Nigéria : regain de tensions religieuses entre les chrétiens et les musulmans depuis l'entrée en fonctions du président Obasanjo (mai 1999 - septembre 2000)

Publisher Canada: Immigration and Refugee Board of Canada
Author Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié, Canada
Publication Date 22 September 2000
Citation / Document Symbol NGA34952.EF
Reference 7
Cite as Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, Nigéria : regain de tensions religieuses entre les chrétiens et les musulmans depuis l'entrée en fonctions du président Obasanjo (mai 1999 - septembre 2000), 22 September 2000, NGA34952.EF, available at: https://www.refworld.org/docid/3f7d4ddd15.html [accessed 17 September 2023]
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Des sources d'information ont souvent signalé des tensions religieuses au Nigeria depuis l'entrée en fonctions du président Obasanjo en mai 1999. Dans beaucoup de cas, ces tensions ont été engendrées par l'adoption réelle ou prévuede la charia dans les États du nord. Pour obtenir de l'information générale sur la liberté religieuse au Nigeria, consulter l'article « Nigeria » de l'Annual Report on International Religious Freedom for 2000, dont une version électronique est jointe à la présente réponse.

Introduction

En octobre 1999, le Zamfara a été le premier État à adopter [traduction] « le régime juridique et administratif controversé de la charia, ce qui a fait monter des tensions entre les religions dans ce pays multiconfessionnel doté d'une constitution séculière » (ARB oct. 1999, 13723; Keesing's oct. 1999). Le gouverneur de l'État a déclaré que les non-musulmans n'avaient rien à craindre et que cette loi ne s'appliquait pas à eux (NTA TV 28 sept. 1999; Keesing's , oct.. 1999; ARB oct. 1999, 13723). Cependant, les groupes de défense de la démocratie et des droits de la personne ont [traduction] « taxé » cette loi de mesure anticonstitutionnelle (ibid.; Keesing's oct. 1999).

[Traduction]

Des membres éminents du clergé nigérian, dont l'archevêque catholique de Lagos, Mgr Olunbunmi Okogie, ont lancé une mise en garde contre l'adoption de la charia comme religion d'État et ont fait savoir qu'ils considèrent un tel geste comme une violation de la liberté de culte des adeptes des autres religions, liberté qui est garantie par la constitution du pays.

Le directeur exécutif de l'Organisation pour la défense des libertés civiques (Civil Liberties Organisation – CLO), Abdul Oroh, qui est musulman, s'oppose également à la résolution de l'État de Zamfara, qu'il qualifie d'exploitation religieuse ayant pour but des gains politiques (ARB oct. 1999, 13725).

L'Africa Research Bulletin a fourni quelques commentaires sur l'accueil accordé aux mesures prises par l'État de Zamfara et a conjecturé sur les réactions futures.

[Traduction]

On dit que la charia est très populaire au Zamfara et les dirigeants musulmans de l'État soutiennent maintenant que c'est la région la plus respectueuse de la loi du pays [...]

L'État de Cross River, dans le delta du sud, a menacé de riposter en se déclarant un État chrétien. [...]

L'adoption officielle de la charia pourrait entraîner des troubles sociaux sociales et de la discrimination fondée sur le sexe. Certains gouvernements désapprouvent maintenant la vente libre d'alcool et des fanatiques harcèlent les jeunes femmes qui s'habillent à l'occidentale. ...

Une coalition de dix organisations de femmes, dirigée par Ayesha Imam du groupe Femmes vivant sous la loi islamique (Women Living Under Muslim Law), a condamné l'adoption de la charia en déclarant que cette mesure nuit aux droits des femmes.

La situation pourrait se compliquer davantage à Kano, le plus grand centre commercial du nord. L'application de la charia pourrait entraîner l'exode de presque d'un million de non-musulmans, y compris des étrangers qui oeuvrent dans les secteurs commercial et industriel.

Les personnes originaires du nord qui vivent dans le sud du Nigeria pourraient alors s'enfuir vers le nord par peur de représailles.

Les tensions religieuses se sont intensifiées à la fin de décembre du fait qu'une douzaine d'églises ont été incendiées, par des gens qu'on soupçonne d'être des extrémistes musulmans, dans la ville d'Ilorin, située dans le sud‑ouest [...].

Le président de la section des jeunes de l'Association chrétienne du Nigeria (Christian Association of Nigeria – CAN), le révérend Tunde Simieon, a aussi émis une menace en déclarant que « les chrétiens seront peut‑être obligés de se défendre si le gouvernement ne parvient pas à rappeler les intégristes à l'ordre » (déc. 1999, 13798).

