Les Violations des Droits Fondamentaux des Femmes se Multiplient

Publisher Amnesty International
Publication Date 1 March 1996
Citation / Document Symbol AMR/41/09/96
Cite as Amnesty International, Les Violations des Droits Fondamentaux des Femmes se Multiplient , 1 March 1996, AMR/41/09/96, available at: https://www.refworld.org/docid/3ae6a9c2c.html [accessed 17 September 2023]
Comments La version originale en langue anglaise de ce document a été publiée par Amnesty International, Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 8DJ, Royaume-Uni, sous le titre Mexico: Overcoming fear: human rights violations against women in Mexico. Seule la version anglaise fait foi. La version française a été traduite et diffusée aux sections francophones et au Secrétariat international par LES ÉDITIONS FRANCOPHONES D'AMNESTY INTERNATIONAL - ÉFAI - avril 1996.
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Mexique: Repères

Capitale : Mexico

Superficie : 1 967 183 km2

Forme de gouvernement : République fédérale démocratique (un district fédéral et 31 États)

Chef de l'État et du gouvernement : Ernesto Zedillo Ponce de León

Peine de mort (à la connaissance d'Amnesty International) : abolie sauf pour crimes exceptionnels (législation militaire et en temps de guerre)

Unité monétaire : peso mexicain

Langues : espagnol et quelque 90 langues et dialectes indigènes, dont le maya, le nahuatl, l'otomi, le mixtèque et le zapotèque

Population (chiffres de 1994) : 91 800 000 (dont 8 000 000 d'Indiens de 56 ethnies)

Taux d'alphabétisation : population globale 88,6 p. cent ; population indigène 57 p. cent

Source : El estado del mundo 1995, Anuario económico y geopolítico mundial, Ediciones Akal, Madrid, 1995


« La violence à l'encontre des femmes [au Mexique] n'est pas un problème nouveau, même s'il prend une importance particulière dans le contexte actuel. Cette violence revêt des formes diverses : elle se manifeste par des agressions physiques, psychiques ou sexuelles ; il peut s'agir d'actes uniques ou systématiquement répétés, susceptibles de survenir dans différents environnements (dans la vie privée ou publique, sur le lieu de travail). Quelle que soit sa forme, la violence est une atteinte à l'essence même de l'être humain ; elle peut freiner le développement et entraîner des dommages irréversibles. » [1]

Introduction

Depuis deux décennies, Amnesty International observe avec inquiétude la situation des droits de l'homme au Mexique et dénonce les violations flagrantes et continuelles, favorisées par un climat d'impunité, qui frappent la population de ce pays [2] Les principales victimes sont issues des couches les plus pauvres de la société mexicaine, en particulier des communautés de paysans indigènes, mais certaines informations montrent qu'en fait tous les habitants du Mexique, quelles que soient leur activité, leur position sociale ou leur origine ethnique, risquent de voir leurs droits fondamentaux bafoués.

Ainsi que le souligne la citation mise en exergue au présent document, les femmes continuent d'être la cible de violences, non seulement au foyer, mais aussi dans la vie publique. Amnesty International a recueilli ces dernières années des informations qui font apparaître que les femmes mexicaines sont de plus en plus souvent victimes d'atteintes aux droits fondamentaux motivées par des considérations politiques – notamment de torture, de viols, d'assassinats politiques et de "disparitions". Les cas décrits plus bas illustrent ce phénomène. Diverses raisons font que les femmes sont l'objet de violations dans ce pays. Certaines d'entre elles sont visées parce qu'elles militent pour un parti politique, pour une organisation communautaire ou de défense des droits fondamentaux ou encore un syndicat paysan. D'autres, simplement parce qu'elles réclament que leurs droits et ceux de leurs proches soient respectés. D'autres encore, telles des adolescentes ou des femmes indigènes qui ne parlent pas l'espagnol, parce qu'elles paraissent vulnérables.

Les femmes sont les principales victimes de certaines violences commises par des agents de l'État ou avec leur assentiment, notamment le viol. Cette méthode de torture est fréquemment utilisée à l'encontre des détenues. Or la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants prohibe « tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées » à une personne aux fins de lui extorquer des renseignements, de la punir, de l'intimider ou de faire pression sur elle. Aucun agent de l'État ne doit se livrer au viol ni à aucune autre forme d'agression sexuelle, ni tolérer que d'autres commettent de tels actes. Au Mexique, les femmes qui ont subi des sévices sexuels ou d'autres violences de la part de membres des forces de sécurité ont souvent peur de porter plainte ou même de parler de leur cas. La plupart redoutent en effet des représailles contre leur famille ou contre elles-mêmes. Depuis quelques mois cependant, Amnesty International reçoit de plus en plus d'informations sur des femmes victimes de violations de leurs droits fondamentaux.

La multiplication des cas signalés contribue à accroître la préoccupation de l'Organisation. Toutefois, le fait que les femmes, ainsi que les organisations qui les aident, dénoncent davantage les crimes de viol donne à penser qu'elles se laissent de moins en moins intimider par ces agressions et que, surmontant leur peur, elles lutteront afin que justice soit rendue et que les coupables soient châtiés.

L'impunité

Il incombe aux autorités mexicaines de soutenir les efforts visant à dénoncer les atteintes aux droits fondamentaux perpétrées à l'encontre des femmes, des hommes ou des enfants. Elles doivent aussi protéger la population, en particulier les couches les plus vulnérables, contre de telles violations, et s'assurer que les responsables sont traduits en justice.

Bien que le gouvernement ne cesse d'affirmer le contraire, ceux qui bafouent les droits fondamentaux au Mexique restent le plus souvent impunis. Les tribunaux mexicains prononcent rarement des peines à l'encontre des auteurs de ces actes. Certains représentants du gouvernement ont même reconnu qu'il était fréquent que des fonctionnaires accusés de torture, de mauvais traitements ou d'autres violations graves soient mutés, voire promus, dans un autre service ou secteur [3] Il semble donc qu'à cet égard le Mexique ne respecte pas les normes internationales énoncées dans les traités qu'il a ratifiés – notamment la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Ces textes précisent, en effet, que tout État partie a pour obligation de déférer à la justice les auteurs de tels crimes.

Le Mexique s'est engagé, sans réserve, à appliquer la Déclaration et le Programme d'action de la Quatrième Conférence mondiale des Nations unies sur les femmes, adoptés le 15 septembre 1995 à Beijing (Chine). L'un des points essentiels de la déclaration, énoncé au paragraphe 14, est que « les droits des femmes sont des droits fondamentaux de la personne ». Le paragraphe 213 du programme d'action précise cette position en réaffirmant une des dispositions de la Déclaration et du Programme d'action de Vienne (textes adoptés en 1993 par la Conférence mondiale des Nations unies sur les droits de l'homme), à savoir que « les droits fondamentaux des femmes et des fillettes [font] inaliénablement, intégralement et indissociablement partie des droits universels de la personne » [4]

La Déclaration et le Programme d'action de Beijing contiennent un certain nombre de recommandations et de mesures à prendre pour améliorer le respect des droits fondamentaux de la femme. Des recommandations spécifiques sont notamment formulées afin de protéger les femmes qui œuvrent pour la défense des droits fondamentaux, de même que des mesures destinées à mettre un terme aux actes de violence à l'égard des femmes, « qu'ils soient perpétrés par l'État ou par des particuliers » [5] Amnesty International estime que le gouvernement mexicain peut véritablement améliorer la situation des droits fondamentaux des femmes dans le pays, s'il respecte l'engagement qu'il a pris d'appliquer les dispositions des instruments internationaux tels que la Déclaration des Nations unies sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, la Déclaration des Nations unies sur l'élimination de la violence contre les femmes et la Déclaration et le Programme d'action de Beijing.

L'Organisation estime cependant que le gouvernement mexicain doit avant tout s'engager fermement à éliminer l'impunité sous toutes ses formes. C'est en effet la seule façon de mettre un terme aux violations perpétrées contre les femmes au Mexique et de rétablir le plein respect des droits fondamentaux de toutes les couches de la population.

Entretiens avec les autorités mexicaines

Une délégation d'Amnesty International s'est rendue au Mexique du 28 octobre au 18 novembre 1995. Au cours de cette visite, les délégués ont constaté avec inquiétude qu'un nombre croissant de violations des droits fondamentaux étaient perpétrées à l'encontre de femmes issues des milieux les plus divers. La dernière semaine de leur séjour, les délégués ont fait part des motifs de préoccupation de l'Organisation à certains représentants du gouvernement, notamment au Secretario de Gobernación (ministre de l'Intérieur), Emilio Chuayffet Chemor, et à de hauts fonctionnaires du ministère de la Défense. La délégation a, entre autres, évoqué le cas de trois Indiennes tzeltal torturées et violées par des soldats en juin 1994, au Chiapas [6]6, et celui d'une jeune Nahua de quatorze ans violée par des policiers municipaux de Cuetzalán (État de Puebla), en novembre 1995. Ces affaires sont décrites plus bas.

La politique de la terreur et de l'intimidation : viol et torture de femmes et d'adolescentes

Le 2 novembre 1995, vers 18 h 30, Aurora Nazario Arrieta marchait devant l'hôtel de ville de Cuetzalán (État de Puebla), lorsque quatre policiers, dont un commis saire, se sont approchés d'elle et l'ont agrippée par le bras. Ils l'ont entraînée de force vers le siège de la police municipale (Comandancia), qui se trouve dans les bâtiments de l'hôtel de ville, lui-même situé sur la place principale de Cuetzalán. Aurora, qui était alors âgée de quatorze ans, appartient à la communauté indienne nahua de San Miguel Tzinacapán, établie à trois kilomètres au nord de Cuetzalán. Une fois au commissariat, l'adolescente a été emmenée dans les toilettes, où on lui a ordonné d'enlever ses vêtements. Comme elle refusait, un policier lui a arraché sa culotte. Après que l'on eu déversé deux seaux d'eau sur elle, Aurora a été emmenée dans une cellule, où elle a été forcée de s'allonger sur une couverture et d'ôter son chemisier.

