Guatemala : mise a jour
- Author: Research Directorate, Immigration and Refugee Board, Canada
- Document source:
-
Date:
1 July 1994
1. EVENEMENTS POLITIQUES
En mai 1993, à mi-chemin de son mandat quinquennal, le président Serrano a tenté de s'appropier des pouvoirs extra-constitutionnels en abolissant le congrès ainsi que certains éléments de l'appareil judiciaire mais son geste s'est retourné contre lui. Le peu de soutien des forces armées et les protestations populaires ont obligé Serrano à démissionner (Human Rights Watch déc. 1993, 100). Le congrès s'est de nouveau réuni et, en juin, a élu le procureur général chargé des droits de la personne, Ramiro de León Carpio, à la présidence pour le reste du mandat de Serrano (ibid., 101).
La promesse que Ramiro de León Carpio a faite d'améliorer la démocratie et d'éliminer la corruption au sein du gouvernement a suscité de grandes espérances (Country Reports 1993 1994, 449). Des observateurs ont cependant signalé que Ramiro de León Carpio a été incapable d'éliminer la corruption du congrès et ont qualifié de [traduction] « désastreuse » sa tentative de réforme de l'appareil judiciaire (Christian Science Monitor 10 juin 1994). Dès le début du mandat de Serrano, les médias et les organisations populaires indiquaient que celui-ci avait simplement repris les mesures sociales et économiques du programme d'adaptation économique de l'ancienne administration (CAR 9 juillet 1993, 197). Ne bénéficiant pas de l'appui d'un parti politique, le nouveau président aurait fait des concessions aux éminences grises du Guatemala en réalisant une alliance avec les militaires et les gens d'affaires au lieu de raffermir ses propres appuis politiques (LP 3 févr. 1994, 1; San Francisco Chronicle 2 févr. 1994).
Dans l'armée, Ramiro de León Carpio a confié le commandement aux officiers considérés comme les plus fidèles envers le gouvernement (CAR 9 juillet 1993, 199; ibid. 11 févr. 1994a, 5.). Toutefois, la situation n'est pas forcément plus stable. Des observateurs indiquent que des factions militaires, composées d'éléments [traduction] « purs et durs », ainsi que quelques-uns des officiers destitués des postes importants à la suite de la démission de Serrano conspirent contre Ramiro de León Carpio (ibid.). Il semble que ces factions opposent les négociations de paix entre le gouvernement et les forces rebelles (ibid.). Elles ne seraient retenues que par la peur que leur inspire l'opposition des Etats-Unis à un coup d'Etat et l'absence de soutien de la part du monde des affaires du Guatemala (ibid.; LAWR 24 févr. 1994, 80; La Jornada 27 févr. 1994).
L'escalade de la violence entraîne l'assassinat politique de personnages très en vue, comme le président du tribunal constitutionnel assassiné en avril et le dirigeant syndical tué à Quetzaltenango au début de juin (Miami Herald 1er avr. 1994; Los Angeles Times 15 mai 1994; IPS 6 juin 1994). Les attaques contre les étrangers ont gravement perturbé le tourisme, l'une des principales sources de revenu du Guatemala (Los Angeles Times 15 mai 1994; Miami Herald 14 avr. 1994). Les meurtriers du président du tribunal constitutionnel et ceux du dirigeant syndical n'ont pas encore été retrouvés. Le directeur du bureau des droits de la personne de l'archevêque est d'avis que deux des individus arrêtés à la suite de l'attaque d'un groupe de personnes contre un touriste américain, qu'ils accusaient d'enlèvements d'enfants pour vente d'organes, sont des agents du service de renseignements de l'armée (San Francisco Chronicle 28 mars 1994). Le procureur général des enfants a mentionné que les attaques contre les étrangers semblent être une tentative pour « causer des problèmes au gouvernement », tandis que d'autres fonctionnaires les attribuent à la volonté des militaires de contrer les efforts des civils qui cherchent à diminuer leur influence (Dallas Morning News 10 avr. 1994).
