Pakistan : information récente sur les Ahmadis au Pakistan
| Publisher | Canada: Immigration and Refugee Board of Canada |
| Author | Research Directorate, Immigration and Refugee Board, Canada |
| Publication Date | 1 June 1990 |
| Citation / Document Symbol | PAK6206 |
| Cite as | Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, Pakistan : information récente sur les Ahmadis au Pakistan, 1 June 1990, PAK6206, available at: https://www.refworld.org/docid/3ae6aac60.html [accessed 17 September 2023] |
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La secte religieuse des Ahmadis a été fondée en 1889 par le prophète Mirza Ghulam Ahmed et compte aujourd'hui plus de dix millions d'adhérents à travers le monde, dont quatre millions au Pakistan [ Petrén G., H. Cull, J. McBride et D. Ravindran, Pakistan: Human Rights After Martial Law, (Genève: Lawyers Committee for Human Rights, 1986), p. 103; Degenhardt H.W. Revolutionary and Dissident Movements, (Londres: Longman, 1988), p. 266.]. Les Ahmadis ne considèrent pas le prophète Mohammad comme le dernier des prophètes, ce qui entre en contradiction avec l'un des principes fondamentaux de l'orthodoxie musulmane [ The New Encyclopaedia Britannica, macropaedia, vol.25, (Chicago et al: Encyclopaedia Britannica, 1989), p. 383-384.]. Le "Lahori Group" est le résultat d'une scission par un groupe de dissidents qui ont fondé leur propre secte après la mort de Mirza Ghulam Ahmed en 1908 [ Petrén et al., ibid, p. 105.].
Le groupe Lahori n'accepte pas la prophétie de ce dernier, mais ils adhèrent cependant à ses croyances en le Jehad et la mort du Christ [ Ibid.]. Le groupe Lahori est considéré comme étant plus moderne et libéral que la secte ahmadie, qui suit avec précision les enseignements diffusés par Mirza Ghulam Ahmad au dix-neuvième siècle [ Gualtieri A. Conscience and Coercion: Ahmadi Muslims and Orthodoxy in Pakistan, (Montréal: Guernica, 1989), p. 104.].
Le siège social des Ahmadis est la ville de Rabwah, bien que le gouvernement ne leur permette pas d'y tenir leurs réunions annuelles, qui, pour cette raison, ont souvent lieu en dehors du Pakistan [ Petrén et al., ibid, p. 115.]. La plupart des familles de Rabwah sont ahmadies et la ville contient au moins deux mosquées ahmadies et une mosquée orthodoxe [Conversation téléphonique avec un professeur spécialiste des Ahmadis au Département de sciences religieuses de l'Université Carleton, Ottawa, 27 novembre 1989.]. L'Ahmadiyya Muslim Association de Toronto estime qu'il y a environ 30 000 à 40 000 Ahmadis à Rabwah, ou 95% de la population [ Conversation téléphonique avec un représentant de la Ahmadiyya Muslim Association de Toronto, 27 novembre 1989.]. A la fin de mai 1974, un groupe d'étudiants appartenant au Jamaat-e-Islami (un mouvement fondamentaliste hostile aux Ahmadis) ont provoqué des émeutes importantes à la gare de train de Rabwah [ Ahmadiyya Muslim Association, The Plight of Ahmadi Muslims, (Toronto: AMA, 1987), p. 7.]. Les émeutes sectariennes de mai 1974 à Rabwah et dans quelques autres villes du Pakistan ont également été rapportées dans la presse britannique de cette époque [ "Shops Set on Fire in Pakistan", The Daily Telegraph, 31 May 1974; "Sectarian Violence Flares in Pakistan", The Times, 31 May 1974. Ces deux articles sont reproduit dans: Ahmadiyya Muslim Association, ibid, p. 8.]. En avril et mai 1974, les émeutes anti-ahmadies au Pakistan ont mené à la destruction de mosquées, magazins et maisons, et à la mort de vingt-sept Ahmadis [ Ashworth G. World Minorities, vol.I, (Sunbury (UK): Quartermaine, 1979), p. 8.].
Suite à de nouvelles émeutes en mai 1984, le gouvernement du Premier ministre de l'époque, Zulfikar Ali Bhutto, déclara les Ahmadis "minorité non-musulmane" [ Petrén et al., ibid, p. 104.]. L'Ordonnance XX (Ordinance XX) du 26 avril 1984 interdit au groupe Quadiani (nommé d'après le village d'origine de Mirza Ghulam Ahmed), au groupe Lahori et aux Ahmadis de mener des activités "anti-islamiques", (c'est-à-dire se déclarer un Musulman, référer par oral ou par écrit au Prophète Mohammad ou à sa femme, entrer dans une mosquée, etc.) [ Ministry of Law and Parliamentary Affairs, "Ordinance No. XX of 1984", The Gazette of Pakistan, (Islamabad: gouvernement du Pakistan, 26 avril 1984), p. 8.]. Les sanctions imposées aux Ahmadis et aux membres du groupe Lahori peuvent aller jusqu'à plusieurs années d'emprisonnement et des amendes [ Ibid.].