Les policiers lui ont alors écarté les cuisses de force. Le commissaire lui a dit qu'elle n'avait « rien à craindre, parce qu'ils allaient utiliser un préservatif ». Aurora a été violée par trois des policiers, pendant que le quatrième faisait le guet devant la porte. Tous les quatre étaient en uniforme. Pendant qu'on la violait, l'adolescente était maintenue par les épaules et on lui a dit : « [Il faudra que] tu te laisses faire, de gré ou de force. » (« Te dejas, por la buena o por la mala. ») Après le viol, l'un des policiers lui a ordonné de prendre un "médicament" (la plainte officielle fait état d'une pilule contraceptive, levonorgestrel- etinilestradiol). Ces violences ont provoqué chez Aurora de multiples contusions et déchirures. Après l'avoir menacée de mort et de représailles contre sa famille si elle parlait de ce qui s'était passé, les policiers ont laissé partir l'adolescente. En sortant du commissariat, Aurora est retournée chez Domitila Moreno, la femme chez qui elle travaille comme employée de maison. Elle a d'abord refusé de lui raconter ce qui lui était arrivé, mais devant l'insistance de sa patronne, elle a fini par avouer qu'elle avait été violée. Accompagnée de Domitila Moreno, Aurora est allée porter plainte devant le ministère public, à Cuetzalán. Le soir même, un médecin a certifié qu'elle avait été violée.

La plainte a été officialisée le lendemain matin, 3 novembre, par Aurora et son père, Miguel Nazario de la Luz, d'abord devant le représentant du ministère public de Cuetzalán, puis devant celui de Zacapoaxtla, chef-lieu de la circonscription. Plus tôt dans la matinée du 3 novembre, les trois policiers avaient proposé à Aurora et à sa patronne de leur donner de l'argent si elles retiraient la plainte. Par ailleurs, le frère de l'adolescente a dit à celle-ci et à son père que, ce même jour, à midi, trois hommes – probablement les policiers en cause – s'étaient présentés au domicile familial (à San Miguel Tzinacapán) et avaient demandé à voir Aurora et Miguel Nazario.

Le représentant du ministère public de Cuetzalán n'a pas ordonné l'arrestation des violeurs présumés, alors que, selon certaines informations, ceux-ci n'avaient pas encore quitté la ville le 3 novembre au matin. Les trois policiers sont donc toujours en liberté. On ignore toutefois où ils se trouvent actuellement.

Les femmes accusées d'avoir des liens avec l'EZLN

Amnesty International dénonce depuis déjà de nombreuses années les violations des droits fondamentaux perpétrées dans l'État du Chiapas, et certains documents qu'elle a publiés attiraient particulièrement l'attention sur la situation dans cette région [7] Toutefois, même s'il y a longtemps que les droits fondamentaux des habitants du Chiapas sont sérieusement bafoués, les agissements les plus graves recensés par l'Organisation dans cet État ont eu lieu, pour la plupart, à la suite des offensives de l'armée mexicaine contre l'Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN, Armée zapatiste de libération nationale), un mouvement armé – auparavant inconnu et formé en majorité d'indigènes – qui s'est soulevé en janvier 1994 [8]

Le 1er janvier de cette année-là, l'EZLN s'est emparé de plusieurs municipalités du Chiapas. Quelques jours plus tard, cependant, les forces armées mexicaines dépê chées dans la région avaient déjà repris le contrôle de la plupart des villes occupées par les zapatistes. Au cours des premières semaines de l'intervention militaire, plus de 140 personnes auraient été tuées, parmi lesquelles des soldats et des rebelles, mais aussi des civils.

Les très nombreuses violations des droits fondamentaux imputées à l'armée ont suscité de vives protestations de la part des observateurs locaux et internationaux. Carlos Salinas de Gortari, alors président du Mexique, a de ce fait nommé Jorge Carpizo, ancien directeur de la Comisión Nacional de Derechos Humanos (CNDH, Commission nationale des droits de l'homme), au poste de ministre de l'Intérieur et Manuel Camacho Solís, ex-ministre des Affaires étrangères, à celui de Comisionado para la Paz y la Reconciliación (Commissaire pour la paix et la réconciliation). Le 12 février 1994, le gouvernement a annoncé un cessez-le-feu et l'ouverture de pourparlers de paix avec les rebelles. Le cessez-le-feu a été respecté jusqu'en février 1995.

Le 9 février 1995, le nouveau président, Ernesto Zedillo Ponce de León, a annoncé que des mesures répressives allaient être prises contre l'EZLN. Des opérations policières et militaires ont alors été lancées pour arrêter les dirigeants du mouvement zapatiste et reprendre le contrôle des régions les plus reculées du Chiapas, dans la forêt vierge. L'armée a procédé à des arrestations massives de civils et a interdit tout accès ou transit aux journalistes, aux observateurs des droits de l'homme et même au personnel médical des organisations humanitaires. Des informations ayant néanmoins filtré sur les violences commises au Chiapas, elles ont de nouveau provoqué un tollé général, tant au Mexique qu'à l'étranger. Le président Zedillo a donc fait cesser les opérations dans la région le 14 février 1995, mais l'armée mexicaine y est restée cantonnée durant plusieurs semaines encore.

Des descentes de police visant des membres présumés de l'EZLN ont également été signalées ailleurs dans le pays, y compris à Mexico. Des dizaines de personnes ont été arrêtées de façon arbitraire et, dans bien des cas, sauvagement torturées. Le 8 février 1995, par exemple, sept personnes ont été arrêtées à Yanga (État de Veracruz) par une cinquantaine d'agents des forces de sécurité. Des membres des services du procureur général de la République figuraient également dans le groupe ayant procédé aux arrestations. Deux femmes – Rosa Hernández Hernández et Hermelinda García Zepahua – faisaient partie des personnes appréhendées [9] En novembre 1995, les délégués d'Amnesty International qui ont visité le Centre de détention préventive du Nord (une prison située au nord de Mexico) ont pu s'entretenir avec les détenus. D'après les témoignages recueillis, trois d'entre eux avaient d'abord été emmenés dans un entrepôt, puis dans une annexe des services du procureur général de la République à Yanga, où ils avaient été interrogés et torturés pendant plusieurs heures. Les autres avaient subi le même sort, mais chez eux, à Yanga.

Le 9 février 1995, vers 3 heures du matin, les sept détenus avaient été conduits en avion à une base, probablement le Camp militaire no 1, à Mexico. Là, ils auraient été interrogés au sujet des activités de l'EZLN et torturés par les forces de sécurité. Les détenus avaient ensuite été contraints de signer des documents dont ils ne pouvaient voir le contenu. Le 10 février, ils avaient été conduits au Centre de détention préventive du Nord, où un médecin et une infirmière avaient superficiellement examiné leurs blessures. Le 14 février, des membres de la CNDH s'étaient entretenus avec les détenus et avaient procédé à un examen médical.

Rosa Hernández Hernández a décrit son arrestation aux observateurs des droits de l'homme qui sont venus la voir au Centre de détention préventive du Nord : « Le 8 février 1995, vers 16 h 45, nous avons été surpris par des individus venus nous arrêter. Sautant par-dessus la clôture, ils sont entrés dans la maison [et] nous ont obligés à nous coucher par terre. Ensuite, ils nous ont attaché les mains avec des chaînes, nous ont bandé les yeux et ont commencé à nous questionner tout en nous frappant. Après, ils m'ont fait monter dans une camionnette. J'avais les yeux bandés, les pieds liés avec une corde et la tête recouverte d'un sac de toile. Nous étions entassés dans la camionnette, sans pouvoir bouger [...] nous avons failli mourir asphyxiés. Ils nous ont d'abord emmenés dans [un autre endroit], puis en avion juqu'à un lieu inconnu où nous avons été torturés. Ils m'ont premièrement aspergée d'eau froide, puis ils m'ont déshabillée, m'ont enveloppée dans un drap mouillé et m'ont infligé des décharges électriques. Ils ont aussi menacé de me tuer. Après m'avoir torturée, ils m'ont donné des papiers à signer. J'avais toujours les yeux bandés, je ne sais même pas ce qu'ils contenaient. [10] »

Les sept détenus ont été inculpés de « rébellion, terrorisme, association de malfaiteurs, détention illégale d'armes à feu, détention d'armes à feu exclusivement réservées à l'usage des forces armées, fabrication d'engins explosifs, recel et transport de munitions et d'explosifs » (« rebelión, terrorismo, asociación delictuosa, posesión de armas de fuego sin licencia, posesión de armas de fuego de uso exclusivo de las fuerzas armadas, fabricación de materiales explosivos, almacenamiento y transporte de municiones y explosivos »).

La CNDH – qui est un organisme gouvernemental – a établi que, « d'après les éléments de preuve recueillis par la commission, il était indéniable qu'il y avait eu torture dans cette affaire, même s'il était nécessaire de déterminer quels fonctionnaires ayant participé à l'opération étaient coupables » [11] Rosa Hernández Hernández et Hermelinda García Zepahua, tout comme les cinq hommes arrêtés en même temps qu'elles, sont toujours détenues au Centre de détention préventive du Nord en attendant d'être jugées.

