LE NORD
| Publisher | Canada: Immigration and Refugee Board of Canada |
| Author | Research Directorate, Immigration and Refugee Board, Canada |
| Publication Date | 1 September 1992 |
| Cite as | Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, LE NORD, 1 September 1992, available at: https://www.refworld.org/docid/3ae6a80d18.html [accessed 17 September 2023] |
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1. INTRODUCTION
Le 18 mai 1991, profitant du chaos qui a suivi la prise de Mogadishu par les « rebelles » du Congrès de la Somalie unifiée (CUS), le Mouvement national somalien (MNS) a déclaré l'indépendance de la République du Somaliland (The Indian Ocean Newsletter 25 mai 1991; Africa Confidential 14 juin 1991). Même si ses dirigeants « sillonnent le monde arabe, l'Europe et l'Afrique en quête de reconnaissance internationale », aucun pays n'a voulu jusqu'à présent établir des relations diplomatiques durables avec la nouvelle république que certains ont même qualifiée d'« état fantôme » (Jeune Afrique 28 mai-3 juin 1992). D'ailleurs, dans les documents des Nations Unies, on parle habituellement du Nord de la Somalie plutôt que la République du Somaliland (Ryle 1992, 20).
Ancienne colonie britannique, le Nord de la Somalie s'étend sur une superficie de 176 120 km(2) (Jeune Afrique 28 mai-3 juin 1992, 14) et se compose de cinq régions : l'Awdal, le Waqoyi Galbeed, le Togdheer, le Sanaag et le Sool. Cinq familles de clan occupent traditionnellement ces régions : les Warsangali et les Dulbahante (Darood), les Isaaq, les Gadaboursi et les Issa. Avec Hargeysa pour capitale, la population de ce nouvel état est estimée à moins de 2 millions d'habitants (Jeune Afrique 16-22 avr. 1992). A cette population, il faut ajouter les milliers de réfugiés ou d'expatriés originaires de la région qui viennent des pays voisins (éthiopie, Djibouti, Kenya, Arabie saoudite, Yémen ou les pays du Golfe) (Jeune Afrique 28 mai-3 juin 1992). Le drapeau « national » du nouvel état présente un cercle vert sur fond blanc entouré par l'inscription, en arabe, « Il n'y a de Dieu que Dieu et Mohamed est le prophète de Dieu » (ibid.).
En dépit de l'état catastrophique de l'économie et de la dislocation sociale dus en grande partie à la guerre civile, certains observateurs ont qualifié la situation dans le Nord de « relativement calme » et « plus paisible et unitaire qu'ailleurs au pays » (PHR printemps 1992, 7). Mais en est-il vraiment ainsi aujourd'hui? Pour mieux comprendre la situation, un bref rappel historique s'impose.
2. LE NORD SOUS LE REGIME DE SIYAAD BARRE
[Cette section est tirée de deux rapports : un d'Africa Watch intitulé Somalia: A Government at War with Its Own People, Testimonies About the Killings and the Conflict in the North, janvier 1990, p. 30-41, et un autre de Daniel Compagnon, professeur, Centre de recherche et d'étude sur les pays d'Afrique orientale, université de Pau et des pays de l'Adour, rapport intitulé « Dynamique de mobilisation, dissidence armée et rébellion populaire: le cas du Mouvement national somali (1981-1990) » (non publié).]
Trois raisons majeures expliquent le soulèvement des clans du Nord, et en particulier celui des Isaaq, contre le régime de Siyaad Barre : le problème des réfugiés, la détérioration de la situation économique, et la répression aveugle des populations de cette région.
Au lendemain de la guerre dite de l'Ogaaden, le Nord de la Somalie a été témoin de l'arrivée massive de réfugiés éthiopiens dont la grande majorité était de souche somalie (principalement du clan Ogaaden). La rareté des sites disponibles, dotés en particulier de capacités hydrauliques suffisantes, a incité les autorités à concentrer les réfugiés dans des camps situés près des agglomérations existantes ou le long des voies de communication. Cette situation a eu pour effet de provoquer de vives tensions entre la population locale et les réfugiés. En effet, grâce à l'aide internationale, les réfugiés connaissent un sort plus enviable que celui des pasteurs locaux durement touchés par la sécheresse. De plus, la tension entre les deux clans a monté d'un cran avec la décision gouvernementale de mettre sur pied une milice composée presqu'exclusivement de réfugiés du clan Ogaaden (officiellement formée pour combattre l'ennemi éthiopien aux côtés du Front de Libération de la Somalie Occidentale). En effet, cette milice aurait profité de l'occasion pour se livrer à des vendettas claniques contre les populations locales. Cette situation aura des conséquences particulièrement lourdes sur les Isaaq qui seront fortement contrariés par la présence envahissante de réfugiés d'une autre affiliation clanique dans une région qu'ils clament être la leur.