Toutefois, en février 2000, l'Africa Research Bulletin a rapporté que [traduction] « la charia est entrée en vigueur pacifiquement dans l'État de Zamfara à grande majorité musulmane » (13876).

Le 21 juin 2000, le gouverneur de l'État de Kano a approuvé l'adoption de la charia mais sa mise en application a été reportée jusqu'en novembre (ibid.;

L'État de Kaduna

À la fin de février 2000, des violences ont éclaté dans la ville de Kaduna au cours d'une marche de chrétiens qui protestaient contre l'adoption éventuelle de la charia (P.M. News 21 févr. 2000; Dawn 27 févr. 2000; The News 6 mars 2000). D'ailleurs, les violences se sont poursuivies et se sont soldées par plusieurs morts entre le 21 et le 23 février 2000 (Keesing's févr. 2000). West Africa a rapporté un bilan [traduction] « officieux » de 2 000 morts (6‑12 mars 2000). Dawn a signalé, le 27 février 2000, que [traduction] « des milliers de personne qui, en cherchant un refuge, ont fini par s'entasser dans des camps militaires, se plaignaient de ne pas avoir suffisamment de nourriture ou d'eau et déclaraient qu'elles seraient prêtes à quitter Kaduna dès qu'elles auraient un moyen de transport ».

Réagissant au nombre de morts, le chef igbo du Mouvement pour la réalisation de l'État souverain du Biafra (Movement for the Actualisation of the Sovereign State of Biafra – MASSOB) [traduction] « a menacé de mobiliser les Igbos dans le sud pour riposter contre les Haoussas si le gouvernement fédéral ne parvient pas à arrêter le meurtre d'Igbos dans l'État de Kaduna »; il a exhorté les habitants igbos, [traduction] « surtout dans l'État de Kaduna, à recourir à toute la force à leur disposition pour se défendre » (P.M. News 23 févr. 2000).

Dans un article sur les événements du 28 février 2000, le P.M. News, tout en signalant que le gouverneur de l'État de Kaduna était à l'extérieur du pays pour un traitement médical quelconque, a écrit que

[traduction]

son attitude face à la crise contribue, croit-on, à attiser les flammes de la haine, ce qui risque de compliquer l'établissement de la paix.

Le gouvernement de l'État de Kaduna, aux dires des analystes, s'est retrouvé coincé entre l'arbre et l'écorce. « Si le gouvernement met maintenant fin à la charia, les musulmans reprendront les armes. En revanche, s'il décide d'appliquer la charia, les chrétiens en concluront que le gouvernement s'est rangé du côté des musulmans », a souligné Uba Sani, le coordonnateur du nord du Comité d'action commune pour le Nigeria (Joint Action Committee of Nigeria – JACON).

Entre-temps, les commerçants igbos et les hommes d'affaires musulmans haoussas font le bilan de leurs marchandises détruites et on craint que les deux groupes se préparent à exercer des représailles sur une plus grande échelle. [...]

Les rapports ont également indiqué que les conflits religieux qui sévissaient dans la ville de Kaduna ont gagné Kachia, où se trouve le siège du Conseil local de Kachia dans l'État de Kaduna : la police y a confirmé la mort de 65 personnes, dont un policier.

The News a signalé de nombreux morts à Kachia, ainsi que dans les villages de Narayi et de Badarawa dans l'État de Kaduna (6 mars 2000).

Pour en savoir plus long sur les violences de février 2000 dans l'État de Kaduna, voir NGA35264.E du 18 août 2000 et le numéro du 6 au 12 mars de West Africa, consultables dans les centres de documentation régionaux de la CISR.

D'autres affrontements religieux ont éclaté dans la ville de Kaduna à la fin de mai 2000 (Keesing's mai 2000; ARB mai 2000, 13979; Dawn 26 mai 2000). Des sources d'information ont signalé que 300 personnes y ont laissé leur vie (ibid.; PANA 29 mai 2000). L'Africa Research Bulletin a écrit ce qui suit :

[traduction]

l'assemblée législative de l'État de Kaduna a voté une résolution demandant au gouvernement de prendre des mesures d'urgence pour rétablir l'ordre dans les régions touchées par les affrontements religieux du 22 mai, a rapporté la Radio Nigeria‑Kaduna. L'assemblée a unanimement exhorté le gouvernement à sévir contre tout participant à ces affrontements pour dissuader les autres.

La majorité des députés ont condamné la nouvelle flambée de violences et l'ont attribué à des fauteurs de troubles.