Autre cas, celui qui s'est produit le 9 février 1995 à Cacalomacán, dans l'État de Mexico. Ce jour-là, vers 18 heures, huit personnes ont été appréhendées par des agents de la police judiciaire de cet État, accompagnés de militaires et de membres d'autres forces de police. Quatre femmes – Ofelia Hernández Hernández, Patricia Jiménez Sánchez, Brenda Rodríguez Acosta, Celia Martínez Guerrero – faisaient partie des personnes arrêtées [12]

Les huit personnes appréhendées ont raconté leur arrestation à des représentants d'organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l'homme, ainsi qu'aux délégués d'Amnesty International qui leur ont rendu visite dans la prison d'Almoloya (État de Mexico). D'après leurs témoignages, ces huit personnes ont été traînées de force hors de chez elles, puis rouées de coups de pied et de poing. L'une d'elles, Gerardo López López, a reçu une balle dans la jambe. Les quatre femmes auraient subi des attouchements sexuels (« manoseadas ») et reçu des coups de pied sur les organes génitaux. Les huit personnes ont ensuite été conduites, yeux bandés, dans les services du procureur général de la République à Toluca (État de Mexico), où elles sont restées environ une heure. Les photographies prises dans ces locaux montrent des traces de coups. Après quoi, le groupe aurait été emmené, toujours avec les yeux bandés, au Camp militaire no 1, à Mexico. Pendant leur détention dans ce camp, qui s'est prolongée jusqu'au 11 février, les huit détenus ont été interrogés sur leurs liens présumés avec l'EZLN. Ils auraient aussi été soumis à diverses formes de torture et de mauvais traitements : simulacres d'exécution, supplice du "sous-marin sec" ("submarino seco" : torture consistant à placer un sac sur la tête de la victime pour la faire suffoquer), coups de pied. Les femmes ont de plus été frappées à coups de crosse de fusil et soumises au supplice du "téléphone" ("teléfono" : torture consistant à appliquer simultanément des coups sur les deux oreilles et pouvant entraîner une perforations des tympans ainsi que des troubles permanents de l'audition). Les huit détenus ont été contraints de signer des documents sans pouvoir prendre connaissance de leur contenu.

Le 11 février, ils ont été emmenés au Centre de détention préventive du Nord, où des représentants de la CNDH ont examiné leurs blessures. Le 31 mars suivant, les huit détenus ont été transférés au Centre de détention d'Almoloya de Juárez, une prison de l'État de Mexico. Dès le début, la procédure les concernant a été entachée de graves irrégularités, notamment le recours à la torture pour extorquer des "aveux" (y compris sur la personne d'un mineur, Gonzalo Sánchez Navarrete). En outre, un membre de la police judiciaire de l'État aurait laissé entendre que des militaires avaient illégalement participé à l'arrestation et à l'interrogatoire des huit personnes appréhendées à Cacalomacán. Celles-ci ont été inculpées des mêmes infractions que les sept personnes arrêtées à Yanga, mais, en plus, de conspiration et d'homicide (« conspiración y homicidio »). Les huit détenus de Cacalomacán sont incarcérés dans la prison d'Almoloya, où ils attendent d'être jugés. María Gloria Benavides Guevara a été arrêtée le 8 février 1995, à Mexico, par des membres de la police judiciaire fédérale qui n'ont présenté aucun mandat. Elle a apparemment été détenue au secret durant deux jours, au cours desquels elle a été interrogée sur ses liens présumés avec l'EZLN. Pendant sa détention, on l'a empêchée de dormir en mettant de la musique à plein volume. María Gloria Benavides a signé des aveux sous la contrainte : les enquêteurs lui auraient dit qu'ils détenaient aussi son fils, âgé de dix-huit mois, et qu'ils s'en prendraient à lui si elle ne signait pas. Elle a été inculpée de rébellion, de terrorisme, d'association de malfaiteurs et de détention d'armes à feu non autorisées (« rebelión, terrorismo, asociación delictuosa y posesión de armas de fuego de uso exclusivo de las fuerzas armadas »). Le 14 juillet 1995, un juge ayant décidé d'abandonner la charge de terrorisme retenue à son encontre, elle a pu être libérée sous caution. Le 1er novembre suivant, María Gloria Benavides a été acquittée de toutes les accusations dont elle avait à répondre. On attend cependant le résultat du recours formé par le gouvernement mexicain contre cet acquittement.

Le cas des trois Indiennes tzeltal violées par des soldats au Chiapas

Le 4 juin 1994, trois jeunes Indiennes tzeltal ont été torturées et violées par des soldats de l'armée mexicaine. María Teresa Méndez Santiz, vingt ans, et ses deux sœurs, Cristina, dix-huit ans, et María, seize ans, ont été arrêtées à un barrage routier mis en place par l'armée près d'Altamirano (État du Chiapas), alors qu'elles regagnaient leur communauté de Santa Rosita Sibaquil en compagnie de leur mère.

Les soldats les ont emmenées dans un bâtiment voisin, où ils les auraient frappées avec leurs armes et rouées de coups de pied pour tenter de leur arracher des renseignements sur l'EZLN, dont ils les accusaient d'être des partisanes. Les jeunes filles auraient ensuite été violées par une dizaine de soldats, avant d'être relâchées dans le courant de la journée sans avoir été inculpées.

Le 30 juin 1994, des observateurs de la situation des droits de l'homme dans la région ont déposé des plaintes au nom des trois sœurs auprès des services locaux du ministère public, accompagnées de certificats médicaux attestant les blessures subies. Quelques semaines plus tard, ces mêmes observateurs ont fait l'objet de menaces de mort pour s'être occupés de cette affaire. Selon toute apparence, le ministère public n'a pas ouvert d'enquête en réponse aux plaintes déposées.

Pour sa part, l'armée mexicaine n'a cessé de démentir les accusations de torture et de viol des trois Indiennes tzeltal. Le 1er juillet 1994, la Secretaría de Defensa Nacional (SEDENA, Secrétariat de la défense nationale), c'est-à-dire le ministère de la Défense, a rejeté les accusations portées contre des militaires dans le cadre de cette affaire et a menacé de déposer une plainte contre les personnes qui, selon l'armée, avaient discrédité l'institution. Au mois de septembre suivant, l'affaire a été renvoyée devant une juridiction militaire. Cependant, à la date de mars 1996, aucun des tortionnaires n'avait encore été déféré à la justice et les victimes n'avaient pas obtenu la moindre indemnité. En novembre 1995, des responsables militaires de la SEDENA ont expliqué aux délégués d'Amnesty International que les trois sœurs ne s'étaient pas présentées lorsque le tribunal militaire chargé du dossier les avait citées à comparaître en vue de confirmer leurs témoignages. Amnesty International considère que, dans cette affaire, le gouvernement mexicain a permis que les auteurs des crimes bénéficient d'une quasi-impunité, car il n'a pas veillé à ce que « les femmes défenderesses, victimes ou témoins ne soient pas en butte à de nouvelles persécutions ou à des pratiques discriminatoires au cours de l'enquête et du procès », ainsi qu'il est recommandé au paragraphe 232-l du Programme d'action de Beijing.

Autres cas de viols et d'agressions commis sur des femmes au Chiapas

Bien que le gouvernement mexicain se soit maintes fois engagé, avant et après la conférence de Beijing, à protéger les femmes contre la violence, les agressions sexuelles et autres sévices commis sur des femmes semblent s'être multipliés au Chiapas. Dans nombre de cas, les victimes sont des femmes, indigènes ou non, qui auraient été violées par des inconnus armés et masqués les ayant attaquées sur le bord de la route. Selon les informations reçues, certaines de ces agressions sont le fait de guardias blancas (gardes blancs), des paramilitaires opérant dans la région. Bien qu'il ne soit pas démontré que des agents gouvernementaux soient directement impliqués, ces agissements se poursuivent sans que les autorités semblent s'alarmer de leur fréquence ni de leur sauvagerie.

C'est ainsi que trois infirmières qui participaient à un programme de vaccination auraient été violées le 4 octobre 1995 près de la communauté de Cristobalito, dans la municipalité de San Andrés Larráinzar. Ce soir-là, en compagnie de trois hommes et de quatre autres femmes, elles se rendaient à Tenlesostetic à bord du véhicule officiel d'une brigada sanitaria (équipe sanitaire). À un moment donné, le groupe a été obligé d'arrêter le véhicule pour enlever des pierres qui bloquaient la route. C'est alors que 25 individus masqués et armés l'ont attaqué. Ils ont brutalisé les hommes et violé trois des femmes. Deux d'entre elles ont dû être hospitalisées à cause des violences subies. À la connaissance d'Amnesty International, personne n'a été traduit en justice dans le cadre de cette affaire. Un autre viol aurait eu lieu le 26 du même mois, toujours dans l'État du Chiapas. La victime était Cecilia Rodríguez, citoyenne américaine et représentante officielle de l'EZLN aux États-Unis. Elle aurait été attaquée et violée par quatre hommes armés non loin des lagunes de Montebello. Elle a déposé une plainte le 31 octobre 1995 auprès de l'ambassade des États-Unis à Mexico, mais, à ce jour, personne n'a eu à répondre de ce viol devant la justice. Par ailleurs, à la connaissance de l'Organisation, il n'existe aucune preuve concluante que Cecilia Rodríguez ait été attaquée en raison de ses liens avec le mouvement zapatiste.

Amnesty International n'a reçu aucune information donnant à penser que le gouvernement mexicain ordonne des enquêtes rigoureuses sur des affaires de ce type en vue d'identifier les responsables et de les traduire en justice.

L'attaque contre sœur Norberta López García

Dans la matinée du 26 janvier 1996, sœur Norberta López García, une religieuse dominicaine âgée de vingt-cinq ans, se dirigeait à pied, en compagnie de deux en fants, vers la communauté de Tzacbatul, dans la municipalité d'Ocosingo (État du Chiapas). Selon les informations dont dispose Amnesty International, la religieuse a croisé en route un groupe d'une dizaine de personnes qui lui ont demandé où elle allait. Sœur Norberta a répondu qu'elle se rendait à Tzacbatul avec les enfants, puis a poursuivi son chemin. Peu après, trois hommes armés, dont les visages étaient dissimulés par des cagoules, auraient attaqué la religieuse en la frappant dans le dos. Deux d'entre eux auraient attrapé les enfants, tandis que le troisième maîtrisait sœur Norberta en lui disant « tais-toi ou on te descend » (« cállate o te damos un plomazo »).