D'aucuns attribuent l'intensification de la violence aux extrémistes qui tentent de prévenir des concessions éventuelles de la part du gouvernement aux négociations de paix avec les guérilleros et de miner les réformes politiques (Miami Herald 1er avr. 1994). L'ancien président Vinicio Cerezo a accusé [traduction] « des militaires évincés qui sont partisans de la ligne dure et des civils de la droite » de chercher à renverser Ramiro de León Carpio Carpio ou à diminuer davantage ses pouvoirs déjà limités (ibid.). Cerezo a également affirmé que les militaires alimentent la violence afin de créer un climat propice à un coup d'Etat (Christian Science Monitor 10 juin 1994). Certains analystes estiment qu'un [traduction] « réseau de politiciens, d'officiers militaires et de gens d'affaires non identifiés essaient de freiner la réforme politique » afin de sauvegarder leurs intérêts dans des activités visant à frauder l'Etat et à trafiquer des biens illégaux (CAR 15 avr. 1994, 2).
Le peu d'appui que les militaires accordaient à Ramiro de León Carpio est devenu manifeste grâce à un incident où l'ancien chef de l'état-major de la Défense, le général Quilo, a directement accusé le président d'avoir tenté de politiser l'armée en ordonnant aux 500 000 membres de la patrouille civile rurale (PAC), qui sont sous la coupe des forces armées, d'inciter les gens à voter « oui » au référendum sur la réforme constitutionnelle (CAR 4 mars 1994a, 5-6). Le président soutient avoir seulement demandé à l'armée et au pays d'encourager la participation (ibid.).
Le général Quilo, qui aurait trempé dans une conspiration de coup d'Etat, a été destitué le 18 février 1994 et mis d'office à la retraite. Cette décision a semblé prématurée au général, mais le gouvernement a soutenu que son mandat était bel et bien terminé (ibid.).
Le 30 janvier 1994, Ramiro de León Carpio a tenu un référendum sur 43 réformes constitutionnelles qu'il a élaborées de concert avec le congrès. Ces réformes prévoyaient notamment l'élection prochaine d'un nouveau congrès qui exercerait ses fonctions pour le reste du présent mandat (jusqu'en 1996), une nouvelle composition de la cour suprême et la restriction du pouvoir du congrès et du président de procéder à des nominations à la magistrature dictées par le favoritisme (CAR 19 nov. 1993, 345-347; LP 3 févr. 1994, 1). Si les réformes proposées ont été approuvées, le niveau d'abstention a jeté le doute sur la légitimité à la fois des résultats du référendum et du système politique lui-même (ibid.). Plus de 80 pour cent de l'électorat s'est abstenu de voter. En outre, si l'on tient compte du taux d'analphabétisme de plus de 50 pour cent et des diverses langues autochtones, le bulletin de vote rédigé seulement en espagnol a pu ne pas être compris par de nombreux votants (ibid.).
D'aucuns ont aussi cru voir dans le taux d'abstention élévé au référendum de janvier 1994 le signe d'un certain appui accordé aux guérilleros, puisque l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG) avait invité la population à ne pas voter (LP 3 févr. 1994, 2; San Francisco Chronicle 2 févr. 1994). Toutefois, selon une source, les guérilleros seraient incapables d'embêter sérieusement l'armée et n'auraient donc qu'un pouvoir de marchandage limité aux pourparlers de paix relancés le 3 mars 1994 à Mexico (Houston Chronicle 3 mars 1994).
En février 1994, Ramiro de León Carpio a proposé un [traduction] « grand accord national » (GAN) entre le gouvernement, les gens d'affaires et les travailleurs afin de faire progresser les objectifs économiques et sociaux (CAR 18 févr. 1994b, 5). La proposition n'a pourtant pas été bien accueillie. Les syndicats l'ont tout de suite rejetée, et une coalition d'organismes religieux, d'organisations pour la défense des droits de la personne et d'autres mouvements, appelée le [traduction] « coordinateur du secteur civil », a exprimé la crainte que le GAN ne soit qu'un moyen de détourner l'attention des pourparlers de paix (ibid., 6). Ainsi, l'échec de la proposition pourrait avoir miné davantage la confiance du public en Ramiro de León Carpio et son administration souvent perçue comme faible et inefficace (ibid.; LP 3 févr. 1994, 1-2; San Francisco Chronicle 2 févr. 1994).
Malgré une décision contraire rendue par la cour suprême, l'intention du président du pays de tenir des élections législatives a été approuvée par la cour constitutionnelle (La Jornada 29 avr. 1994). Les élections, maintenant prévues pour le 14 août 1994, devraient permettre au président du pays d'« épurer » le congrès, de réduire ses pouvoirs et de nommer un certain nombre de nouveaux magistrats (ibid.). La nouvelle législature doit se réunir le 16 septembre; les partis qui se disputent les sièges sont cependant ceux qui les occupent actuellement. (CAR 10 juin 1994, 2-3).
