son Pyong-son (cinquante-sept ans, détention à perpétuité), Hwang In-oh (quarante-deux ans, vingt ans d'emprisonnement), Hwang In-uk (trente-deux ans; condamné en 1993 à treize ans d'emprisonnement, il a bénéficié en mars 1998 d'une réduction de la moitié de la peine qui lui restait à purger), Choi Ho-kyong (quarante et un ans, détention à perpétuité), ShimKeum-sop (soixante-trois ans; condamné en 1993 à quinze ans d'emprisonnement, il a bénéficié en mars 1998 d'une réduction de moitié de la peine qui lui restait à purger), Yang Hong-kwan (trente-huit ans, douze ans d'emprisonnement), Ham Jung-hee (trente-trois ans, sept ans d'emprisonnement), Byon Ui-sook (trente et un ans, dix ans d'emprisonnement), Jang Chang-ho (douze ans d'emprisonnement), Lee Kyong-sop (dix ans d'emprisonnement), Cho Duk-won (huit ans d'emprisonnement) et Eun Jae-hyong (six ans d'emprisonnement).

Amnesty International demande la libération de Kim Nak-jung et de Son Pyong-son. Elle estime que les charges retenues contre ces deux hommes sont infondées et qu'ils ont été condamnés injustement, en violation des normes internationales. En ce qui concerne les autres condamnés, Amnesty International ne dispose pas de suffisamment d'informations pour se faire une opinion sur l'opportunité de leur libération. Toutefois, les nombreux témoignages dénonçant certaines pratiques communes à tous ces cas (arrestations illégales, détention au secret et recours à des "aveux" obtenus sous la contrainte) font craindre à l'Organisation que ces personnes n'aient pas été jugées conformément aux normes internationales.

Rappelons brièvement ce qu'a été "l'affaire du Parti des travailleurs de Corée du Sud". Le 6 octobre 1992, l'APSN annonçait le démantèlement de la plus importante organisation communiste découverte en Corée du Sud depuis la fin des années 40. Cette organisation était dirigée, selon les autorités, par un haut responsable nord-coréen, qui aurait réussi, avec l'aide d'une dizaine d'autres agents de Pyongyang, à implanter en Corée du Sud une branche du Parti des travailleurs de Corée (du Nord) et à infiltrer divers secteurs de la société. Les agents nord-coréens en question n'ont jamais été retrouvés. Selon l'APSN, le but de l'opération était de favoriser l'élection aux présidentielles de décembre d'un candidat de l'opposition, afin d'établir, dès 1993, un gouvernement de coalition incluant les communistes, puis d'étendre le communisme à l'ensemble de la péninsule coréenne dans le courant de l'année 1995. Toujours selon l'APSN, le "réseau d'espionnage" était composé de trois sections. L'agence a publié un organigramme compliqué, censé démontrer l'implication de diverses personnes et organisations. Bien que certains des principaux suspects se soient apparemment rendus en Corée du Nord ou aient rencontré des Nord-Coréens, ils ont rejeté les accusations d'espionnage portées contre eux. Parmi les personnes arrêtées figuraient trois dirigeants du parti Minjung (le Parti du peuple, aujourd'hui dissous), ainsi que des travailleurs et des étudiants soupçonnés d'appartenir à des groupes alignés sur la politique nord-coréenne.

Nombre des suspects ont été arrêtés illégalement, sans mandat d'arrêt. Beaucoup d'interpellations ont d'ailleurs pris l'allure de véritables enlèvements, menés par des agents non identifiés de l'APSN. La plupart des détenus n'ont pas pu voir leur famille pendant plus de vingt-deux jours. En outre, les principaux suspects ont été privés du droit de s'entretenir avec un avocat pendant cette première phase de détention. Un grand nombre de suspects affirment avoir été torturés ou maltraités pendant leur interrogatoire.