Les trois hommes ont entraîné de force leurs victimes vers une zone boisée, où ils ont poussé sœur Norberta par terre. Lorsque celle-ci leur a dit qu'elle était une religieuse, l'un des agresseurs a répondu : « Ah, une religieuse, tu vas te donner à moi. » (« Ah, religiosa, te vas a entregar a mí. ») Tandis que l'un des hommes masqués tentait de la déshabiller, un autre était, semble-t-il, assis sur sa tête pour l'empêcher de se débattre. Par chance, le passage d'un bus à proximité a dérangé les trois hommes, qui ont pris la fuite après avoir roué la religieuse de coups de pied. Le médecin expert qui l'a examinée par la suite a attesté que ses blessures corroboraient sa description des faits. Le lendemain de l'agression, 27 janvier 1996, sœur Norberta a porté plainte devant le ministère public, à Ocosingo. On soupçonne fortement que les agresseurs de la religieuse appartenaient à une communauté des environs. Pourtant, à l'heure où nous rédigeons le présent document, personne n'a encore été déféré à la justice dans le cadre de cette affaire. Sœur Norberta collabore étroitement avec le diocèse de San Cristóbal de las Casas, en particulier avec l'évêque Samuel Ruiz, président de la Comisión Nacional de Intermediación (CONAI, Commission nationale de médiation), qui s'efforce de trouver une solution au conflit armé du Chiapas. Par le passé, l'évêque Ruiz et divers membres de son diocèse ont été la cible de menaces de mort et d'autres manœuvres d'intimidation à cause de leurs activités en faveur des communautés indigènes de la région.

Les violences commises dans le cadre de litiges fonciers : le cas de Julieta Flores Castillo, violée et torturée

Le 15 décembre 1995, plusieurs membres du syndicat paysan Unión Campesina Popular Francisco Villa (UCPFV, Union paysanne populaire Francisco Villa) ont établi un barrage routier près du village de Nueva Palestina, dans la municipalité d'Ángel Albino Corzo (État du Chiapas). Le but de cette opération était d'obtenir la libération d'un certain nombre d'autres membres du syndicat, accusés d'avoir occupé illégalement des terres. Les paysans réclamaient également le règlement d'un litige foncier de longue date qui les opposait aux propriétaires d'une importante plantation de café.

Dans l'après-midi du 15 décembre, les paysans ont arrêté trois voitures qui voulaient franchir le barrage et ont empêché les occupants (cinq personnes en tout) de poursuivre leur route. Selon leurs propres dires, les paysans voulaient que ces cinq hommes demeurent avec eux au barrage pour les aider à obtenir satisfaction concernant leurs revendications.

Le lendemain matin, à 5 h 30, des dizaines d'agents de la police judiciaire fédérale, de la police judiciaire du Chiapas et de la police de la sécurité publique, accompagnés de membres de l'armée mexicaine, ont investi Nueva Palestina et ont commencé à lancer du gaz lacrymogène sur les habitants. Trois personnes ont été arrêtées : Julieta Flores Castillo (dix-huit ans), son père, Enrique Flores González (soixante-cinq ans), et Martín Gómez Castillo. Il semble qu'un membre de la communauté, Reyes Penagos Martínez, ait signalé les trois arrestations à l'antenne de la CNDH à San Cristóbal de las Casas.

En fin de matinée, au cours d'un nouveau raid des forces de sécurité (soldats et policiers réunis), sept autres paysans ont été arrêtés, dont Reyes Penagos Martínez. Selon le témoignage d'une des victimes, Julieta Flores Castillo, les personnes arrêtées ont été emmenées dans une cave à Jaltenango, dans la municipalité d'Ángel Albino Corzo. Cette cave serait utilisée par l'armée mexicaine. Là, certains des détenus ont été interrogés au sujet des dirigeants de l'UCPFV. Plus tard dans la journée, tous ont été conduits à la prison de Cerro Hueco, à Tuxtla Gutiérrez, à l'exception de Julieta Flores, d'Enrique Flores, de Martín Gómez et de Reyes Penagos.

Vers 16 heures, ces quatre personnes auraient été transférées dans les services du procureur général du Chiapas, à Tuxtla Gutiérrez. Là, elles auraient toutes été interrogées sous la torture. Julieta Flores a décrit en ces termes ce qu'elle a enduré :

« À partir d'une heure du matin, ils nous ont sortis un par un [des cellules]. Le premier qu'ils sont venus chercher était mon papa, il s'appelle Enrique Flores González, il a soixante-cinq ans [...] Ensuite, c'est moi qu'ils ont sortie et ils ont recommencé à me frapper, j'avais encore des bleus sur les bras et le visage et le devant des jambes. Ils m'ont aussi donné des coups sur le dos. Et ils m'ont infligé des décharges électriques. Ils me demandaient qui s'occupait de coordonner les gens, si c'étaient des membres de l'EZLN, combien ils étaient et où se trouvaient les armes fournies à l'organisation Francisco Villa. Mais comme je ne sais rien de tout cela, je leur répondais seulement de me tuer, que ça valait mieux que d'être torturée [13] »

Pendant sa détention, Julieta Flores a subi toutes sortes de tortures : elle a été rouée de coups et violée, des décharges électriques lui ont été infligées sur les mamelons et les jambes, sa tête a été plongée dans un cuve d'eau jusqu'à la limite de l'asphyxie, de l'eau gazeuse et du piment ont été introduits de force dans ses narines. Durant tout son calvaire, elle avait les yeux bandés.

Le 17 décembre, des proches de Julieta et Enrique Flores, ainsi que de Reyes Penagos, se sont rendus dans les services du procureur général de l'État du Chiapas et ont demandé à voir leurs parents détenus. On leur a répondu qu'ils ne se trouvaient pas là. Un employé leur a cependant montré un registre des détentions, dans lequel ils ont vu leurs noms. De plus, ils ont entendu prononcer ces noms au moment où les détenus étaient appelés pour le repas. Malgré cela, les services du procureur général ont continué de nier que ces personnes étaient détenues dans leurs locaux.

Ce même 17 décembre, dans la matinée, les détenus ont été emmenés dans un endroit inconnu, en plein air, où ils ont assisté à la torture de l'un d'entre eux, Reyes Penagos, par des membres des forces de sécurité. Reyes Penagos a, semble- t-il, été forcé à avouer qu'il était responsable de l'enlèvement, en septembre 1995, de José Rito Solís, un membre du parti au pouvoir, le Partido Revolucionario Institucional (PRI, Parti révolutionnaire institutionnel). Enrique Flores et Martín Gómez ont également été à nouveau torturés.

Toujours selon son témoignage, à ce moment-là, Julieta Flores a été menacée de nouveaux sévices si elle n'avouait pas ce qu'on lui demandait. Cependant, lors qu'elle a éclaté en sanglots en répétant qu'elle n'était au courant de rien, celui qui était apparemment un officier de la police judiciaire a déclaré qu'il acceptait de la croire, parce qu'elle avait déjà été sévèrement frappée et qu'en plus, si les autorités découvraient « qu'ils avaient battu une femme, où finiraient-ils ? (« ... que si se enteraban que habían golpeado a una mujer, ¿ dónde iban a parar ellos ? ») Julieta Flores a vu Reyes Penagos pour la dernière fois le 18 décembre 1995, lorsque des policiers sont venus le chercher dans sa cellule à 5 heures du matin. Ce même jour, à 16 heures, les policiers sont revenus dire à Julieta Flores et aux autres que Reyes Penagos était mort au cours d'un affrontement armé. Lorsque Julieta a mis en doute cette affirmation, on l'a menacée de la garder en prison pour le restant de ses jours : « Taisez-vous, madame, ou je vais aller vérifier de quoi vous êtes accusée et vous ne ressortirez jamais de [la prison de] Cerro Hueco », lui a-t-on dit. (« Señora, cállese, que voy a averiguar de que está acusada y nunca va a salir de Cerro Hueco. »)

Le 19 décembre, les services du procureur général du Chiapas ont annoncé que, la veille, des membres de la police judiciaire de l'État étaient tombés dans une embuscade dans le village de Nueva Palestina, alors qu'ils s'efforçaient de retrouver les restes de José Rito Solís. Le communiqué précisait que deux policiers, ainsi que le dénommé Reyes Penagos Martínez, avaient été tués au cours de cet accrochage.

Des organisations de défense des droits fondamentaux ont dénoncé l'exécution extrajudiciaire de Reyes Penagos à la CNDH. Le 19 décembre 1995, à 1 heure du matin, Julieta Flores, son père Enrique et Martín Gómez ont été transférés à la prison de Cerro Hueco. Julieta Flores a été remise en liberté sans inculpation le 9 janvier 1996. Enrique Flores et Martín Gómez ont également été relâchés depuis. À ce jour, personne n'a été traduit en justice pour le viol et les actes de torture infligés à Julieta Flores, et celle-ci n'a reçu aucune indemnité pour les blessures qu'elle a subies. Quant aux assassins de Reyes Penagos, ils courent toujours.

Les femmes qui défendent les droits fondamentaux : une autre cible de prédilection

En septembre 1995, la Conférence mondiale sur les femmes qui s'est tenue à Beijing a établi que : « Les femmes qui militent en faveur du respect des droits fondamentaux doivent être protégées. Il incombe aux gouvernements de garantir aux femmes qui œuvrent pacifiquement, individuellement ou en association, à la promotion et à la protection des droits de l'homme, la jouissance de tous les droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. » (Paragraphe 228 du Programme d'action).

Pourtant, depuis un an, on assiste à un accroissement considérable du harcèlement des défenseurs des droits fondamentaux au Mexique. Le plus souvent, ces per sonnes sont visées parce qu'elles s'occupent des minorités indigènes, des femmes et d'autres groupes sous-représentés [14]

Le 24 janvier 1996, par exemple, Patricia Ibarra Torres, une étudiante du Colegio de Ciencias y Humanidades (Collège des sciences et des humanités) qui donne aussi des cours d'alphabétisation, a été harcelée par des inconnus devant chez elle, dans la municipalité de Los Reyes La Paz, une banlieue de Mexico. Les quatre hommes, qui se trouvaient à bord d'une voiture, ont pris des photos de sa maison au moment où elle en sortait. Ils ont également photographié celles des voisins et ont interrogé ces derniers, à plusieurs reprises, sur la famille Ibarra Torres. D'après les voisins, ces questions leur étaient posées sur un ton agressif et intimidant. Les quatre hommes sont revenus plus tard dans la journée et sont restés pendant une heure devant le domicile des Ibarra Torres, assis dans leur voiture.