2. DROITS DE LA PERSONNE
Malgré le fait que le nouveau président avait été un détracteur virulent de la violence et de l'impunité des autorités, diverses sources ont signalé une augmentation des violations des droits de la personne au cours des premiers mois de son mandat. Les organisations guatémaltèques chargées de la défense des droits de la personne fournissent des données statistiques différentes, mais elles s'accordent pour dire que la violence s'est beaucoup intensifiée en 1993 comparativement à l'année précédente; le nombre de violations signalées est passé de 6 730 en 1992 à 13 339 en 1993 (CAR 28 janv. 1994, 5; Miami Herald 17 févr. 1994). Le gouvernement, par l'entremise du procureur général chargé de la défense des droits de la personne, Jorge Mario Garcia Laguardia, a eu recours, pour expliquer l'augmentation du nombre de violations signalées, à l'hypothèse selon laquelle plus de gens seraient prêts à les dénoncer (CAR 28 janv. 1994, 5). Le bureau des droits de la personne de l'archevêque catholique a attribué en partie l'augmentation de 1993 à l'état du pays, devenu [traduction] « ingouvernable », et à la grande faiblesse du gouvernement (La Jornada 17 févr. 1994).
Les Country Reports 1993 qualifient la police et l'appareil judiciaire d'inefficaces dans leur ensemble, et ajoutent que les forces de sécurité sont tenues responsables de la plupart des violations actuelles et que la majorité des violations commises dans les régions rurales sont perpétrées par les patrouilles civiles (1994, 448). Selon le Central America Report, la plupart des politicologues et des journalistes guatémaltèques qui ont commenté le rapport ne souscrivaient pas à l'énoncé concernant l'amélioration de l'ensemble de la situation en 1993 et ont signalé des lacunes comme l'omission de mentionner l'attaque contre trois journalistes locaux pour laquelle aucune poursuite judiciaire convenable n'a été engagée (11 févr. 1994b, 6). En juin 1994, on a signalé des poursuites judiciaires engagées contre des patrouilleurs civils accusés d'avoir commis des abus, même si ces poursuites ont été qualifiées par une source comme étant [traduction] « l'exception plutôt que la règle » (CAR 10 juin 1994, 2).
Les Country Reports 1993 déclarent également que les journalistes jouissent d'une plus grande liberté dans leur travail depuis l'arrivée au pouvoir de Ramiro de León Carpio que pendant toutes les autres présidences, même si les menaces proférées et les attaques perpétrées contre eux se sont poursuivies (1994, 453). Les journalistes admettent avoir pratiqué l'auto-censure par crainte de représailles, surtout pour les questions concernant notamment les violations des droits de la personne, la corruption des fonctionnaires et des politiciens et le trafic de drogues (ibid.). En mars 1994, au moment où le président du pays signait une déclaration internationale sur la libre expression, il s'est engagé à protéger la liberté de la presse et il a promis que, malgré les assassinats de journalistes (près de 50 au cours des dernières années), [traduction] « le Guatemala est désormais un pays où la liberté d'expression n'a plus de limites » (Miami Herald 15 mars 1994). De son côté, l'armée a récemment fait des efforts pour améliorer ses relations avec la presse en devenant plus amicale et en accordant plus facilement des entrevues (Miami Herald 5 mars 1994).
Selon Human Rights Watch, l'année 1993 a été marquée par une lutte continuelle, une [traduction] « sorte de guerre psychologique [...] menée contre les organisations populaires, les défenseurs des droits de la personne, les syndicats et les journalistes indépendants » (décembre 1993, 100). Si les auteurs des attaques, des enlèvements et des menaces de mort visant ces groupes demeurent souvent inconnus, Americas Watch affirme que leurs techniques d'intimidation sont semblables aux [traduction] « méthodes clandestines utilisées par les forces de sécurité » (ibid.). Human Rights Watch a fait l'éloge de quelques-unes des réformes que le président du pays a réalisées au cours de la première année de son mandat, tout en indiquant que certaines d'entre elles avaient eu peu d'incidence parce que le zèle du gouvernement pour les droits de la personne s'était quelque peu refroidi (CAR 10 juin 1994, 2). Selon des informations parues dans le Central America Report, Human Rights Watch a mentionné que [traduction] « la capacité et la volonté d'enquêter sur les violations des droits de la personne ont diminué et les militaires s'immiscent souvent dans les enquêtes policières » (ibid.).