Le second motif du soulèvement de cette population réside dans la détérioration de l'économie nationale, particulièrement celle de cette région. Une lettre des anciens des Isaaq, remise au Président Siyaad Barre en mars 1982, soulignait l'absence de projets économiques d'envergure. Par exemple, selon cette lettre, l'industrialisation du Nord était, contrairement à celle du Sud, presqu'inexistante (seule une cimenterie à Berbera était en chantier à cette date). En 1983, l'économie de cette région a été durement ébranlée par la fermeture brutale du marché saoudien aux exportations de bétail somalien qui répresentaient 80 p. 100 des recettes d'exportations de la Somalie et qui transitaient en grande partie par le port de Berbera. Cette disparité économique prononcée entre le Nord et le Sud était due à la concentration du pouvoir à Mogadishu, dans l'ancienne colonie italienne, et au favoritisme clanique du gouvernement de Siyaad Barre à l'égard de son propre clan (les Marehaan) et de sa région, au sud de Mogadishu.
Le troisième élément d'explication se trouve dans la répression du gouvernement. Par exemple, en 1981, un groupe d'intellectuels d'Hargeysa qui, dans un geste d'entraide communautaire, ont tenté de rénover l'hôpital de cette ville avec la concours d'une ONG allemande, ont été condamnés à des peines de prison sévères. La solidarité manifestée par toute la population de cette ville, et particulièrement par les étudiants qui ont manifesté dans les rues d'Hargeysa lors de leur procès en février 1982, a été violemment réprimée par la police militaire. A la suite de cette manifestation, cinq personnes ont trouvé la mort et des centaines d'autres ont été arrêtées. La population a alors accordé son appui aux rebelles du MNS. Après la signature des accords de paix entre les présidents Mengistu et Siyaad Barre en avril 1988, le MNS, dans une action désespérée, a lancé une attaque massive sur les villes de Burao et d'Hargeysa. La réaction du gouvernement a été excessive : exécutions de masse, pilonnages d'artillerie lourde et bombardements aériens. Ces derniers n'ont même pas épargné les réfugiés qui, tentant de fuir les combats, se dirigeaient vers la frontière éthiopienne. Le HCR a dénombré 400 000 réfugiés somaliens en éthiopie à la suite de ces incidents.
Pour sa part, le MNS a été impliqué dans de nombreuses violations et a même commis des atrocités comme en font foi les massacres de familles non-issaq. Les populations visées n'ont pas oublié ces exactions. Selon le rapport de Gersony, le MNS «a exécuté des civils non armés au cours d'incidents isolés, dont la compilation permet de dénombrer des centaines de morts, sinon plus. Ces tueries ont parfois eu lieu sans avoir été provoquées par une résistance au MNS, ou à la suite d'une agression contre ce dernier mouvement» (Gersony 1989, 60-65).
3. LA SITUATION ACTUELLE
En février 1991, l'armée du MNS (Issaq) a mené une « opération de nettoyage » dans le région d'Awal qui a coûté le vie à plus de 130 personnes et contraint des certaines de milliers d'autres à l'exil (Radio of the Somali National Movement 5 févr. 1991; Africa Research Bulletin 1er-28 févr. 1991, 10026; INCS-UK avr. 1991, 71-72). Des combats ont opposé, en mars 19891, le MNS aux Gadaboursi près de la frontière éthiopienne, et des conflits ont éclaté entre le MNS et les Issa près de la frontière djiboutienne (New African mai 1991, 12). En avril 1991, une conférence des communautés de Nord, organisée par le MNS, débouche sur la nomination d'une assemblée constituante comprenant 45 Issaq, 35 Darood, 20 Gadaboursi et 5 Issa. Cette assemblée a pour but officiel d'élaborer une constitution, de former un gouvernement et d'organiser des élections pour 1993 (The Indian Ocean Newsletter 25 mai 1991). Le MNS annonce que M. Abdourahman Ahmed Ali, dit « Abdourahman Tour », a été nommé président de Nord de la Somalie (Africa Research Bulletin 1er-31 mai 1991, 10142), et annonce aussi la formation d'un nouveau gouvernement composé de deux Dulbahante, deux Gadaboursi, un Warsangali et 13 Issaq (The Indian Ocean Newsletter 8 juin 1991; Le Monde 8 juin 1991).) Toutefois, une autre source mentionne la présence d'un membre du clan Issa au sein de ce gouvernement (Africa Confidential 14 juin 1991). Peu après la déclaration de l'indépendance du Nord de la Somalie en mai 1991, la situation, quelque peu prometteuse au moment de la formation du nouvel État, n'a cessé de se détériorer.