Kim Nak-jung, soixante et un ans, écrivain politique et ancien co-président du parti Minjung, a été détenu par l'APSN du 25 août au 15 septembre 1992. Il a déclaré par la suite avoir été roué de coups de gourdin par des agents de l'APSN. Il aurait été privé de sommeil pendant de longues périodes et aurait perdu connaissance pendant son interrogatoire. Des personnes lui ayant rendu visite ont dit qu'il avait une cicatrice à la tête et des ecchymoses sur les bras. Kim Nak-jung a confié à des membres de sa famille qu'il avait subi «ce que jamais aucun être humain ne devrait avoir à endurer». Kim Nak-jung était accusé d'avoir rencontré quatre agents nord-coréens, entre 1990 et 1992. S'il a admis ces rencontres, il a réfuté toutes les accusations d'espionnage portées contre lui, affirmant avoir agi uniquement dans l'espoir de voir un jour la Corée réunifiée. Lors de la première audience de son procès, en novembre 1992, il a notamment déclaré: «Je pensais qu'il n'y aurait pas de problème, tant que je ne trahissais pas la Corée du Sud, que je ne participais pas à des activités visant à anéantir ou à renverser le gouvernement sud-coréen. De fait, j'ai toujours respecté ces principes, dans tous mes contacts avec des habitants de la Corée du Nord».

Rien dans le dossier ne laisse penser que Kim Nak-jung ait pu communiquer des renseignements secrets à la Corée du Nord. Lors de la lecture du verdict, le président du tribunal a déclaré que KimNak-jung n'avait fait peser aucune menace grave sur la sûreté de l'État, mais qu'il lui avait quand même infligé une lourde peine, car il avait enfreint la loi [relative à la sécurité nationale] et suscité l'inquiétude d'une grande partie de l'opinion publique.

Kim Nak-jung a déjà passé de nombreuses années en prison, tant en Corée du Nord qu'en Corée du Sud, en raison de son action en faveur de la réunification. Dès 1955, il avait élaboré un projet intitulé "Proposition pour l'établissement d'une Communauté indépendante et unifiée des jeunes de Corée". Il l'avait soumis au président sud-coréen, ce qui lui avait valu d'être arrêté et interrogé pendant vingt jours. Il s'était ensuite rendu en Corée du Nord pour soumettre son projet de réunification au dirigeant nord-coréen KimIl-sung. Soupçonné d'espionnage pour le compte du Sud, il avait de nouveau été arrêté, cette fois par les autorités de Pyongyang, et emprisonné pendant un an. De retour en Corée du Sud, en 1956, il a été arrêté et accusé d'espionner pour le compte du Nord. Il a de nouveau été arrêté en 1963, puis en 1973. Dans les années 70 et 80, il a occupé un poste de lecteur en sciences économiques et a adhéré à diverses associations favorables à la réunification, dont le Centre national pour la promotion de la réunification de la Corée et la Coalition citoyenne pour la justice économique. Auteur de nombreux livres et articles sur la réunification, le mouvement syndicaliste et l'économie, Kim Nak-jung a également publié une autobiographie. Il a adhéré en 1990 au parti Minjung, dont il est devenu co-président. En septembre 1991, il a fondé avec quelques amis le Groupe de recherche pour un réunification pacifique, forum privé consacré à la discussion et à l'analyse des questions relatives à une éventuelle réunification.

Son Pyong-son, candidat du parti Minjung aux élections législatives de mars 1992, a été arrêté par l'APSN le 26 septembre de la même année, à son domicile, dans le sud de Séoul. Il devait plus tard confier à sa famille que 13 hommes l'avaient ensuite frappé en permanence, pendant trois jours. Le quatrième jour de sa détention, on l'aurait forcé à exécuter toute une série d'exercices physiques (s'agenouiller, les bras tendus, faire le poirier, etc.), tout en lui ordonnant d'"avouer" les faits qui lui étaient reprochés. Ses tortionnaires ne l'auraient laissé dormir que quelques heures par jour. Il aurait été soigné par un médecin à plusieurs reprises, en cours d'interrogatoire. Celui-ci l'aurait notamment massé et lui aurait fait plusieurs injections. Son Pyong-son était accusé d'appartenir au Parti des travailleurs de Corée (du Nord) et de recevoir des ordres de Pyongyang, par radio ou par courrier, concernant divers aspects de l'action et de la ligne politique du parti Minjung. Selon l'accusation, il aurait notamment reçu l'ordre de mettre en place une direction clandestine du parti, entièrement dévouée à la cause nord-coréenne. Force est toutefois de constater que l'accusation reposait essentiellement sur les propres "aveux" de l'accusé, arrachés sous la contrainte.