Le centre de recherche pour l'étude et la promotion des droits de la personne (CIEPRODH) a signalé au total 373 exécutions extrajudiciaires, 80 tentatives d'assassinat, 67 meurtres à la suite d'enlèvements ou de tortures, 243 menaces de mort déclarées et 44 disparitions en 1993 (CAR 28 janv. 1994, 6). Pour la même année, l'organisme national de coordination des droits de la personne a signalé 143 exécutions extrajudiciaires, 118 tentatives d'assassinat, 294 menaces de mort, 58 disparitions et 1 472 arrestations arbitraires, ainsi que d'autres violations (ibid.). Le 4 avril 1994, le CIEPRODH a publié un autre rapport exposant les violations perpétrées au cours des trois premiers mois de 1994 : 100 exécutions extrajudiciaires (dont 33 des victimes auraient été torturées), 42 disparitions, 43 menaces de mort, 3 fouilles illégales et 18 arrestations illégales (CAR 8 avr. 1994, 3).
En plus d'une intensification de la violence criminelle et des échauffourées entre les bandes de jeunes vagabonds armés de la capitale, appelés les maras, une montée de violence à connotation politique a été ressentie au mois d'octobre 1993 (CAR 22 oct. 1993, 318). Des attentats à la bombe et des manoeuvres d'intimidation ont été dirigés surtout contre ceux qui prônaient une épuration du congrès (ibid.).
Un dirigeant du groupe d'appui mutuel (GAM), organisation pour la défense des droits de la personne, prétend qu'après l'entrée en fonction de Ramiro de León Carpio, de nombreux escadrons de la mort se sont formés afin d'intimider les mouvements populaires (CAR 3 déc. 1993, 365). Il a également dit que la plupart des violations répétitives commises dans les régions rurales étaient perpétrées par les patrouilles civiles; il a ajouté que, même s'il y a eu [traduction] « moins de gestes de violence commis contre les chefs et les organisateurs de mouvements populaires » en 1993, [traduction] « le harcèlement se poursuit au moyen d'appels téléphoniques anonymes, de menaces de mort, d'introductions par effraction et d'accusations de sympathiser avec les guérilleros de l'URNG » (ibid.).
Vers la fin de 1993, un ancien agent du G-2, service de renseignements de l'armée, a accusé publiquement le G-2 d'organiser et d'exécuter des enlèvements, des actes de torture et des meurtres (LP 30 déc. 1993, 7; CAR 17 sept. 1993, 275). Dans l'ensemble, il s'agit pas de nouvelles accusations [ Voir les réponses de la DGDIR aux demandes d'information pertinentes.], mais il convient de souligner deux allégations précises faites par l'agent qui a fait défection. La première portait sur l'ampleur de la collaboration des civils qui se font délateurs pour un peu de pouvoir ou d'argent. Dans la deuxième allégation, l'agent prétendait que, même si le prétexte utilisé pour torturer et assassiner des gens était toujours [traduction] « leurs liens présumés avec les guérilleros, [...] dans la réalité la plupart des meurtres ont été commis en raison de querelles personnelles aucunement liées aux guérilleros » (LP 30 déc. 1993, 7).
Deux anciens soldats emprisonnés pour le meurtre d'un Américain ont également rencontré la presse vers la fin de 1993 et ont décrit les meurtres, les vols de voitures et le trafic de drogues dans lesquels étaient impliqués des officiers supérieurs (CAR 15 oct. 1993, 310; LP 11 nov. 1993, 6). Ils ont parlé de nombreuses exécutions perpétrées par le G-2 mais, deux jours plus tard, ils ont désavoué leur témoignage en prétendant avoir été soudoyés pour faire leur déclaration. La presse guatémaltèque a toutefois souligné que des membres du service de renseignements de l'armée avaient rencontré les deux hommes à de nombreuses reprises et les ont peut-être menacés (ibid.).
Le bureau des droits de la personne de l'Eglise catholique a signalé de [traduction] « violentes attaques » contre des journalistes guatémaltèques au cours de 1993, y compris deux meurtres, sept tentatives d'assassinat et 22 menaces (IPS 22 févr. 1994). L'Inter-American Press Association (IAPA) a signalé que, pour la période comprise entre janvier et novembre 1993, un journaliste a été assassiné au Guatemala, pays cité comme étant l'un de ceux où il se produit le plus grand nombre d'attaques, au moyen notamment d'explosifs et d'incendies criminelles, contre les médias (LAWR 10 mars 1994, 1).
