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Haïti : fréquence des enlèvements contre rançon; groupes ciblés par les kidnappeurs; mesures prises par les autorités pour lutter contre les enlèvements (2010-2012)

Publisher Canada: Immigration and Refugee Board of Canada
Publication Date 22 May 2012
Related Document Haiti: Frequency of kidnappings for ransom; groups targeted by kidnappers; measures taken by the authorities to fight kidnappings (2010-2012)
Cite as Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, Haïti : fréquence des enlèvements contre rançon; groupes ciblés par les kidnappeurs; mesures prises par les autorités pour lutter contre les enlèvements (2010-2012), 22 May 2012, available at: http://www.refworld.org/docid/4fead6392.html [accessed 25 July 2014]
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1. Enlèvements contre rançon

Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches le 27 avril 2012, le directeur de l'Institut pour la justice et la démocratie en Haïti (Institute for Justice and Democracy in Haiti - IJDH), un organisme situé à Boston qui défend les droits de la personne et offre de l'assistance juridique en Haïti (s.d.), a expliqué que la très grande majorité des enlèvements en Haïti sont commis dans le but d'obtenir une rançon. De même, deux autres sources signalent que la plupart des cas d'enlèvement sont résolus par le versement d'une rançon (É.-U. 11 mars 2012; Canada 1er mars 2012). Par ailleurs, plusieurs sources constatent que les victimes d'enlèvement peuvent subir d'autres formes de violence, y compris de la violence physique (France 16 févr. 2012; É.-U. 11 mars 2012) et sexuelle (ibid.), se faire tuer (ibid.; Canada 1er mars 2012) ou disparaître (ibid.).

2. Nombre d'enlèvements

D'après la communication écrite du directeur de l'IJDH, les enlèvements sont devenus moins fréquents que durant la période allant de 2004 à 2006, mais demeurent [traduction] « assez courants » (27 avr. 2012). Dans son rapport sur le crime et la sécurité en Haïti publié en mars 2012, le Bureau de la sécurité diplomatique (Bureau of Diplomatic Security) des États-Unis affirme également que le nombre d'enlèvements a diminué par rapport aux années 2005 et 2006, mais note qu'ils sont plus imprévisibles et se produisent dans plus de régions qu'avant (É.-U. 11 mars 2012). Le directeur de l'IJDH a souligné que les enlèvements sont rarement signalés, expliquant que les kidnappeurs déconseillent aux familles des victimes de signaler le rapt à la police (IJDH 27 avr. 2012). Le Bureau de la sécurité publique des États-Unis affirme également que les crimes sont rarement signalés (É.-U. 11 mars 2012). Plusieurs sources affirment qu'un plus grand nombre de cas ont été enregistrés en 2010 qu'en 2009 (ibid.; The Miami Herald 1er sept. 2010; Haïti Libre 2 sept. 2010). Selon le rapport du Bureau de la sécurité diplomatique des États-Unis, 121 cas ont été enregistrés en 2010, 73 en 2009 et 266 en 2008 (É.-U. 11 mars 2012). On peut lire dans le même rapport que les enlèvements auraient augmenté au second semestre de 2010, après que les évadés des prisons détruites par le séisme de janvier 2010 ont eu le temps de se regrouper (ibid.). Par contre, un article publié par le journal canadien La Presse estime que le nombre d'enlèvements n'a pas « explosé » depuis le séisme (7 janv. 2012).

Plusieurs médias font état d'enlèvements en 2011 (Signal FM Haïti 15 avr. 2011; Le Nouvelliste 26 août 2011; Haïti Libre 30 août 2011; Radio Métropole Haïti 20 déc. 2011; Radio Kiskeya 26 déc. 2011). Par exemple, deux journaux signalent que des kidnappeurs ont enlevé un Américain d'origine haïtienne à son domicile en août 2011 et ont réclamé une rançon de 300 000 dollars (The Guardian 31 août 2011; Haïti Libre 30 août 2011). La victime aurait été libérée par la Police nationale d'Haïti sans qu'un sou n'ait été versé (ibid.; The Guardian 31 août 2011). Selon l'International Crisis Group, il y a eu une augmentation du nombre de signalements d'enlèvement en 2011 (8 sept. 2011, 1). Radio Kiskeya, située à Port-au-Prince (s.d.), affirme également que les enlèvements étaient « en nette recrudescence » à Port-au-Prince en novembre 2011 (26 déc. 2011). En mars 2012, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), un organisme situé à Port-au Prince qui promeut les droits de la personne et l'État de droit en Haïti (s.d.), s'est déclaré « profondément préoccupé par la recrudescence dans le pays, particulièrement dans la zone métropolitaine, des actes d'insécurité et de violence » dont les enlèvements et les séquestrations contre rançon (15 mars 2012, 1).