Avant son arrestation, Son Pyong-son était très impliqué au sein du mouvement pour la paix et la réunification. Il avait été nommé en 1981 membre permanent du Comité consultatif [présidentiel] sur la réunification pacifique. Depuis 1989, il était président du Comité pour la réunification du parti Minjung.

L'un des autres suspects principaux de cette affaire était un ancien mineur et militant syndicaliste, Hwang In-oh. Il était accusé de s'être rendu en Corée du Nord en octobre 1990, d'y avoir adhéré au Parti des travailleurs de Corée et d'avoir reçu des instructions pour créer une section en Corée du Sud. À son retour, il aurait entraîné dans l'aventure son frère, Hwang In-uk, ancien militant estudiantin, et Choi Ho-kyong, syndicaliste et sympathisant du parti Minjung. Hwang In-oh était accusé d'avoir recruté 12 personnes pour constituer, en juillet 1991, un chapitre régional central du parti, auquel se seraient affiliés divers groupes d'ouvriers et d'étudiants favorables à la Corée du Nord. L'APSN a accusé les frères Hwang d'avoir reçu des instructions de Pyongyang et d'avoir renvoyé des rapports, soit par radio, soit par le biais de personnes se rendant au Japon.

Hwang In-oh a été arrêté par l'APNS en septembre 1992. Il a été détenu pendant vingt-huit jours sans pouvoir contacter son avocat. Il a reconnu s'être rendu en Corée du Nord, mais a affirmé avoir agi dans l'espoir de faciliter la réunification de la péninsule. Rejetant les accusations d'espionnage portées contre lui, il a déclaré avoir signé des "aveux" sous la pression exercée par l'APSN. Il aurait cédé pour protéger certains de ses proches, qui avaient également été interpellés, dont sa mère et sa femme-menacées à plusieurs reprises par les enquêteurs de l'APSN.

Hwang In-uk a été arrêté le 10 septembre 1992. Il n'a pas pu avoir de contact avec un avocat pendant au moins six semaines. Choi Ho-kyong n'a pu voir un avocat que vingt-deux jours après son arrestation. Il a affirmé avoir été contraint de faire des "aveux". Il aurait récemment été passé à tabac par des surveillants de la prison où il se trouve, parce qu'il avait entamé une grève de la faim. Il souffrirait d'une blessure au dos et aurait eu plusieurs dents cassées.

Des dizaines d'étudiants et de militants ont été interpellés et inculpés de collusion avec les frères Hwang, en raison de leur appartenance à d'autres groupes de discussion. La plupart d'entre eux ont cependant déclaré qu'ils ignoraient que les groupes auxquels ils appartenaient, à l'université ou sur leur lieu de travail, étaient affiliés au chapitre régional central du Parti des travailleurs de Corée ou avaient des liens avec la Corée du Nord.

Arrêtée en septembre 1992 par l'APSN, la militante Ham Jung-hee n'a pas pu voir sa famille ni son avocat pendant les vingt premiers jours de sa détention. Elle affirme avoir été torturée pendant cette période. Elle a finalement été condamnée à sept années d'emprisonnement, pour appartenance à une organisation «hostile à l'État» (l'Alliance patriotique) et communication de «secrets d'État» à la Corée du Nord. Selon ses avocats, ces "secrets" recouvraient en fait des informations accessibles à tous en Corée du Sud. Yang Hong-kwan a lui aussi été privé du droit de voir un avocat pendant les vingt jours suivant son arrestation par l'APSN, en septembre 1992. Il dit avoir été maltraité pendant toute cette période. Les enquêteurs l'auraient déshabillé, roué de coups, obligé à faire de fréquents exercices physiques et privé de sommeil. Il devait déclarer un peu plus tard: «Après cinq ou six jours de torture, j'ai craqué et j'ai reconnu tout ce qu'ils voulaient que je reconnaisse. Rien ne pourrait atténuer la douleur et les souffrances que j'ai connues».