Le bureau de renseignements de l'armée a signalé que les violations commises en 1993 par les guérilleros comprenaient 61 actes de sabotage contre des infrastructures, 13 meurtres, 16 enlèvements et 126 incidents où des civils ont été harcelés (CAR 28 janv. 1994, 6). L'Eglise catholique a également rapporté des violations perpétrées en 1993 par les insurgés, comprenant 3 meurtres, 102 enlèvements, des attaques contre des infrastructures et le recrutement de mineurs (La Jornada 17 févr. 1994).
Au cours des six derniers mois de 1993, d'autres attaques ont été perpétrées contre des membres d'organisations sociales, des défenseurs des droits de la personne, des syndicalistes et des journalistes indépendants (Human Rights Watch déc. 1993, 103) et une montée de la violence s'est fait ressentir dès le début de 1994 (CAR 18 févr. 1994b, 8). Au cours des 26 premiers jours de janvier 1994, l'Eglise catholique a signalé au moins 46 exécutions extrajudiciaires, 20 meurtres à connotation non politique, 7 menaces de mort, 10 enlèvements exécutés probablement pour des mobiles politiques et entre 20 et 28 tentatives d'assassinat, elles aussi commises semble-t-il pour les mêmes mobiles politiques, ce qui en a donc fait le mois le plus sanglant des trois dernières années (CAR 28 janv. 1994, 6; Miami Herald 17 févr. 1994). A la fin de janvier, plus de 48 meurtres commis dans le style des escadrons de la mort avaient été signalés (San Francisco Chronicle 2 févr. 1994).
Durant le même mois, des combats entre les guérilleros et l'armée ont également été signalés dans le nord du Quiché, un secteur d'activité de la guérilla des pauvres (EGP), et dans San Marcos, une zone appartenant à l'Organisation du peuple armé (ORPA) (CAR 18 févr. 1994a, 8; San Francisco Chronicle 2 févr. 1994). Les deux groupes appartiennent à l'URNG. Il n'y a presque pas de témoignages directs sur les conflits armés, mais les zones de combats semble englober des secteurs où aucune activité n'avait été signalée au cours des dernières années, comme Totonicapan, San Lucas Toliman et les autres régions du Quiché, sauf Ixcan et le triangle Ixil (CAR 4 mars 1994b, 6). Au moment où les pourparlers de paix entre les guérilleros et les représentants du gouvernement se déroulaient au Mexique à la fin de mai 1994, on signalait des combats à Quetzaltenango (IPS 27 mai 1994).
Peu après son arrivée au pouvoir, Ramiro de León Carpio a nommé comme chefs de la police nationale et du ministère de l'Intérieur des civils [traduction] « connus par les défenseurs des droits de la personne et jouissant de leur confiance »; ces civils ont ensuite relevé de leurs fonctions les conseillers militaires des chefs des services policiers et ont dissous les patrouilles mixtes police-armée (Human Rights Watch déc. 1993, 101). Ces nouvelles autorités ont travaillé ensemble pour retirer le personnel militaire de la police et pour entrer en pourparlers avec les détracteurs du gouvernement, et ce d'une telle façon que les défenseurs des droits de la personne puissent pour la première fois demander l'assistance de la police (San Francisco Chronicle 28 mars 1994). Même si les nouvelles forces policières sont intervenues dans quelques cas d'abus, elles ont souvent, semble-t-il, négligé d'arrêter les membres de la police et des patrouilles civiles en cause. On signale que les forces de sécurité sont considérées en général comme [traduction] « inefficaces, peu compatissantes et souvent dangereuses », que les crimes font rarement l'objet d'une enquête et qu'ils ne sont [traduction] « guère résolus » dans l'ensemble du pays (CAR 18 mars 1994, 2). A la fin de mars 1994, le nouveau ministre de l'Intérieur et le chef de la police ont été congédiés; le président a nommé un ancien membre du congrès lié à [traduction] « des partis politiques d'extrême-droite ayant des liens avec l'armée » au poste de ministre de l'Intérieur, et le chef du service des renseignements militaires au poste de sous-ministre chargé de la police (San Francisco Chronicle 28 mars 1994; Miami Herald 1er avr. 1994). Le nouveau chef de la police est un avocat peu connu qui comptera apparemment beaucoup sur le sous-ministre (ibid.).