On peut résumer la situation actuelle dans le Nord de la Somalie en deux mots: anarchie et insécurité. Les affrontements claniques ne se limitent plus à Mogadishu et du façon générale au sud du pays (Le Monde 13 févr. 1992). Le Nord de la Somalie qui se vantait de sa stabilité par la voix de ses dirigeants vient de vivre la même expérience, comme l'affirme le journaliste Marc Yared qui écrit que « Le Somaliland est aspiré à son tour, comme le reste da la Somalie, dans la spirale de la violence...» (Jeune Afrique 16-22 avr. 1992).
3.1 Affrontements claniques
Beaucoup d'observateurs prédisaient une guerre entre les Issaq et les autres clans du Nord, à savoir les Warsangeli, les Issa, les Gadaboursi et les Dholbahante qui étaient très réticents à la sécession du Nord, surtout parce qu'aux yeux des Isaaq ces divers clans avaient été associés au régime de Siyaad Barre (The Indian Ocean Newsletter 22 juin 1991; Africa Events juin 1991).
Au contraire, la guerre a éclaté entre les divers clans Issaq eux-mêmes. En effet, en janvier 1992, à la suite de violents combats claniques opposant les Habar Jelo aux Habar Yoonis à Burao, plusieurs dizaines de personnes ont trouvé la mort et de nombreuses autres ont été contraintes à l'exil (Le Monde 13 févr. 1992; The Indian Ocean Newsletter 25 janv. 1992). Ces combats ont commencé après la mise à l'écart du ministre de la Défense Mohamed Ali Kahin, qui, semble-t-il, préparait un putsch militaire afin de renverser l'actuel président. La lutte entre les deux hommes a pour origine le préséance donnée aux civils par le chef de l'état Abdirahman Ali Tour au détriment des ex-maquisards. Selon M. Kahin, il était inconcevable de limiter à deux le nombre de militaires dans l'actuel gouvernement du président Abdirahman Ali Tour (Jeune Afrique 16-22 avr. 1992). Toutefois, selon une source « proche de la représentation du Somaliland en Europe » citée par La Lettre de l'Océan Indien, ces affrontements seraient le résultat d'une attaque menée par des militaires dissidents contre la garnison de Burao (The Indian Ocean Newsletter 25 janv. 1992). M. Kahin est issu du clan Habar Jelo, tout comme l'ancien président du MNS, M. Mohamed Silanyo, qui reprochait récemment au Président Abdirahman Ali Tour d'avoir trop hâtivement proclamé la «sécession» du Nord (ibid.; Jeune Afrique 28 mai-3 juin 1992). De plus, l'opposition accuse le chef de l'état de «tendance dictatoriale, de corruption et de favoritisme clanique» comme l'affirme l'ancien ministre des Eaux et des Ressources minérales :
Aucune décision du cabinet n'est prise collectivement. Aucune loi n'a été signée jusqu'à maintenant. Il (le président Tour) n'est pratiquement jamais à son bureau, mais c'est pourtant là que les décisions se prennent (Inter Press Service 16 mars 1992).
Fin mars 1992, des combats ont éclaté à Borama pour s'étendre quelques jours plus tard à Berbera, - principal port du Nord, générateur des seuls revenus de l'état (taxes) et contrôlé par les Issa Moussa - entre l'armée de l'actuel président et les forces du Général Abdillahi Ibrahim, dit « Dheega Weine » (Grandes Oreilles), très proche de M. Kahin, ancien ministre de la Défense (ibid.; Jeune Afrique 28 mai-3 juin 1992; Africa Confidential 3 avr. 1992). Ces affrontements sont les conséquenses logiques de l'esprit, de la structure et des objectifs de ce mouvement.
Selon le HCNUR, 90 p. 100 de la population ont quitté Berbera (70 000) pour les villes ou les villages avoisinants (HCNUR 29 mai 1992, 6). Le vice-président et ministre de la Défense déclarait alors :
Nous avons donné toutes les chances aux négociations nous bénéficions donc présentement de l'appui total de la population pour rétablir la primauté du droit [...] Peu importe le nombre de victimes, tout gouvernement a le droit d'utiliser la force légitime. Ou bien ils (les rebelles) rendent les armes, ou bien ils seront écrasés (IPS 16 mars 1992).