La radio a ajouté que le gouvernement de l'État avait la situation en main et a imposé le couvre-feu. Le personnel de sécurité armé assurait l'ordre et des tribunaux mobiles ont été établi pour juger les contrevenants au couvre-feu. Au 25 mai, la radio a signalé que la situation était revenue à la normale.

Newswatch a affirmé que les affrontements avaient éclaté dans la partie méridionale de Kaduna où des jeunes avaient attaqué des jeunes musulmans dans un secteur voisin. L'étincelle qui a mis le feu aux poudres était la découverte d'un cadavre. Quelque 150 personnes ont péri pendant les émeutes qui se sont étendues à d'autres communautés.

Selon le Financial Times, la situation est très tendue à Kaduna depuis les affrontements de février qui se sont produits à la suite des protestations des chrétiens contre les exigences des musulmans qui réclamaient l'imposition de la loi islamique stricte. [...]

Les efforts de médiation qu'a déployés le gouvernement fédéral par l'intermédiaire des chefs traditionnels et religieux avaient atténué la crise. Il convient d'ailleurs de noter que le 23 mai, des associations chrétiennes et musulmanes ont dénoncé ces nouvelles violences et ont précisé dans une déclaration commune que celle‑ci n'était pas fondée sur des motifs religieux.

Mais la cause première de la scission au nord du Nigeria persiste et certains gouvernements élus des États ont continué leur chemin vers l'adoption de la loi islamique en dépit des protestations des chrétiens (mai 2000, 13979).

Le Post Express a signalé que le 23 mai 2000, un prêtre catholique aurait été tué par des [traduction] « jeunes musulmans furieux », et que son cadavre a été retrouvé plus tard, abandonné dans un caniveau (28 mai 2000).

Dans un article du 16 juin 2000, le même journal a décrit l'atmosphère dans la ville de Kaduna :

[traduction]

Une visite à Kaduna révèle que la ville devient rapidement un cimetière. Les camps regorgent de gens qui fuient la ville, et la vie commerciale et sociale de la ville est à son plus bas niveau. Malgré les appels des chefs religieux et traditionnels, les habitants de la ville se retranchent dans leurs enclaves ethniques ou, au mieux, s'en vont dans des secteurs où ils se sentent en sécurité. [...]

Au moment même que l'État essaie de rétablir dans la ville la paix fragile qui a été rompue l'avant-dernier lundi, les analystes proposent que tous les groupes religieux se réunissent pour engager un dialogue franc en vue de dissiper la méfiance actuelle. Bien qu'on ait dit que les dernières émeutes n'avaient pas de fondement religieux, certains habitants imputent la réapparition des violences à la méfiance mutuelle entre les adeptes des deux religions. [...]

C'est un fait que depuis les troubles de février provoqués par le projet d'imposer la charia, les adeptes des deux religions ont, progressivement mais naturellement, scindé la ville de Kaduna en deux, les chrétiens au sud et les musulmans au nord. Selon Megaji, ancien gouverneur suppléant de l'État de Kaduna et dirigeant du Parti de tout le peuple (All People`s Party – APP), cette apparente balkanisation risque d'enraciner une méfiance profonde et de faire de l'État un autre Liban (ibid.).

L'Africa Research Bulletin a présenté des commentaires généraux sur la peur des non-musulmans :

[traduction]

les non-musulmans, surtout à Kaduna, disent que ce dont ils ont peur, ce sont les effets de la charia sur leur mode de vie, et en particulier sur certains aspects de leur culture qui risquent d'être réprimés par l'application intégrale de la loi islamique. Un conducteur de motocyclette a été, par exemple, emprisonné pour avoir transporté des femmes. Les non-musulmans se sont empressés de signaler les paroles et les actions du gouvernement de l'État de Zamfara. Par exemple, le gouverneur de l'État a refusé de nommer des chrétiens au conseil du ministère des Affaires religieuses. Il a aussi juré de ne pas donner du travail à ceux qui ne portent pas la barbe. Étant donné que ce sont les chrétiens qui possèdent, au Zamfara, les restaurants et les bars, ils croient que l'objectif ultime de ce gouvernement est de les acculer à la faillite (févr. 2000, 13876).