Les Ahmadis sont victimes de diverses formes de harcèlement, incluant leur liberté de se proclamer Musulmans et de se livrer aux rituels islamiques [ Andreassen B.A. et A. Eide, eds. Human Rights in Developing Countries 1987/1988, (Copenhague: Akademisk Forlag, 1988), p. 240.]. Par exemple, quinze Ahmadis ont été condamnés à cinq ans de prison à Mardan en 1986 pour avoir inscrit des paroles sacrées sur les reçus de leur magazin [Ibid.]. En mars 1986, vingt-six Ahmadis portant une insigne religieuse appelée "kalima" ont été arrêtés [Ibid.]. Certains Ahmadis de Karachi ont été assasinés en 1986 [Ahmadiyya Muslim Association, ibid, p. 13.]. Des étudiants postulant pour des études universitaires se sont vu refuser l'accès aux études supérieures lorsqu'ils ont indiqué que leur religion était "Islam (Ahmadi)" plutôt que "Non-musulman" [ Petrén et al., ibid, p. 105.]. L'usage de la salutation musulmane "Assalam-o-Alaikum", jugé un blasphème de la part de "Non-musulmans" a entraîné l'arrestation de nombreux Ahmadis [Petrén et al., ibid, p. 107.]. Des avocats à Karachi et ailleurs défendent des causes d'Ahmadis sur une base quotidienne [ Gualtieri, ibid, p. 59.]. Les Ahmadis sont en général exclus des positions gouvernementales [ Degenhardt, ibid.].
Sous l'administration de Benazir Bhutto, la fille de Zulfikar Ali Bhutto qui les avait fait proclamer "minorité non-musulmane" en 1974, la condition légale et politique des Ahmadis s'est encore détériorée [ Hyman A. "No Great Change in Human Rights", Index on Censorship, 10/89, p. 24-26.]. En février 1989 par exemple, le Conseiller du Ministère fédéral des affaires religieuses a affirmé que plusieurs Ahmadis, dont le secrétaire en chef du gouvernement du Sind a affirmé que plusieurs Ahmadis, seraient démis de leurs fonctions [ Ibid.]. Depuis l'arrivée au pouvoir de Benazir Bhutto, le gouvernement fédéral a établi une liste de tous les Ahmadis qui travaillent pour l'état [International Ahmadiyya Movement in Islam, The Situation of Ahmadi Muslims: After the Dawn of Democracy in Pakistan, (Londres: IAMI, 1989, p.6.]. Face à la montée du fondamentalisme musulman, le nouveau gouvernement pakistanais a retenu l'Ordonnance XX, dont la modification serait une mesure impopulaire [ M. Rahman, "Pakistan: Miffed Minorities", India Today, 31 mars 1989, p.160.]. Pendant l'année 1989, les arrestations d'Ahmadis sont demeurées fréquentes et les célébrations publiques du centième anniversaire de la secte ont été interdites par le gouvernement [ U.S. Department of State, Country Reports on Human Rights Practices for 1989, (Washington: U.S. Government Printing Office, 1990), p.1534.]. Les autorités policières, de plus, ont entrepris une investigation judiciaire contre la population entière de la ville de Rabwah (presqu'en totalité habitée par des Ahmadis) en décembre 1989 pour avoir enfreint l'Ordonnance XX [ Ibid.].
Les récents incidents à Nankana Sahib et Chak Sikandar, en avril et juin 1989, démontrent bien que les relations sociales entre les Musulmans, sujets à la montée de l'islamisme (fondamentalisme musulman) et aigris par l'affaire Salman Rushdie, et les Ahmadis jugés hérétiques [ Petrén et al., ibid, p. 103.], se sont envenimées au cours des dernières années [ Ibid.]. Le 12 avril 1989, la mosquée ahmadie de Nankana Saheb et quarante maisons d'Ahmadis ont été brûlées par des groupes d'individus armés [ Ahmadiyya Movement in Islam (Ontario), New Spate of Violence in Pakistan, (Toronto: AMI, 1989), p. 2. Voir également, pour corroboration, un message télécopié envoyé par le Ministère des affaires extérieures du Canada (poste d'Islamabad) au Centre de documentation de la CISR à Ottawa et daté du 10 août 1989.]. Le Pakistan Times de Lahore, pourtant qualifié de "pro-gouvernemental" a également rapporté les événements de Nankana Sahib [ Reproduit dans: International Ahmadiyya Movement in Islam, The Situation of Ahmadi Muslims: After the Dawn of Democracy in Pakistan, (Londres: IAMI, 1989), p. 21; Le Pakistan Times est qualifié de "pro-gouvernemental" dans: Observatoire de l'information, L'information dans le monde, (Paris: Seuil, 1989), p. 425.]. Le 16 juin 1989, au moins trois Ahmadis ont été tués et de nombreuses maisons ont été brûlées à Chak Sikandar [ International Ahmadiyya Movement in Islam, ibid, p. 9-10.]. Un article extrait de New Life et une publication de la "Pakistan Human Rights Commission" sont ci-joints pour plus de détails au sujet des incidents de Nankana Sahib et Chak Sikandar [ "New Wave of Violence Greets Ahmadiyyas", New Life, 21 avril 1989. Cet article est repris par: Ahmadiyya Muslim Association, 1989, Persecution of Ahmadi Muslims and their Response, Surrey (UK): AMA: 86; Human Rights Commission of Pakistan, 1989, Riot and Arson: Nankana Sahib, 12 April 1989, Lahore: HRCP.].