Après cette déclaration, des femmes et des enfants ont manifesté dans les rues d'Hargeysa contre la guerre (ibid.).
3.2 Échec du gouvernement
En mai 1991, après la déclaration d'indépendance, le MNS a mis en place un gouvernement provisoire appelé à gouverner le pays jusqu'à la tenue d'élections libres et multipartites dans au moins deux ans (Le Monde 21 mai 1991; AP 21 mai 1991). Outre le président et le vice-président, ce gouvernement composé de dix-sept ministres était dominé par les membres de la famille de clans Isaaq (Le Monde 8 juin 1991). Selon des informations récentes, plusieurs ministres du gouvernement ont été écartés dont deux Dulbahante et un Gadaboursi (The Indian Ocean Newsletter 29 févr. 1992). Ainsi, depuis le départ de M. Kahin, Hassan Issa Djama (du clan Issaq-Habar Gerhajis-Arab) cumule la vice-présidence et le poste de ministre de la Défense (ibid.; Jeune Afrique 16-22 avr. 1992).
Dès lors, en raison des nombreux remaniements ministériels, des luttes de factions au sein de la classe dirigeante et de la non-reconnaissance du Nord de la Somalie la communauté internationale, le gouvernement a échoué dans sa tentative de mettre en place un système judiciaire et une police, en un mot, à implanter une administration efficace et à effectuer la reconstruction nationale (Gilkes juill. 1992, 52). Bien que la Sharia ait été adoptée comme système officiel en juin 1991, le droit coutumier est toujours contrôlé par les aînés des différents clans et sous-clans, échappant donc à tout contrôle étatique et à toute tentative d'homogénéisation (The Indian Ocean Newsletter 1er juin 1991; AL-HAYAH 27 juin 1991). L'effort de reconstruction du Nord de la Somalie, l'une des priorités du nouveau gouvernement, n'a pas porté fruit jusqu'à maintenant et l'état a été jusqu'à présent incapable d'établir un système de santé et d'éducation (Gilkes juill. 1992, 52). Dans les agglomérations urbaines où se réfugient beaucoup de nomades déplacés par les combats, l'eau potable se fait rare, et le gouvernement a jusqu'à présent été incapable de gérer les maigres ressources en eau (ibid.). L'électricité, sabotée lors de la guerre de 1988, n'a toujours pas été rétablie (PHR printemps 1992, 8). L'état des routes demeure lamentable, l'insécurité y règne en raison de la présence des forces rebelles et du banditisme, en plus du danger représenté par les mines (HCNUR 29 mai 1992 6). Bien que des experts étrangers aient entrepris la lourde tâche de déminer le terrain, les mines font toujours de nombreuses victimes parmi les civils et les organisations humanitaires doivent désormais avoir recours à des bateaux ou à des avions pour acheminer leur aide (Jeune Afrique 16-22 avr. 1992). Néanmoins, un changement survenu récemment dans le contrôle de la ville Berbera, a bloqué l'aide déstinée aux autres régions (The Globe and Mail 17 août 1992).
Les ex-maquisards du MNS sont aujourd'hui autant de soldats impayés et toujours armés, qui alimentent le spectre du pillage, du désordre, de l'anarchie et du chômage (PHR printemps 1992, 8).
3.3 Climat d'insécurité généralisée
Depuis le 28 mars 1992, le HCNUR a suspendu ses activités dans le Nord de la Somalie à cause de « l'effondrement total de l'ordre public dans la région » (HCNUR 29 mai 1992, 6). Aucune compagnie aérienne internationale n'effectue de vols sur Berbera ou Hargeysa (seuls aéroports internationaux du Nord) depuis mai 1988 (COSTI 25 août 1992; ancien directeur, ministère somalien de l'éducation 24 août 1992).
En mars 1992, les locaux de l'organisation humanitaire du Croissant Rouge à Hargeysa ont été pillés lors d'une attaque nocturne. Un membre du personnel de l'organisation aurait été tué (The Indian Ocean Newsletter 28 mars 1992, 4). Toujours dans cette ville, plusieurs véhicules des Nations Unies ont été volés ou endommagés (HCNUR 29 mai 1992 6). De plus, toutes les réserves de médicaments et l'équipement de bureau de l'ONG française Médecins sans frontières à Burao ont été dérobés (ibid.).