Situation générale

À la fin de février, le vice-président du Nigeria, Atiku Abubakar, a rencontré les gouverneurs des États du nord; ils ont [traduction] « décidé qu'il fallait arrêter la mise en application de la loi islamique et remettre en vigueur les dispositions du code pénal » (Africa Research Bulletin févr. 2000, 13877; Africa Confidential 3 mars 2000, 1). À une conférence de presse qui a suivi la réunion du Conseil national des États, les représentants du gouvernement de la fédération et de ceux des États [traduction] « ont demandé à tous les chefs religieux, aux maîtres à penser et à ceux qui forment l'opinion publique d'aider à modérer les passions de leurs disciples et des autres citoyens de manière à ramener au minimum les tensions qui régnaient dans le pays » (ARB févr. 2000, 13877). Les gouverneurs des trois États du nord – le Zamfara, le Niger et le Sokoto – qui avaient déjà mis en application la loi islamique ont décidé de renoncer à la Charia alors que trois autres États – leKaduna, le Kano et le Yobe – qui envisageaient l'adoption de la charia ont accepté de [traduction] « suspendre le processus » visant la mise en oeuvre de la loi islamique (ibid.).

Cependant, en mars 2000, l'Africa Research Bulletin a signalé que la situation [traduction] « continuait d'être très tendue » malgré la décision du Conseil national des États de [traduction] « retourner au statu quo antérieur » (mars 2000a, 13914). Dans ce numéro de l'ARB, on a décrit la position des différents États relativement à l'introduction de la charia et aux tensions religieuses, ainsi que les circonstances dans chaque État.

[Traduction]

Le Nord

Kwara : le gouverneur a écarté l'adoption des dispositions de la charia qui vont au-delà des dispositions déjà prévues dans le code pénal.

Sokoto : des tensions religieuses ont éclaté; des étudiants islamistes ont exigé l'adoption immédiate de la charia.

Niger : l'État a accepté de retirer les projets de loi concernant la charia et a décrété un couvre-feu dans l'émirat troublé de Suleja. L'émir se serait enfui. La situation dans l'émirat de Suleja était tendue le 26 mars et les mesures de sécurité étaient serrées. [...]

Kano : le gouverneur a rejeté la décision du Conseil national des États (NCS) pour retourner au statu quo antérieur.

Zamfara : l'État a refusé catégoriquement de suspendre la mise en application de la charia. Le gouverneur Ahmed Sani a acquis une certaine célébrité en raison de sa détermination d'adopter la charia dans ce nouvel État, issu du Sokoto.

Borno : The Guardian a signalé que [traduction] « jusqu'à présent », les affrontements qui avaient éclaté le 27 mars entre musulmans et chrétiens ont fait 15 morts.

L'Est

Abia, Anambra, Ebonyi, Enugu, Imo : les émeutes de l'État de Kaduna ont gagné les États orientaux en février. On a condamné le meurtre des gens originaires des États de l'est. Le gouverneurs appuient tous la suspension de la charia. Ils ont établi un fond de secours avec un dépôt initial de 5 millions de naïras. Des milliers de réfugiés sont arrivés. Il y a eu de nouvelles violences le 29 mars.

Taraba : il n'y a eu aucun affrontement, mais Newswatch a signalé que la situation était très tendue. Des sermons en plein air ont été interdits.

Rivers : des tensions.

Akwa Ibom : le couvre-feu entre la tombée de la nuit et l'aube.

Le Centre

Kaduna : scène des affrontements de février entre musulmans et chrétiens. Le gouvernement de l'État a mis sur pied un comité de réconciliation mais la situation est restée très tendue et des violences ont éclaté à nouveau le 20 mars.

Abuja ‑ territoire de la capitale fédérale : toute forme d'activité religieuse en plein air a été interdite pour « éviter les débordements ». On a signalé des affrontements entre les partisans des deux prétendants à la tête de l'émirat local.

Kogi : des sermons et des processions en plein air ont été interdits pour éviter la flambée des tensions.

Le Sud-ouest

Edo : les forces de sécurité étaient sur un pied d'alerte à la suite de rumeurs concernant une perturbation éventuelle de l'ordre public. Le gouverneur suppléant a déclaré que l'État reconnaissait la liberté de culte de toute personne et de tout groupe.

Osun : de nouveaux affrontements survenus le 23 mars ont fait 10 morts; plusieurs autres personnes ont été portées disparues. Les affrontements opposaient deux sous‑groupes des Yoroubas – les Ifes et les Modakekes, qui étaient des ennemis héréditaires. Le couvre-feu a été décrété.

Ogun : les chefs religieux ont garanti la paix au président Obasanjo.

Oyo : le gouverneur a déclaré que toute guerre religieuse mettra en péril la démocratie naissante du Nigeria (ibid. mars 2000b, 13915).

Après l'annonce faite en février qu'un accord avait été conclu avec les États du nord en vue de suspendre la loi islamique, des sources d'information ont signalé que certains États allaient de l'avant néanmoins avec leur projet d'adopter la charia et que le gouvernement fédéral ne s'y opposait pas. Le 29 mars 2000, le président Obasanjo a déclaré

[traduction]

qu'il n'interdirait pas les États du Nigeria de mettre en application la charia même si les violences religieuses ont fait des centaines de morts et que la première amputation a eu lieu dans l'État de Zamfara. [...]