Or la mère de Patricia Ibarra Torres, Verónica Ibarra Torres, est trésorière du Comité Nacional Independiente Pro-defensa de Presos, Perseguidos, Detenidos- Desaparecidos y Exiliados Políticos (CNI, Comité national indépendant pour la défense des prisonniers, des personnes persécutées ou "disparues" et des exilés politiques), une ONG qui a contribué à dénoncer les violations des droits de l'homme dans plusieurs régions du Mexique. Les événements du 24 janvier vien nent s'ajouter à la série de menaces dont ont récemment fait l'objet l'organisation et ses membres.

Autre cas de harcèlement, celui de Lourdes Felguerez, chercheur au Centro Bi- nacional de Derechos Humanos (CBDH, Centre binational des droits de l'homme). Le 15 janvier 1996, alors que cette femme se trouvait dans les bureaux de l'organisation à Tijuana (État de Basse-Californie du Nord), quelqu'un lui a téléphoné à plusieurs reprises, proférant des menaces contre elle et contre le directeur du centre, Víctor Clark Alfaro. Il semble que ces menaces étaient liées au fait que Víctor et Lourdes s'occupaient d'une affaire impliquant trois membres de la police judiciaire de l'État accusés de torture.

L'interlocuteur anonyme a indiqué qu'on les avaient surveillés tous les deux [Lourdes Felguerez et Víctor Clark Alfaro], qu'on cherchait Víctor Clark Alfaro et qu'on savait que celui-ci n'était pas allé au centre ce jour-là. L'interlocuteur aurait menacé Lourdes Felguerez en ces termes : « Écoute-moi, salope, ce pédé de Víctor Clark et toi, on va vous faire la peau, parce que vous vous occupez trop de défendre des petites ordures. » (« Oyeme, hija de tu chingada madre, tú y ese joto homosexual de Víctor Clark se los va a cargar su chingada madre, porque se están metiendo mucho en defender unas ratas sinvergüenzas. »)

Depuis septembre 1995, le CBDH s'occupait du cas de cinq jeunes gens, dont deux mineurs, torturés par trois agents de la police judiciaire de l'État, à Tijuana. A l'issue de la procédure judiciaire engagée à leur encontre, les policiers avaient été reconnus coupables de torture et le tribunal avait demandé qu'ils soient révoqués. En décembre 1995, alors qu'ils étaient toujours en fonction, le CBDH avait insisté pour rencontrer le procureur de l'État, à Tijuana, et avait ainsi obtenu la révocation effective des trois policiers. Bien que le centre ait recensé, depuis 1987, 425 cas de torture dans le seul État de Basse-Californie du Nord, c'était la première fois qu'il parvenait à faire traduire en justice des membres de la police judiciaire accusés de tels actes.

Rocío Culebro, coordinatrice de la Red Nacional de Organismos Civiles de Derechos Humanos "Todos los Derechos para Todos" (Réseau national des ONG de défense des droits de l'homme "Tous les droits pour tous"), un organisme basé à Mexico, a reçu elle aussi des menaces anonymes par téléphone. Son interlocuteur l'aurait notamment appelée le 12 janvier 1996, à 20 heures, en lui donnant des informations très précises sur sa maison et sur les gens avec qui elle se trouvait à ce moment-là. Il l'a ensuite menacée, déclarant qu'il allait se rendre tout de suite chez elle pour lui faire du mal. Ces menaces survenaient la veille d'un important voyage que Rocío Culebro devait entreprendre. Elle devait en effet se rendre à Washington D.C., aux États-Unis, pour présenter à la Commission interaméricaine des droits de l'homme de l'Organisation des États américains (OEA) le troisième rapport établi par le réseau "Tous les droits pour tous" sur l'affaire des 17 paysans massacrés par les forces de sécurité au lieudit des "Aguas Blancas" (État du Guerrero), le 28 juin 1995 (cf. plus bas).

Autre cas de menaces et de harcèlement, celui de la présidente de la Comisión Regional de Derechos Humanos "Mahatma Gandhi" (CRDHMG, Commission régionale des droits de l'homme "Mahatma Gandhi"), Graciela Zavaleta Sánchez, quarante-six ans. Cette femme serait depuis plusieurs mois victimes de ces manœuvres. La CRDHMG, basée à Tuxtepec, dans l'État d'Oaxaca, s'efforce de promouvoir la sensibilisation aux droits de l'homme dans cette région du Mexique. Elle effectue des visites dans les prisons et donne des conseils juridiques aux groupes indigènes chinantèques, mazatèques et zapotèques. Elle s'occupe aussi de dénoncer les cas de mauvaise administration de la justice et de violations des droits fondamentaux survenus dans le cadre des enquêtes judiciaires.

Entre fin 1994 et novembre 1995 – date à laquelle elle s'est entretenue avec un délégué d'Amnesty International –, Graciela Zavaleta a reçu des menaces par téléphone à quatre reprises au moins. Son interlocuteur anonyme lui tenait des propos tels que : « On sait où tu es, on va t'en faire baver. » (« Ya sabemos donde andas, te vamos a dar en la madre. ») Lors du dernier appel, aux alentours de septembre 1995, l'inconnu lui a dit : « On sait où tu vas, on sait ce que tu fais, fais gaffe. » (« Ya sabemos donde caminas, ya sabemos lo que haces, cuídate. ») Un avocat qui travaille avec la CRDHMG, Sabino Cruz Carrasco, a lui aussi été menacé. Le 14 novembre 1995, au petit matin, au moins deux hommes qui circu laient dans une fourgonnette ont tiré sur sa maison, à Tuxtepec, avec des armes de gros calibre. Plusieurs impacts de balles ont été relevés sur les murs extérieurs et intérieurs, ainsi que sur les portes et les fenêtres. Sabino Cruz n'était pas chez lui au moment de l'attaque. En revanche, sa femme et ses trois enfants dormaient dans la maison, mais, par chance, ils n'ont pas été blessés.

Bien que des plaintes aient été déposées auprès des autorités compétentes, personne n'a été traduit en justice pour les menaces et le harcèlement subis par Graciela Zavaleta Sánchez et Sabino Cruz Carrasco.

Le 9 novembre 1995, un groupe jusqu'alors inconnu, arborant le nom de Patria Primero ("La patrie d'abord"), a publié un communiqué dans lequel il accusait une femme dénommée Emilia González de Sandoval « d'appartenir à l'extrême droite » [sic], qui tentait de « déstabiliser le pays », et « d'avoir des liens avec les groupes armés du Chiapas ». Emilia González de Sandoval est membre de la Comisión de Solidaridad y Defensa de los Derechos Humanos de Chihuahua (Commission de solidarité et de défense des droits de l'homme de Chihuahua). Cette organisation lutte depuis de nombreuses années pour le respect des droits fondamentaux dans l'État de Chihuahua et s'occupe notamment de porter plainte contre les violences imputées aux forces de sécurité de l'État, ce qui lui vaut souvent l'inimitié des autorités locales.

Lourdes Sáenz, membre de l'organisation Ciudadanos en Apoyo a los Derechos Humanos, A.C. (CADHAC, Union des citoyens pour la défense des droits de l'homme), basée à Guadalupe (État du Nouveau-León), a été menacée de mort. Le 29 septembre 1995, le message suivant a été laissé sur son répondeur téléphonique personnel : « Vous allez en chier, enfoirés, je vous ai déjà dit que j'allais vous foutre une bombe. » (« Se los va a llevar la chingada, chinguen a su madre, ya les dije que les voy a poner una bomba. »)

Le lendemain, 30 septembre, ce fut au tour de sœur Consuelo Morales, directrice de la CADHAC, de trouver un message sur son répondeur téléphonique. Cette fois, il s'agissait d'un extrait de la musique du film El Golpe (Le grand coup), qui avait déjà été utilisée dans le cadre d'autres manœuvres récentes de harcèlement visant des défenseurs des droits fondamentaux. Au mois de novembre suivant, d'autres membres de l'organisation ont reçu des appels téléphoniques d'inconnus, qui les ont menacés de "disparition".

Plusieurs mois plus tôt, le 27 avril 1995, sœur Consuelo Morales et Amelia Zabala, ainsi qu'une autre personne également membre de la CADHAC, avaient été suivies à deux reprises par une voiture au moment où elles sortaient des locaux de l'organisation. La deuxième fois, le conducteur du véhicule les a suivies à l'intérieur du restaurant où elles se rendaient, puis s'est assis à proximité et les a menacées en leur montrant son pistolet. Un membre de la CNDH, organisme gouvernemental des droits de l'homme, qui était là à cette époque pour visiter les locaux de la CADHAC, a été témoin de ces manœuvres.

Deux jours plus tôt, le 25 avril 1995, Consuelo Morales avait trouvé sur son répondeur téléphonique un extrait de la musique du film El Golpe. Dans la nuit du 9 avril 1995, des individus non identifiés s'étaient introduits dans les bureaux de la CADHAC et avaient volé des documents, de l'argent et du matériel. Le 18 mars 1995, quelqu'un avait tenté de forcer les fenêtres des locaux.

À la suite d'une campagne internationale condamnant ces actes, les menaces contre la CADHAC ont cessé. On pense qu'une enquête a été ouverte sur ces événements, mais ses conclusions n'a pas été rendues publiques et, à la connaissance d'Amnesty International, aucun des responsables n'a été traduit en justice.

Celles qui sont visées pour avoir refusé de se taire : le cas de la journaliste Ninfa Deandar

Le 2 février 1996, Ninfa Deandar et sa famille, propriétaires du quotidien indépendant El Mañana de Nuevo Laredo, auraient été menacées de mort par un inconnu qui les a appelées à leur domicile de Nuevo Laredo (État de Tamaulipas). Cet homme a déclaré que Ninfa Deandar allait être tuée d'une balle entre les deux yeux et qu'on s'en prendrait aussi à ses quatre fils (trois d'entre eux travaillent au journal). Le 20 février suivant, des individus non identifiés ont distribué aux abords de l'hôtel de ville de Nuevo Laredo des tracts sur lesquels figurait une photo de Ninfa Deandar, accompagnée d'un texte disant qu'elle était « une mercenaire, un gangster et une prostituée du journalisme » (« mercenaria, gangster y prostituta del periodismo »).