Selon un récent rapport d'Amnesty International, la situation des droits de la personne en Somalie est catastrophique. D'autres conflits se sont déclarés dans le Nord depuis les affrontements claniques de janvier 1992 qui ont mené à des débuts de combats entre les sous- clans Issaq et des conflits entre le MNS et les autres clans non-issaq (Amnesty International 5 août 1992, 7).
Soulignons enfin que le HCNUR a remis à plus tard son programme de rapatriement des réfugiés somaliens vers le Nord de la Somalie, prévu pour février 1992, en raison de l'instabilité qui règne dans cette région (HCNUR 10 août 1992). Comme l'a récemment affirmé un employé d'ONG dans le Nord de la Somalie, «lorsque les ministres rapatrieront leurs propres familles vivant à l'étranger, alors nous pourrons commencer à avoir confiance en ce gouvernement» (Ryle 1992, 33).
4. PERSPECTIVES D'AVENIR
A la lumière de l'anarchie et de l'insécurité qui règnent actuellement dans le Nord de la Somalie, les perspectives d'avenir demeurent sombres dans cet état nouvellement créé et non encore reconnu par la communauté internationale. La politique des clans et les conditions socio-économiques sont fondamentalement les mêmes que celles qui prévalent dans le sud de la Somalie; en effet, les mêmes éléments catalyseurs s'y retrouvent, bien qu'ils ne soient pas encore aussi exacerbés que dans le sud où le cycle de violence interclanique a pris des proportions effrayantes.
Les perspectives sociales du Nord de la Somalie sont conditionnées par plusieurs facteurs. Premièrement, le favoritisme clanique démontré par le gouvernement d'Abdirahman Tour a fait des mécontents aussi bien parmi les clans ou sous-clans rivaux que parmi les dirigeants écartés du pouvoir. Ceux-ci comprennent surtout des anciens maquisards du MNS qui prônent une plus grande représentation des militaires au sein du gouvernement (Gilkes 1992, 54). En fait, la proclamation de la sécession de l'ancien Nord de la Somalie britannique ne fait pas non plus l'unanimité (Current History mai 1992, 233). Certains clans non-issaaq en veulent toujours aux Issaaq pour la dévastation qu'a connue la région depuis 1988 et pour la prise de pouvoir unilatérale du MNS en 1991. De plus, « dans la mesure où il n'existe aucune opposition idéologique à l'administration du Nord de la Somalie, sa domination par les Isaaq du MNS a entraîné une certaine resistance des membres des clans non-isaaq » (ibid.).
Deuxièmement, l'échec du gouvernement, pourtant en place depuis plus d'un an, à créer au Nord de la Somalie un véritable état risque de raviver le mécontentement populaire déjà exacerbé. En effet, malgré l'existence officielle d'un gouvernement, pratiquement aucune des structures retrouvées dans la plupart des états n'a été mise en place : le système judiciaire, l'administration publique, le système d'éducation, les soins de santé, la police ou l'armée nationales sont toujours à l'état larvaire ou sont encore inexistants (The Indian Ocean Newsletter 14 mars 1992; Gilkes 1992, 53). Le gouvernement n'est donc pas en mesure de réellement contrôler son territoire, encore moins d'offrir une réelle protection à ses citoyens. De plus, l'état lamentable du réseau routier et le manque de commodités de base sont susceptibles d'aviver le ressentiment de la population à l'égard du gouvernement.
Dans un communiqué de presse daté du 27 juillet 1992, Amnesty International affirme que la situation actuelle en Somalie est catastrophique. Les individus sont la cible de massacres intentionnels sur le simple fait qu'ils sont membres d'un autre clan (Amnesty International 27 juill. 1992). Dans ce même communiqué, Amnesty International mentionne finalement qu'elle s'oppose à toute déportation vers la Somalie vu les conditions qui prévalent présentement dans ce pays (ibid.).
5. REFERENCES
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Compagnon, Daniel. Mars 1991. «Dynamique de mobilisation, dissidence armée et rébellion populaire: le cas du Mouvement national somali (1981-1990)», (non publié).
Current History [Philadelphie]. Mai 1992. Rakiya Omaar. «Somalia: At War with Itself».
Ancien directeur, programme de formation des enseignants, ministère somalien de l'éducation. 24 août 1992. Entretien téléphonique.
Gersony, Robert. Août 1989. Why Somalis Flee: Synthesis of Accounts of Conflicts Experienced in Nothern Somalia by Refugees, Displaced Persons and Others. Bureau for Refugee Programs, U.S. Department of State, p. 60-65.
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