Le milieu des années 90:          l'affaire Kukukchonui (Front national pour le salut de la patrie)

Trois personnes purgent actuellement de lourdes peines d'emprisonnement pour leur appartenance à une organisation «hostile à l'État», le Kukukchonui (Front national pour le salut de la patrie). Cette organisation aurait, selon les autorités, été fondée en 1994 par Ahn Jae-ku, dans le but d'espionner pour le compte de la Corée du Nord. Vingt-trois personnes ont été arrêtées dans le cadre de cette affaire, soit par la police, soit par l'APSN, soit par le Commandement des services militaires de sécurité (renseignements de l'armée). Toutes ont été accusées d'appartenir au Kukukchonui.

Amnesty International demande la libération des trois personnes encore détenues pour leur implication dans cette affaire, car elle estime qu'elles sont en fait emprisonnées en raison de leurs convictions et de leurs activités politiques non violentes. Ces trois détenus sont Ahn Jae-ku (soixante-quatre ans, condamné à la détention à perpétuité), Yu Rak-jin (soixante-dix ans, huit ans d'emprisonnement) et Jong Hwa-ryo (trente-trois ans, dix ans d'emprisonnement). Amnesty International ne dispose pas de renseignements précis sur cinq autres personnes incarcérées dans le cadre de cette même affaire, mais croit savoir qu'elles devraient toutes être libérées dans le courant de l'année 1998, à l'expiration de leurs peines respectives.

Ahn Jae-ku a été interpellé le 14 juin par des agents de l'APSN. Il a ensuite été interrogé tous les après-midi et tous les soirs pendant vingt jours d'affilée. Ahn Jae-ku, qui souffre de névralgies et de rhumatismes, a déclaré qu'il avait eu beaucoup de mal à supporter les longs interrogatoires auxquels il avait été soumis, sans possibilité de dormir. Il aurait parfois été dérouté par le flot des questions qui lui étaient posées et aurait été troublé par les menaces proférées en cours d'interrogatoire par les agents de l'APSN ainsi que par les représentants du Parquet. Ahn Jae-ku a notamment expliqué qu'il s'était laissé manipuler, au point d'admettre que le manifeste et le règlement intérieur du Kukukchonui se référaient au Parti des travailleurs de Corée. L'accusé et ses avocats se sont en outre inquiétés du fait qu'une disquette présentée au procès comme une preuve à charge, et contenant le manifeste et le règlement de l'organisation, avait apparemment été altérée par les enquêteurs.

Ahn Jae-ku était accusé d'avoir créé le Kukukchonui pour espionner pour le compte de la Corée du Nord. Les autorités ont affirmé qu'il avait recruté plusieurs autres personnes, dont son propre fils, AhnYoung-min (qui a été libéré depuis), et qu'il avait reçu de l'argent de la Corée du Nord. Elles ont également accusé Ahn Jae-ku d'avoir adhéré au Parti des travailleurs de Corée, au pouvoir à Pyongyang, alors qu'il se trouvait en prison, dans les années 80.