Une semaine plus tôt, le 13 février, un collaborateur du journal, Raymundo Ramos, avait apparemment reçu un coup de téléphone anonyme d'une personne qui affirmait vouloir le rencontrer pour lui transmettre un « avertissement » (« una advertencia »). Plus tard dans la journée, au moment où il sortait des locaux du journal, Raymundo Ramos a été abordé par deux hommes qui l'ont obligé à monter dans une voiture. Tout en roulant pendant deux heures, ils lui ont "conseillé" de ne plus écrire d'articles critiquant le gouverneur de l'État de Tamaulipas.

Le 27 décembre 1995, le rédacteur en chef du journal, Jesús López Tapia, avait lui aussi été menacé par téléphone.

On pense que ces menaces sont liées au fait qu'El Mañana de Nuevo Laredo avait publié des articles accusant des fonctionnaires locaux de corruption. Ninfa Deandar a fait part de ces menaces et de ce harcèlement à la presse et à diverses ONG. Elle a également déposé une plainte auprès des autorités, mais celle-ci n'a pas encore abouti.

Par le passé, Ninfa Deandar avait déjà été victime de menaces et de violences. En 1976, un de ses fils a été tué dans des circonstances inexpliquées. Par ailleurs, le rédacteur en chef de El Mañana de Nuevo Laredo, a été tué lors d'un attentat à la bombe perpétré contre les locaux de ce journal.

Celles qui aident les femmes indigènes :harcèlement à l'encontre des conseillères d'une coopérative d'artisanes

Yolanda Castro Apreza et Nellys Palomo Sánchez travaillent comme conseillères pour l'Unión Regional de Artesanas J'pas Joloviletik (Union régionale d'artisanes J'pas Joloviletik), une coopérative de femmes artisanes située à San Cristóbal de Las Casas (État du Chiapas). Au cours du mois de décembre 1995, toutes deux ont reçu des menaces par téléphone. Un extrait de la musique du film El Golpe était enregistré sur leurs répondeurs téléphoniques personnels. Peu auparavant, le 29 novembre 1995, les bureaux de la coopérative avaient été cambriolés par des individus non identifiés. Le 7 décembre, la voiture de Nellys Palomo a été volée à son domicile.

L'Union régionale d'artisanes J'pas Joloviletik aide les femmes indigènes du Chiapas à promouvoir leur artisanat et leur culture.

Les violations à l'encontre de membres d'organisations paysannes

Le 28 juin 1995, les forces de sécurité de l'État du Guerrero ont tendu une embuscade, près du lieudit des "Aguas Blancas", qui s'est soldée par 17 morts et 19 blessés. Les victimes faisaient partie d'un important groupe de paysans non armés, comprenant des femmes et des enfants, qui se rendaient en camion à Atoyac de Álvarez pour participer à une manifestation. Celle-ci avait pour but de réclamer la libération de Gilberto Romero Vásquez, un militant paysan qui avait "disparu" dans cette ville le 24 mai 1995. Bon nombre des victimes étaient membres de l'Organización Campesina de la Sierra del Sur (OCSS, Organisation paysanne de la Sierra du Sud) [15] L'enquête ouverte sur cette affaire est toujours en cours, mais au moins 14 personnes ont déjà été arrêtées pour leur rôle présumé dans le massacre. Certaines sources ayant affirmé que des irrégularités avaient été commises lors des autopsies, le juge chargé du dossier, Adolfo Van Meeter Roque, a fait exhumer les corps des 17 personnes tuées pour vérifier la cause et les circonstances de leur mort. Il s'est toutefois opposé à ce que des observateurs indépendants assistent à cette opération, comme le souhaitaient pourtant les familles des victimes. À la date de mars 1996, l'exhumation des corps n'avait pas encore eu lieu.

Depuis que l'OCSS a été créée en 1994, ses membres ont été tués par dizaines dans le cadre de litiges relatifs aux droits des paysans. D'autres organisations paysannes du Guerrero ont également été visées.

Paula Galeana Balanzar est la veuve d'Amado Sánchez, l'un des 17 paysans massacrés près des "Aguas Blancas". Le 8 février 1996, dans son village de Paso Real (État du Guerrero), elle aurait reçu la visite de trois hommes qui affirmaient appartenir à la Dirección de Gobernación de Guerrero, la direction de l'Intérieur de l'État du Guerrero. Ces hommes ont pris Paula Galeana Balanzar en photo, ajoutant qu'elle « allait regretter de [leur] compliquer les choses » (« se va a arrepentir porque está haciendo más difíciles las cosas »). Cette femme avait ouvertement critiqué le fait que le gouvernement du Guerrero n'avait pas respecté sa promesse de construire de nouvelles maisons et d'aider financièrement les familles des victimes du massacre.

La veille, 7 février 1996, une dirigeante de l'OCSS, Rocío Mesino Mesino, avait été suivie dans les rues d'Acapulco (État du Guerrero) par trois inconnus en voiture qui avaient tenté de l'enlever. Rocío Mesino a déclaré aux délégués d'Amnesty International qu'elle avait souvent été menacée de mort à cause de son militantisme dans le cadre de l'OCSS et aussi parce que l'organisation avait publiquement dénoncé le rôle des autorités du Guerrero dans le massacre de juin 1995.

Un témoin de la tuerie des "Aguas Blancas", Alba Elia Hurtado, a apparemment été victime d'une agression. En effet, le 28 janvier 1996, trois hommes non identifiés auraient tenté, aux abords d'Atoyac de Álvarez, de la faire descendre de l'autobus dans lequel elle voyageait. Le conducteur et d'autres passagers l'ont aidée à repousser les agresseurs.

Le 6 décembre 1995, María del Rosario Martínez López aurait été enlevée par trois inconnus. Cette jeune femme de vingt-trois ans était une partisane du Comité de Madres y Familiares de Presos, Perseguidos y Desaparecidos Políticos (Comité des mères et des proches des prisonniers, des "disparus" et des autres victimes de la répression politique). C'est par le biais de cette organisation, basée dans l'État du Guerrero, que, quelques années plus tôt, elle avait fait la connaissance de José Sánchez Sánchez, l'un des avocats qui s'occupent du massacre des "Aguas Blancas".

Alors que María del Rosario Martínez attendait l'autobus près de chez elle, dans le quartier d'Ampliación Altamira à Acapulco, trois individus s'étaient approchés d'elle et avaient commencé à lui poser des questions sur José Sánchez. Comme elle ne répondait pas, ils l'avaient poussée dans une voiture, où trois autres hommes étaient assis. Ils l'avaient emmenée à la périphérie de la ville et l'avaient de nouveau interrogée sur les activités de l'avocat. Comme la jeune femme refusait toujours de répondre, ils lui auraient montré un album contenant des photos de membres du comité et de prisonniers "disparus", en lui disant qu'elle aussi pourrait finir dans cet album si elle ne collaborait pas (« ... que si no colaboraba ahí podía estar ella »). Ils lui ont ensuite montré des photos de son fils de huit ans, en déclarant qu'ils « pouvaient le faire disparaître et le tuer » (« ... que lo podían desaparecer y matar ») si elle refusait de les aider. María del Rosario Martinez n'avait pas vu José Sánchez depuis plusieurs mois et elle n'avait pas participé aux mobilisations publiques demandant que justice soit faite à la suite du massacre des "Aguas Blancas". Ses ravisseurs l'ont relâchée plus tard dans la journée, saine et sauve.

Craignant des représailles contre sa famille, la jeune femme n'a pas signalé tout de suite aux autorités l'agression dont elle avait été victime. Néanmoins, après avoir revu ses ravisseurs sur son lieu de travail et près de son domicile à la fin décembre 1995, elle a décidé de raconter ce qui lui était arrivé. À ce jour, personne n'a été traduit en justice dans le cadre de cette affaire.

Une autre jeune femme avait été enlevée le 17 septembre 1995, également dans l'État du Guerrero. Il s'agit de Santa Manzanares Vásquez, dirigeante du Movimiento 6 de Marzo (Mouvement du "6 mars"), âgée de vingt-trois ans elle aussi. Alors qu'elle venait de se baigner dans la rivière, comme tous les après- midi, elle a été kidnappée par un groupe d'au moins dix hommes, près de son domicile dans la communauté de Chacalapa (municipalité de San Marcos). Ses ravisseurs l'ont obligée à monter dans une camionnette et lui ont bandé les yeux. En novembre 1995, Santa Manzanares a raconté aux délégués d'Amnesty International qu'on l'avait emmenée dans une maison située dans un endroit appelé "El Playón" et que, là, on l'avait interrogée sur ses activités au sein du Mouvement du "6 mars". Ses ravisseurs lui avaient dit qu'elle devait quitter cette organisation car « elle allait avoir de graves ennuis si elle poursuivait ses activités » (« le iba a ir muy mal si seguía en lo que andaba »). La jeune femme n'a pas été brutalisée. Lorsqu'elle s'est réveillée le lendemain matin, la maison était vide ; elle a donc décidé de rentrer chez elle. Trois jours plus tard, le chef local de la police judiciaire du Guerrero est allé la voir et lui a proposé son aide « au cas où il lui arriverait quelque chose » (« por si algo le pasaba »). Entre autres actions, le Mouvement du "6 mars" a activement soutenu les paysans qui réclamaient davantage d'intrants agricoles tels que des engrais et des semences.

L'opposition bâillonnée : l'assassinat de Martha Morales

Martha Morales Vásquez était la dirigeante du Partido de la Revolución Democrática (PRD, Parti de la révolution démocratique), une formation d'opposition, dans la municipalité de Tecpan de Galeana (État du Guerrero). Le 14 octobre 1995, deux individus non identifiés l'ont abattue d'une balle dans la nuque, à son domicile de San Luis de la Loma, près de Tecpan. Martha Morales avait vivement critiqué le gouverneur du Guerrero, Ruben Figueroa Alcocer, que beaucoup soupçonnent d'avoir ordonné le massacre des "Aguas Blancas" (cf. plus haut). Cette femme de quarante-deux ans, mère de quatre enfants, exerçait la profession de médecin.