Une des réalisations de Ramiro de León Carpio : la condamnation sans précédent d'un officier de l'armée à 30 ans de prison pour le meurtre d'une anthropologiste, même si la [traduction] « paternité intellectuelle » du crime n'a pas encore été déterminée (CAR 3 déc. 1993, 365; IPS 15 févr. 1994). Toutefois, les personnes qui voulaient pousser plus loin l'enquête ont fait l'objet de menaces et d'intimidation, et l'inspecteur de police qui menait l'enquête a été assassiné (Human Rights Watch déc. 1993, 103; CAR 3 déc. 1993, 365).
La direction de la sécurité présidentielle - connue sous le nom d'« Archivos » (dossiers) -, qui fait partie d'un vaste appareil de sécurité et qui était considérée comme une source de répression politique, a été supprimée en août 1993. Aucune enquête n'a cependant été menée sur ses activités de répression, et ses volumineux dossiers auraient été transférés au service de renseignements de l'armée (Human Rights Watch déc. 1993, 101-102).
Deux nouvelles organisations ont été créées en octobre 1993. L'organisme de coordination des droits de la personne (CONADEHGUA) a été formé le 18 octobre 1993 par les représentants de sept groupes guatémaltèques de défense des droits de la personne (CAR 29 oct. 1993, 328). Le lendemain, à la première assemblée générale des délégués autochtones, les représentants de 14 groupes ethniques mayas créaient un organisme appelé le [traduction] « défenseur des droits des Mayas » (ibid.). Le défenseur des droits des Mayas sera un organisme de coordination pour de nombreux groupes défenseurs des droits mayas, et CONADEHGUA s'occupera de la défense des droits des femmes, des enfants et d'autres groupes vulnérables (ibid.).
En mars 1994, au cours des pourparlers de paix, l'organisation cadre des guérilleros, l'URNG, a signé avec le gouvernement une entente relative à la défense des droits de la personne. Il n'a fallu omettre qu'un seul point important pour que les deux parties tombent d'accord : la création d'une commission responsable des enquêtes sur les violations commises par le passé (Christian Science Monitor 31 mars 1994). Les militaires s'étaient fortement opposés à la mise sur pied d'un tel organisme, prétendant qu'il traiterait injustement les militaires, polariserait la société et ne pourrait pas signaler avec précision les abus, peu documentés, commis par les guérilleros (LP 11 nov, 1993, 6; Miami Herald 5 mars 1994). L'entente intervenue prévoit d'un côté la création d'un groupe des Nations Unies qui surveillera les droits de la personne à l'intérieur du Guatemala, et de l'autre côté un engagement du gouvernement à ne pas amnistier les violateurs des droits de la personne qui ont commis leurs crimes pendant la guerre et [traduction] « à combattre les escadrons de la mort, rendre professionnelles les forces de sécurité... et à interdire l'enrôlement forcé » (Christian Science Monitor 31 mars 1994). Par suite de la signature de l'entente pour la défense des droits de la personne, une délégation des Nations Unies a été envoyée au Guatemala afin [traduction] « de prendre contact et d'effectuer une évaluation primaire de la situation des droits de la personne » (IPS 26 avr. 1994). Le ministère de la défense a annoncé que la démobilisation des patrouilles civiles commencerait en juin 1994 dans les régions où il n'y a pas de conflits armés; le président Ramiro de León Carpio a cependant précisé qu'en général, les patrouilles ne seraient pas éliminées avant la fin du conflit entre le gouvernement et les guérilleros (IPS 15 avr. 1994). Toutefois, on dit que les comités pour la paix et le développement récemment créés, dont les membres bien armés auraient contraint des villageois à joindre leurs rangs, sont le pendant des patrouilles civiles (GHRC 9 juin 1994b).
La conférence des évêques s'est opposée à l'enrôlement forcé (CAR 12 nov. 1993, 341). Même si le service militaire est obligatoire pour les hommes de 18 ans et plus, la Conférence a prié les militaires de mettre fin à leur pratique [traduction] « inhumaine » et [traduction] « brutale » qui consiste à rassembler les jeunes hommes dans les cours d'église, les marchés et les cimetières (ibid.), pratique dont l'Eglise catholique fait partager la responsabilité à la fois au commandement de l'armée et aux commissaires militaires locaux qui agissent de leur propre chef. Elle a aussi préconisé la mise sur pied d'un service social de rechange (ibid.). Malgré l'engagement du gouvernement à interdire l'enrôlement forcé, des jeunes auraient été rassemblés pour faire leur service militaire même très récemment, au début de juin, dans les régions de Quetzaltenango, de Sacatepquez et de Chimaltenango. Quelques-uns de ces jeunes ont été libérés après que leurs parents ont présenté des documents les exemptant du service militaire (GHRC 9 juin 1994a). L'enrôlement forcé a également été attribué par certains aux guérilleros qui forceraient les enfants à joindre leurs rangs et qui se serviraient des villageois comme boucliers (Los Angeles Times 15 mai 1994).