Il a affirmé qu'il incombe aux citoyens et non à l'administration fédérale de contester en justice la légitimité des mesures prises par l'État de Zamfara. Le gouverneur de l'État de Zamfara, Ahmed Sani, avait dit au départ qu'il appuierait la suspension de la loi islamiste, mais après, le 1er mars, il a affirmé, dans une déclaration commune avec les gouverneurs des États de Sokoto et de Kebbi (situés dans le nord-ouest du pays) qu'il poursuivrait la mise en application de la charia (Keesing's mars 2000).

Le Keesing's a signalé en avril 2000 que :

[traduction]

les gouverneurs des 19 États du nord à grande majorité musulmane ont tenu une réunion le 3 avril pour discuter des tentatives faites par des États du nord pour mettre en application la loi islamique. À la réunion, il a été décidé de former un groupe composé de dirigeants musulmans et chrétiens, groupe qui s'emploierait à harmoniser la charia avec le code juridique fédéral. Les gouverneurs ont aussi affirmé, à cette occasion, qu'ils appuyaient le maintien de l'intégrité de l'État nigérian.

Le 9 juillet 2000, le PANA a signalé que

le vice-président Atiku Abubakar a vivement défendu le code juridique controversé de la charia [...]

Abubakar a dit samedi, dans la ville de Sokoto, située dans le nord du pays, qu'il ne comprenait pas pourquoi les gens ont peur de l'adoption de la loi islamique, étant que tout citoyen nigérian a le droit, selon la constitution, de déterminer le type de tribunal devant lequel il voudrait être jugé, peu importe l'infraction. [...]

Le gouvernement fédéral a refusé de soumettre la question aux tribunaux mais a invité les citoyens dont les intérêts sont touchés par la loi d'aller en justice.

Après que le projet d'adopter la charia dans l'État de Kaduna a provoqué des affrontements et a fait des morts parmi les musulmans comme parmi les chrétiens au début de cette année, le gouvernement a négocié avec les 19 gouverneurs des États du nord un accord visant à suspendre l'adoption de la loi islamique.

Mais par suite de l'adoption de la charia par trois autres États, les groupes chrétiens ont demandé à nouveau au gouvernement fédéral de prendre position de façon claire et précise sur la question.

Or, selon This day, Atiku a rejeté, samedi, ces appels en disant que « nous devons, dans l'intérêt du pays, mettre fin à cette confusion car la charia fait partie de notre système de justice ».

Il a nié que l'accord conclu avec les gouverneurs visait à suspendre la charia et a affirmé qu'il a été plutôt convenu d'un retour à la situation antérieure jusqu'à ce que le pays revienne à l'état normal.

Abubakar a dit que le gouvernement fédéral avait pensé au début que les partisans de la charia voulaient se servir de la loi islamique pour créer l'instabilité politique, mais que c'était clair maintenant qu'ils avaient de bonnes intentions.

Il a défendu les gouverneurs qui ont adopté la charia, en déclarant que ces derniers ne faisaient que répondre aux souhaits de leur peuple.

« Dans un cadre démocratique, ils ont le droit d'exaucer les souhaits de leur peuple et je ne pense pas que cela doive déranger qui que ce soit » a déclaré le vice-président, lui-même originaire du nord.

Les gouverneurs de plusieurs autres États du nord subissent des pressions de la part de leur population à majorité musulmane pour qu'ils adoptent la loi islamique qui prévoit, entre autres, la mort par lapidation pour adultère et l'amputation d'une main pour vol.

L'AFP a signalé le 8 août 2000 que les États de Katsina et de Jigawa avaient [traduction] « proclamé la charia ou annoncé leur intention de le faire [et que] quatre autres États – le Bauchi, le Borono, le Gombe et le Kebbi – étaient censés annoncer bientôt leurs projets » à ce sujet. Le gouverneur de l'État de Yobe aurait aussi signé un projet de loi prévoyant l'adoption de la loi islamique le 1er octobre 2000 (ibid.). L'AFP a qualifié le gouverneur de cet État de « proche allié d'Obasanjo » (1er août 2000).

Pour obtenir de l'information de fond sur ce sujet, voir le numéro du 10 au 16 juillet 2000 de West Africa, consultable aux centres de documentation régionaux de la CISR.

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié.

Références

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Document annexé

Annual Report on International Religious Freedom for 2000. 5 septembre 2000. Département d'État des États‑Unis. [Date de consultation : 13 sept. 2000]

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