Lors de son procès, Ahn Jae-ku a reconnu avoir été en contact, à partir de 1991, avec une organisation supposée pro-nord-coréenne et installée au Japon, la Kwang Myung. Il a expliqué que les dirigeants de celle-ci l'avait persuadé de la nécessité de créer, en Corée du Sud, un groupe consacré à l'étude de la Juche, l'idéologie officielle d'autosuffisance de la Corée du Nord. Ahn Jae-ku a expliqué qu'il souhaitait effectivement en savoir plus sur la Corée du Nord et sur son idéologie politique, mais il a rejeté les accusations d'espionnage portées contre lui, de même qu'il a nié avoir jamais cherché à renverser le gouvernement sud-coréen. Selon lui, le Kukukchonui était «une organisation en faveur de l'indépendance, de la démocratie et de la réunification, et non pas un groupe visant à changer illégalement ou violemment la République de Corée, ni à saper son autorité». Lors de son procès, il a ajouté:

«Je suis totalement opposé à l'idée selon laquelle les systèmes sociopolitiques de Corée du Sud devraient être renversés. Je ne suis pas non plus d'accord avec ceux qui pensent que le système socialiste de Corée du Nord devrait être démantelé et remplacé par le capitalisme. Nous devrions reconnaître qu'il existe deux systèmes politiques différents, l'un au Sud, l'autre au Nord, et que les deux camps constituent ensemble une communauté destinée à incarner conjointement l'indépendance nationale. Cela signifie que nous vivons au sein d'une communauté, dans laquelle nous recherchons nos convergences et respectons nos différences. C'est cette communauté qu'il nous incombe de créer.»

Amnesty International estime qu'il n'existe aucun élément permettant de penser qu'Ahn Jae-ku s'est effectivement livré à des actes d'espionnage ou a cherché à renverser le régime par la violence.

En 1971, Ahn Jae-ku a été nommé professeur de mathématiques à l'université de Kyongbuk, où il a acquis une solide réputation dans son domaine. Il a perdu son poste en 1976, parce qu'il avait refusé de faire des rapports aux autorités sur les activités des étudiants. Il a alors commencé à militer activement dans l'opposition au régime militaire du président de l'époque, Park Chung-hee. En 1979, il a été arrêté pour activités «hostiles à l'État». Condamné à la détention à perpétuité, il a été libéré en 1988, à la faveur d'une grâce présidentielle. Il a trouvé à sa sortie de prison un poste de lecteur de mathématiques à l'université de Kyunghee, à Séoul.

Yu Rak-jin est un ancien prisonnier politique, qui avait déjà passé dix-neuf ans en détention, pour raisons politiques, avant sa libération, en 1990, à la faveur d'une grâce présidentielle. Il a lui aussi été arrêté en juin 1994 et a été accusé d'appartenir au Kukukchonui ainsi que de rendre directement des comptes à AhnJae-ku. Yu Rak-jin affirme que, pendant son interrogatoire, les agents de l'APSN ne l'ont laissé dormir qu'une ou deux heures par nuit, pendant quatorze nuits consécutives. Il aurait également été menacé et on lui aurait montré des "aveux", signés par d'autres inculpés, afin de le contraindre à signer une déclaration similaire. Yu Rak-jin, soixante-dix ans, souffre d'angine de poitrine et sa famille considère qu'il ne bénéficie pas, en prison, des soins requis par son état de sant.

La version originale en langue anglaise de ce document a été publiée par Amnesty International, Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 8DJ, Royaume-Uni, sous le titre Republic of Korea (South Korea): long-term prisoners still held under the National Security Law. Seule la version anglaise fait foi.

La version française a été traduite et diffusée aux sections francophones et au Secrétariat international par LES ÉDITIONS FRANCOPHONES D'AMNESTY INTERNATIONAL -ÉFAI- juillet 1998.

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[1]. En Corée, l'âge est calculé en fonction du calendrier lunaire. Les âges cités dans ce rapport peuvent donc différer légèrement des âges officiels des personnes mentionnées.

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La version originale en langue anglaise de ce document a été publiée par Amnesty International, Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 8DJ, Royaume-Uni, sous le titre Republic of Korea (South Korea): long-term prisoners still held under the National Security Law. Seule la version anglaise fait foi. La version française a été traduite et diffusée aux sections francophones et au Secrétariat international par LES ÉDITIONS FRANCOPHONES D'AMNESTY INTERNATIONAL -ÉFAI- juillet 1998.

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