Des mises à jour concernant l'évolution des pourparlers de paix entre le gouvernement et l'URNG et des informations actuelles relatives aux droits de la personne au Guatemala se retrouvent dans la documentation sur le Guetemala contenue dans la Revue de presse indexée de la DGDIR, que l'on peut consulter dans les centres de documentation régionaux.
REFERENCES
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 10 juin 1994. « Guatemala: Keeping the Ship Afloat ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 22 avril 1994. « Guatemala: Insecurity Hits Home ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 15 avril 1994. « Guatemala: Elections Called Amid Turbulence ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 8 avril 1994. « Guatemala: Elections Called Amid Turbulence ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 18 mars 1994. « Guatemala: Another Community Rebels ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 4 mars 1994a. « Guatemala: Military Chief Tosses Political Bomb ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 4 mars 1994b. « Military Activity Steps Up ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 18 février 1994a. « Guatemala: Peace Talks Postponed ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 18 février 1994b. « Guatemala: In Search of Support ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 11 février 1994a. « Guatemala: The Neverending Issue ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 11 février 1994b. « Hardliners in the Wings ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 28 janvier 1994. « Guatemala: New Year Human Rights Debate ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 3 décembre 1993. « Guatemala: Human Rights and Violence for Profit ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 19 novembre 1993. « Guatemala: Minor Reforms Defuse Crisis ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 12 novembre 1993. « Guatemala: The Catholic Church Steps In and Out ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 29 octobre 1993. « Guatemala: Human Rights Organizing ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 22 octobre 1993. « Guatemala: Mired in Violence and Uncertainty ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 15 octobre 1993. « Guatemala: Death Squad Activity Revealed and Denied ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 17 septembre 1993. « Guatemala: Human Rights Still a Major Issue ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 30 juillet 1993. « Guatemala: Peace Talks at a Crossroads ».
Central America Report (CAR) [Guatemala]. 9 juillet 1993. « Guatemala: Significant Changes in the Military ».
Christian Science Monitor [Boston]. 10 juin 1994. David Scanlan. « Guatemalans Disillusioned by President's Record ». (Central America NewsPak [Austin] 30 mai - 12 juin 1994, pp. 7-8)
Christian Science Monitor [Boston]. 31 mars 1994. David Clark Scott. « Progress on Rights Boosts Guatemala's Hopes for Peace ». (Central America NewsPak [Austin] 21 mars - 3 avril 1994, pp. 6-7)
Country Reports on Human Rights Practices for 1993. 1994. United States Department of State. Washington, DC : United States Government Printing Office.
Dallas Morning News. 10 avril 1994. Jacob Bernstein. « Guatemala Officials Link Army to Child-Snatching Rumor ». (Central America NewsPak [Austin] 21 février - 6 mars 1994, p. 7)
GHRC/USA Human Rights Update [Washington, DC]. 9 juin 1994a. No 22. « Hundreds of Youths Forcibly Recruited in Quetzaltenango ». (PEACENET)
GHRC/USA Human Rights Update [Washington, DC]. 9 juin 1994b. No 22. « Campesinos in Petén Pressured to Join Committees of Peace and Development ». (PEACENET)
Houston Chronicle. 3 mars 1994. « Guatemalan Government, Rebel Leaders to Resume Peace Talks ». (Central America NewsPak [Austin] 21 février - 6 mars 1994, p. 7)
Human Rights Watch. Décembre 1993. Human Rights Watch World Report 1994. New York : Human Rights Watch.