Selon les informations reçues, le soir du 14 octobre, Martha Morales venait de rentrer d'une réunion du PRD qui s'était tenue à Coyuca de Benítez, lorsque deux hommes l'ont abordée sur le seuil de sa maison et lui ont demandé si elle était bien le docteur Morales Vásquez. Croyant que l'un d'eux, qui couvrait une de ses mains avec une casquette, était blessé, Martha Morales s'est avancée vers eux. C'est alors qu'elle a reçu une balle dans la nuque. Son mari, Reynaldo Javier Soria, président du comité municipal du PRD à Tecpan, a été blessé à la jambe alors qu'il essayait de se réfugier dans la maison. Un ami du couple, Baldomero Galeano Lagunas, s'est fait tirer dessus à quatre reprises. Il a été hospitalisé à Acapulco, tout comme Martha Morales, mais celle-ci a succombé à ses blessures le 6 novembre suivant.

Il semble que la Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) a ouvert une enquête sur cet assassinat. Un porte-parole du gouvernement du Guerrero avait tenté de faire passer cet homicide pour un crime passionnel, sans aucun rapport avec les activités de la victime. À l'heure où nous rédigeons ce document, personne n'a encore été déféré à la justice dans le cadre de cette affaire.

Les auteurs de violations passées à l'encontre de femmes demeurent impunis

Nombre des cas d'atteintes aux droits fondamentaux perpétrées contre des femmes par le passé n'ont pas été élucidés. Le plus souvent, les auteurs de ces crimes courent toujours et les victimes ou leurs familles n'ont pas été dédommagées comme elles auraient dû l'être. Même si des progrès ont été observés dans quelques affaires qui ont fait grand bruit, tel l'assassinat de Norma Corona Sapién, la plupart des enquêtes n'aboutissent pas.

L'assassinat de Norma Corona Sapién

Norma Corona Sapién a été abattue le 21 mai 1990, dans des circonstances qui évoquaient la façon d'opérer des escadrons de la mort.

Cette femme était la présidente de la Comisión para la Defensa de los Derechos Humanos en Sinaloa (Commission pour la défense des droits de l'homme dans l'État de la Sinaloa), un organisme indépendant. À l'époque de sa mort, elle enquêtait sur l'enlèvement d'un avocat mexicain et de trois professeurs d'université vénézuéliens, imputé à la police judiciaire fédérale. Les corps des quatre hommes avaient été retrouvés en février 1990 près de Culiacán, la capitale de la Sinaloa ; tous avaient manifestement été torturés. Norma Corona Sapién s'était aussitôt mise à enquêter sur ces homicides. Peu après, elle avait commencé à recevoir des menaces de mort, qui provenaient à son avis de membres de la police fédérale. Elle venait de porter plainte pour ces menaces lorsqu'elle a été assassinée.

L'assassinat de Norma Corona Sapién a déclenché de vives critiques, aussi bien au niveau national qu'international, à l'égard du gouvernement mexicain. Accusé de ne pas respecter les droits fondamentaux, celui-ci a alors promis que « les choses allaient changer ». Peu après, il a créé la Comisión Nacional de Derechos Humanos (CNDH, Commission nationale des droits de l'homme), dont la première mission importante fut précisément d'enquêter sur l'assassinat de Norma Corona Sapién. Plusieurs fonctionnaires, dont un officier de la police judiciaire fédérale, ont été arrêtés et inculpés en raison de leur rôle présumé dans cette affaire. Cependant, les poursuites judiciaires engagées à leur encontre ont été entachées d'irrégularités. Des détenus se sont notamment vu arracher des aveux de culpabilité sous la torture. De plus, l'officier mis en cause a été maintenu en détention sans avoir été condamné, alors qu'il n'existait aucune preuve concluante de sa participation à l'assassinat de Norma Corona Sapién. Ces irrégularités laissent fortement soupçonner que les autorités ont utilisé ces détenus comme boucs émissaires pour le crime non élucidé de Norma Corona Sapién.

Le cas de Minerva Armendáriz Ponce,victime d'une "disparition" temporaire et de torture

Minerva Armendáriz Ponce n'avait que seize ans lorsqu'elle a été arrêtée, le 18 octobre 1973, par des membres de la Dirección Federal de Seguridad Nacional (DFSN, Direction fédérale de la sécurité nationale), un organisme qui n'existe plus aujourd'hui. Interpellée à son domicile, dans la ville de Chihuahua, elle a été emmenée à la Zone militaire n_ 5 (État de Chihuahua), en même temps que deux autres étudiants. Là, elle a été interrogée, sous la contrainte, à propos de ses activités politiques. À l'époque, Minerva militait au sein du mouvement étudiant. Elle était également membre du Movimiento Armado Revolucionario (MAR, Mouvement armé révolutionnaire).

À la suite de cette arrestation, la mère de Minerva, Gloria Ponce, a mobilisé plusieurs camarades d'étude de sa fille, qui ont organisé une manifestation pour réclamer sa libération immédiate.

Minerva a été cruellement torturée pendant sa détention dans la Zone militaire n_ 5. Les enquêteurs lui ont montré des photos de personnes qui avaient été torturées, en lui disant qu'elle aussi finirait dans cet état. Plus tard, des agents de la DFSN l'ont emmenée en avion à Mexico, où elle a été détenue dans un centre clandestin pendant quatre semaines. Durant toute cette période, elle a bel et bien "disparu".

Minerva a été détenue avec 16 autres femmes dans une cellule exiguë. Souvent, les prisonnières étaient contraintes de rester debout, toutes nues, pour être ensuite douchées au jet sous le regard des gardiens. Toutes ont été systématiquement torturées pendant leur détention. Minerva a affirmé aux délégués d'Amnesty International que plusieurs médecins assistaient aux séances de torture et qu'ils expliquaient aux victimes ce qui allait leur arriver. Entre autres sévices, la jeune femme a été rouée de coups, torturée à l'électricité et menacée de viol. Bien qu'elle l'ignorât encore à l'époque, elle était enceinte.

Grâce aux efforts de sa mère et aux manifestations organisées par ses camarades d'étude pour réclamer sa libération, Minerva a "réapparu" et a été présentée à la presse en novembre 1973. Inculpée de « subversion, association de malfaiteurs et incitation à la rébellion » (« subversión, asociación delictuosa e incitación a la rebelión »), elle a été transférée au Consejo Tutelar para Menores Infractores (Conseil de tutelle pour les délinquants mineurs), un centre de détention pour mineurs où elle est restée jusqu'à fin décembre 1973. Elle a ensuite été remise en liberté, mais a été placée sous la tutelle de deux adultes, avec obligation de se présenter tous les mois au centre de détention jusqu'à sa majorité. De plus, Minerva a dû attendre cinq ans avant d'être autorisée à retourner dans l'État de Chihuahua.

Carlos David Ornelas Armendáriz, le fils de Minerva, est né le 18 juillet 1974 à Mexico. Tout comme sa mère, il souffre depuis plusieurs années de divers problèmes de santé, qui seraient dus aux tortures infligées à la jeune femme pendant sa détention.

Les responsables de la "disparition" temporaire et de la torture de Minerva n'ont jamais été déférés à la justice. La jeune femme n'a jamais reçu la moindre indem nité pour ces violences, dont son fils et elle subissent aujourd'hui les conséquences.

Autres cas de "disparitions"

Certaines personnes qui étaient détenues avec Minerva Armendáriz Ponce n'ont jamais "réapparu". On ignore totalement ce qu'elles sont devenues. Les ONG de défense des droits de l'homme qui travaillent au Mexique, et en particulier celles qui aident les familles des "disparus", estiment qu'au moins 400 personnes ont "disparu" dans le pays pendant les années 70 et 80. Bien que le nombre de nouvelles "disparitions" ait considérablement diminué ces dernières années, les démarches visant à élucider les cas signalés par le passé n'ont guère progressé. Peu de mesures ont été prises pour traduire les responsables en justice ou pour savoir ce qu'étaient devenues les très nombreuses personnes qui avaient vraisemblablement été visées en raison de leurs activités politiques.

Alicia de los Ríos Merino est née le 22 septembre 1954 à San José de Bachíniva, dans l'État de Chihuahua. Membre de la Juventud Comunista de Mexico (Jeunesses communistes mexicaines) et de la Liga Comunista 23 de Septiembre (Ligue communiste "23 septembre"), elle était mariée avec Guillermo Enrique Pérez de la Mora, militant politique lui aussi. Alicia de los Ríos a été arrêtée le 6 janvier 1978, à Mexico, par des paramilitaires.

Des témoins ont affirmé l'avoir vue vivante dans le Camp militaire n_ 1, à Mexico, puis dans un autre camp militaire, dans l'État du Guerrero, au cours de l'année 1978. Depuis, on ignore tout du sort d'Alicia de los Ríos, et les autorités mexicaines se sont montrées incapables de déférer à la justice les responsables de cette "disparition". Les proches de cette femme continuent pourtant de la chercher.

Sa sœur, Marta, qui est membre du Grupo de Madres de los Desaparecidos Políticos del Estado de Chihuahua (Groupement des mères des "disparus" politiques de l'État de Chihuahua), aurait reçu des menaces à cause des recherches qu'elle mène activement pour essayer de retrouver Alicia et toutes les autres personnes "disparues" dans cet État.

Des représentants des autorités locales auraient averti Marta de los Ríos que « quelque chose pourrait bien lui arriver en traversant la rue » (« Martita, a Ud. le puede pasar algo cuando cruce la calle »). Des menaces ont également été proférées à l'encontre de son fils, Gilberto Sandino Aquino de los Ríos, âgé de seize ans. Fin octobre 1995, celui-ci aurait échappé de justesse à une voiture qui cherchait à l'écraser.

Conclusion

Comme l'ont montré les exemples donnés plus haut, le nombre et la fréquence des cas signalés d'atteintes aux droits fondamentaux des femmes augmentent au Mexique. De plus, si l'on tient compte du fait qu'une part non négligeable des violences commises ne sont jamais dénoncées – par crainte de représailles, par honte ou en raison d'autres considérations culturelles, telle l'opinion répandue selon laquelle lorsqu'une femme est violée c'est qu'elle l'a cherché –, l'on peut aisément comprendre que les cas décrits dans le présent document ne constituent que la pointe visible de l'iceberg et qu'il existe donc au Mexique un phénomène de violences contre les femmes bien plus important et alarmant.