Inter Press Service (IPS). 6 juin 1994. Fabiana Frayssinet. « Torture-Murder of Labor Leader Damages Peace Process ». (Central America NewsPak [Austin] 30 mai - 12 juin 1994, p. 7)
Inter Press Service (IPS). 27 mai 1994. « Intense Fighting in the West ». (Central America NewsPak [Austin] 16 - 29 mai 1994, p. 8)
Inter Press Service (IPS). 26 avril 1994. « U.N. Commission to Arrive in Guatemala ». (Central America NewsPak [Austin] 18 avril - 1er mai 1994, p. 8)
Inter Press Service (IPS).15 avril 1994. « Civil Patrols to Begin Demobilization in June ». (Central America NewsPak [Austin] 4-17 avril. 1994, p. 7)
Inter Press Service (IPS). 22 février 1994. « Press Agency Director's Home Bombed ». (Central America NewsPak [Austin] 21 février - 6 mars 1994, p. 7)
Inter Press Service (IPS). 15 février 1994. « Trial For High Military Officials in Mack Case: A Historic Moment ». (Central America NewsPak [Austin] 7-20 février 1994, p. 6)
Inter Press Service (IPS). 25 février 1993. Juan Ramon Duran. « Former Agent Tells of Police and Army Corruption ». (Central America NewsPak [Austin] 22 février - 7 mars 1993, pp. 7-8)
La Jornada [Mexico]. 29 avril 1994. « Guatemala to Have Legislative Election in August ». (Central America NewsPak [Austin] 18 avril - 1er mai 1994, p. 9)
La Jornada [Mexico]. 27 février 1994. « Coup Possible in Guatemala, Says CGTG Leader ». (Central America NewsPak [Austin] 21 février - 6 mars 1994, p. 7)
La Jornada [Mexico]. 17 février 1994. « Church Identifies More Human Rights Violations in Guatemala ». (Central American NewsPak [Austin] 7-20 février 1994, p. 7)
Latinamerica Press (LP) [Lima]. 3 février 1994. Trish O'Kane. « Guatemalans Ignore Referendum En Masse ».
Latinamerica Press (LP) [Lima]. 30 décembre 1993. Trish O'Kane. « Guatemalan 'Dirty War' Continues ».
Latinamerica Press (LP) [Lima]. 11 novembre 1993. Trish O'Kane. « Truth Commission Unlikely in Guatemala ».
Latin American Weekly Report (LAWR) [Londres]. 10 mars 1994. « Grim IAPA Report Highlights the Cost (to the Press) of Reporting on the Region ».
Latin American Weekly Report (LAWR) [Londres]. 24 février 1994. « Talks to Await Geneva 'Battle' ».
Los Angeles Times. 15 mai 1994. Tracy Wilkinson. « Rights Still at Risk for Guatemalans ». (Central America NewsPak [Austin] 16-29 mai 1994, pp. 3-4)
Miami Herald. 14 avril 1994. Tim Johnson. « Attacks Lead to Guatemalan Tourism Crisis ». (Central America NewsPak [Austin] 18 avril - 1er mai 1994, p. 7)
Miami Herald. 1er avril 1994. Tim Johnson. « Unrest Mars Guatemala's Path to Peace ». (Central America NewsPak [Austin] 4-17 avril 1994, p. 5)
Miami Herald. 15 mars 1994. « Guatemala Vows to Keep Press Free ». (Central America NewsPak [Austin] 21 mars - 3 avril 1994, p. 5)
Miami Herald. 5 mars 1994. Edward Orlebar. « Guatemalan Army Practices Charm in Battle for the Heart ». (Central America NewsPak [Austin] 7-20 mars 1994, p. 5)
Miami Herald. 17 février 1994. Tim Johnson. « Guatemala Losing Faith in Leader ». (Central America NewsPak [Austin] 21 février - 6 mars 1994, pp. 5-6)
San Francisco Chronicle. 28 mars 1994. Trish O'Kane. « A Setback to Move to Greater Democracy ». (Central America NewsPak [Austin] 4-17 avril 1994, p. 4)
San Francisco Chronicle. 2 février 1994. « Paltry Turnout in Guatemalan Referendum Further Undermines President ». (Central America NewsPak [Austin] 7-20 février 1994, p. 4)
Disclaimer: This document is published with the permission of the copyright holder and producer Immigration and Refugee Board of Canada (IRB). The original version of this document may be found on the offical website of the IRB at http://www.irb-cisr.gc.ca/en/. Documents earlier than 2003 may be found only on Refworld.
This is not a UNHCR publication. UNHCR is not responsible for, nor does it necessarily endorse, its content. Any views expressed are solely those of the author or publisher and do not necessarily reflect those of UNHCR, the United Nations or its Member States.