Le Mexique a déjà fait un grand pas en avant en reconnaissant, du moins en théorie, la nécessité d'œuvrer pour parvenir à l'égalité pour les femmes [16] Il est toutefois manifeste qu'à ce jour peu d'initiatives efficaces ont été prises afin d'atteindre cet objectif.

Amnesty International est consciente de l'importance des mesures prises jusqu'ici par le gouvernement mexicain pour tenter d'améliorer la situation des femmes dans le pays, par exemple l'introduction dans le Code de procédure pénale du district fédéral de dispositions sanctionnant les sévices sexuels, la création au sein du ministère public – dans le district fédéral et dans plusieurs États – de services spécialisés chargés de traiter les infractions d'ordre sexuel et l'établissement dans le cadre de la CNDH d'un programme spécifique pour les femmes. L'Organisation se félicite également de ce que le président Ernesto Zedillo Ponce de León se soit récemment engagé à mettre sur pied un programme national pour les femmes « qui facilitera les initiatives visant à promouvoir la participation totale des femmes à la société, avec les mêmes chances que les hommes [17] ».

Amnesty International estime, cependant, que la mise en œuvre de programmes et de mesures législatives spécifiques en vue d'améliorer la condition féminine au Mexique ne peut être efficace que si elle est accompagnée de la volonté politique de véritablement supprimer l'impunité dont les auteurs de violations des droits de l'homme jouissent dans le pays.

Recommandations

Amnesty International prie instamment le gouvernement mexicain de :

–          s'assurer, comme il s'est engagé à le faire, que les droits fondamentaux des femmes sont respectés. Il doit notamment veiller à ce que cessent les violations telles que la torture, y compris le viol, les exécutions extrajudiciaires, le harcèlement et les menaces de mort à l'encontre des militantes. Il s'agit d'un préalable essentiel pour que les femmes puissent jouer un rôle à part entière, sur un pied d'égalité, dans la société mexicaine – un objectif que le gouvernement est d'ailleurs constitutionnellement tenu de poursuivre ;

–          faire mener des enquêtes exhaustives et impartiales, dans les meilleurs délais, sur toutes les informations faisant état de "disparitions", d'exécutions extrajudiciaires, de menaces de mort, de harcèlement ou de tortures, y compris le viol et autres sévices sexuels ;

–          prendre des mesures efficaces pour garantir la comparution en justice de toutes les personnes responsables de "disparitions", d'exécutions extrajudiciaires, de menaces de mort, de harcèlement ou de tortures, y compris de viol et autres sévices sexuels, à l'encontre des femmes ;

–          veiller à ce que, lorsque des violations de ce genre ont été commises par des membres des forces de sécurité, les enquêtes et la procédure de jugement soient confiées à des tribunaux civils et non militaires, car ce sont les juridictions militaires qui ont garanti une impunité quasi totale aux membres des forces de sécurité coupables d'atteintes aux droits fondamentaux ;

–          garantir que les victimes de viol, de sévices sexuels ou de toute autre forme de torture ou de mauvais traitements reçoivent les soins médicaux dont elles ont besoin et qu'elles bénéficient aussi, de même que les familles des victimes de "disparition" ou d'exécution extrajudiciaire, d'une indemnité équitable et suffisante ;

–          faire en sorte que le personnel chargé du maintien de l'ordre et les autres agents de l'État reçoivent une formation appropriée concernant les normes nationales et internationales relatives aux droits fondamentaux des femmes, ainsi que concernant les moyens de faire respecter ces normes. Le personnel chargé du maintien de l'ordre et les autres agents de l'État doivent être informés que le fait de violer une femme placée sous leur garde équivaut à un acte de torture qui ne sera en aucun cas toléré ;

–          veiller à ce que les femmes militantes ou membres d'ONG œuvrant pacifique ment pour la promotion et la défense des droits fondamentaux puissent exercer leurs activités légitimes sans craindre d'être intimidées, harcelées ou agressées physiquement ;

–          s'assurer que des mesures spéciales sont prises en vue de faire respecter les dis positions de la Déclaration des Nations unies sur l'élimination de la violence contre les femmes, ainsi que des autres instruments internationaux pertinents tels que la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Ces mesures doivent notamment consister à interdire explicitement toute forme de violence sexiste.

Annexe : texte original espagnol de deux témoignages

Témoignage de Rosa Hernández Hernández (traduction en français, p. 8 et 9)

« El 8 de febrero de 1995 siendo a las 16.45 horas de la tarde que nos fueron, sorprendidos, por personas que nos detubieron, brincándose las bardas, al entrar a la casa obligándonos a tirarnos al suelo, y después nos amarraron las manos con cadenas nos vendaron los ojos a todos los que estubimos ahí y después nos empezaron a hacer el interrogatorio y golpiandonos a todos y después me lle varon adentro de una camioneta, con los ojos vendados y los pies amarrados con hilo y tapándonos la cara con lona y aplastados adentro de la camioneta no pu dimos ni movernos [...] por poco nos asficiamos. Después de traernos al otro lado nos trasportaron en el avión donde nos llevaron a un lugar desconocido, nos estuvieron torturando, primero me bañaron con agua fría después me quitaron la ropa me pusieron una sábana mojada en el cuerpo y después me pusieron toques eléctricos, amenaza de muerte. Después de la tortura me dieron de firmar unos papeles con los ojos vendados, que ni siquiera sé de que se trataba. »

Témoignage de Julieta Flores Castillo (traduction en français, p. 15)

« ... de la una de la mañana uno por uno nos fueron sacando. Que el primero que sacaron ahí fue mi papá. Se llama Enrique Flores González, tiene 65 años, fue el primero que sacaron de ahí. Y de ahí me sacaron a mí, que también ahí sí me gol pearon, tenía yo todavía morados los brazos y la cara y aquí (el frente) en esta parte de las piernas. También me golpearon en la espalda. Y ahí fue que me hicieron también unos toques eléctricos. Ellos me preguntaban « quién es el que viene a organizar aquí a la gente », que si es del EZLN, que cuántos vienen y que dónde está el armamento que recibieron los de la organización Francisco Villa. Pero como yo desconozco de todo eso, no sé yo, lo único que les decía yo, que me mataran, que mejor no me estuvieron haciendo la tortura.» .

AMNESTY INTERNATIONAL ÉFAI
Index AI: AMR 41/05/98
ÉFAI 98 RN 041
DOCUMENT EXTERNE
Londres, 7 mai 1997



[1] Source : Mexico: La situación de la mujer, Desafios para el anõ 2000 – Mexique. La situation des femmes. Défis pour l'an 2000 –, CONAPO (Consejo nacional de población)/ Comité nacional coordinador de la IV Conferencia mundial sobre la mujer.

[2] Cf. les documents suivants publiés par l'Organisation : Mexique. Les droits de l'homme ont-ils une chance d'ici à l'an 2 000 ? (index AI : AMR 41/21/95, novembre 1995), Mexique. Torture et impunité : des pratiques persistantes (index AI : AMR 41/01/93, juin 1993) et Mexique. La torture, impunément (index AI : AMR 41/04/91, septembre 1991).

[3] Cf. index AI : AMR 41/21/95, op. cit.

[4] Source : Organisation des Nations unies, Rapport de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes, A/CONF.177/20, 17 octobre 1995.

[5] Source : Rapport de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes, op. cit., paragraphe 124, pp. 63-66.

[6] Le cas de ces trois sœurs est décrit plus en détail dans le document d'Amnesty International intitulé Mexique. Viol de trois femmes tzeltal par des soldats de l'armée mexicaine (index AI : AMR 41/12/94, août 1994), ainsi que dans le document Mexique. Les droits de l'homme ont-ils une chance d'ici à l'an 2 000 ?, op. cit.

[7] Voir notamment les documents suivants publiés par Amnesty International : Mexico. Human rights in rural areas: Exchange of documents with the Mexican governement on human rights violations in Oaxaca and Chiapas (index AI : AMR 41/07/86, mai 1986) – Mexique. Violations des droits de l'homme en zones rurales : échange de documents avec le gouvernement mexicain sur les violations dans les États d'Oaxaca et du Chiapas ; Mexique. La torture, impunément, op. cit. ; Mexique. Des militants indiens chol et tzeltal victimes de violations des droits de l'homme (index AI : AMR 41/05/92, juillet 1992) ; Mexique. La communauté indigène tzeltal de l'État du Chiapas à nouveau victime de violations des droits de l'homme (index AI : AMR 41/05/93, août 1993).

[8] Voir le document d'Amnesty International intitulé Mexique. Les droits de l'homme ont-ils une chance d'ici à l'an 2 000 ?, op. cit., qui fait état des atteintes aux droits de l'homme imputées aussi bien à l'armée qu'à l'EZLN.

[9] Les autres détenus étaient Álvaro Castillo Granados, Martín Trujillo Barajas, Luis Sánchez Navarrete, Hilario Martínez Hernández et Ricardo Hernández López.

[10] En annexe figure le texte original espagnol de ce témoignage, recueilli le 15 février 1996 au Centre de détention préventive du Nord.

[11] Source : Bulletin de la Commission nationale des droits de l'homme, n_ 24, février 1995.

[12] Les autres personnes appréhendées étaient Fernando Domínguez Paredes, Joel Martínez González, Gerardo López López et Gonzalo Sánchez Navarrete.

[13] En annexe figure le texte original espagnol de ce témoignage.

[14] Le harcèlement des détracteurs du gouvernement et des observateurs des droits de l'homme est actuellement l'un des principaux motifs de préoccupation d'Amnesty International au Mexique (cf. index AI : AMR 41/21/95, op. cit).

[15] Cf. index AI : AMR 41/21/95, op. cit., pp. 39-40.

[16] Le Mexique a ratifié le 23 mars 1981 la Convention des Nations unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et la Convention des Nations unies sur les droits politiques de la femme.

[17] Source : Mexico: La situación de la mujer, Desafios para el anõ 2000 – Mexique. La situation des femmes. Défis pour l'an 2000 –, op. cit.

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