Des sources affirment que le nombre d'enlèvements augmente en Haïti avant la saison des fêtes (The Guardian 31 août 2011; É.-U. 11 mars 2012). Selon le rapport du Bureau de la sécurité diplomatique des États-Unis, cette augmentation, qu'on remarque également avant la rentrée scolaire, serait causée par le fait que l'on pense que les gens ont plus d'argent comptant à la maison pendant ces périodes, pour payer les cadeaux et les frais de scolarité (ibid.).

3. Groupes ciblés

Selon le Bureau des affaires consulaires (Bureau of Consular Affairs) des États-Unis, les victimes d'enlèvement ne sont pas ciblées selon leur métier, leur nationalité, leur race, leur sexe ou leur âge (É.-U. 8 août 2011). Le rapport du Bureau de la sécurité diplomatique des États-Unis affirme que, parmi les victimes des dernières années, on trouve un nombre à peu près égal d'hommes, de femmes, et d'enfants (11 mars 2012). D'après le rapport du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, les citoyens haïtiens, quelle que soit leur classe sociale, courent le risque d'être victime d'un enlèvement (1er mars 2012). Par contre, d'autres sources affirment que les Haïtiens de la classe moyenne ou supérieure, ou ceux qui sont considérés comme ayant plus de moyens, courent un plus grand risque (É.-U. 11 mars 2012; IJDH 27 avr. 2012; Haïti Libre 2 sept. 2010). Cependant, le directeur de l'IJDH a souligné que la plupart des victimes de crimes, y compris les victimes d'enlèvement, sont des pauvres, alors que les riches ont des services de sécurité pour les protéger (27 avr. 2012).

Plusieurs sources font état d'enlèvements d'étrangers (France 16 févr. 2012; Canada 1er mars 2012; É.-U. 8 août 2011; The Miami Herald 1er sept. 2010; Haïti Libre 30 août 2011; Reuters 9 mars 2012). Un rapport du ministère des Affaires étrangères et européennes de la France signale qu'environ 10 p. 100 des victimes sont des ressortissants étrangers (16 févr. 2012). De même, le porte-parole de la police des Nations Unies en Haïti, cité dans deux journaux, a déclaré que 83 p. 100 des victimes d'enlèvement entre janvier et août 2010 étaient des Haïtiens, tandis que 17 p. 100 étaient des étrangers (The Miami Herald 1er sept. 2010; Haïti Libre 2 sept. 2010).

Selon le Bureau de la sécurité diplomatique des États-Unis, il y a eu depuis 2010 une augmentation des cambriolages de domicile dans le but de commettre à la fois des enlèvements et des vols (É.-U. 11 mars 2012). Des sources signalent que les kidnappeurs ciblent les quartiers plus riches, tels que Pèlerin et Thomassin, au sud de Pétionville (ibid.; The Miami Herald 1er sept. 2010).

Le Bureau de la sécurité diplomatique souligne également le « problème sérieux » que constitue le vol de voiture commis en même temps qu'un enlèvement (É.-U. 11 mars 2012). Ainsi, des sources haïtiennes signalent que sept personnes qui se déplaçaient en véhicule ont été enlevées par des bandits armés en 2010 (Haïti Libre 2 sept. 2010; Radio Kiskeya 1er sept. 2010). Selon le journal Haïti Libre, les kidnappeurs auraient réclamé une rançon de 150 000 dollars pour la libération d'une des victimes (2 sept. 2010). En mars 2012, des camionneurs dominicains ont bloqué un point de passage frontalier entre Haïti et la République dominicaine pour protester contre les enlèvements récents de trois chauffeurs de camion dominicains en Haïti et le manque de sécurité en général pour les chauffeurs (Reuters 9 mars 2012; Puerto Rico Daily Sun 12 mars 2012).

3.1 Enlèvements politiques

Selon le Bureau de la sécurité diplomatique des États-Unis, la majorité des enlèvements sont motivés par des raisons de nature criminelle plutôt que politique (É.-U. 11 mars 2012). Toutefois, l'International Crisis Group fait état de plusieurs cas d'enlèvement et de meurtre non résolus entre 2009 et 2011 qui sont [traduction] « fréquemment qualifiés de meurtres politiques » (8 sept. 2011, 3). En septembre 2010, le Miami Herald a écrit que certaines sources, dont l'ONU, croyaient que les politiciens engageaient des gangs pour commettre des enlèvements contre rançon afin d'obtenir des fonds pour engager des manifestants pendant les élections (1er sept. 2010). Parmi les sources qu'elle a consultées, la Direction des recherches n'a trouvé aucun autre renseignement allant dans le même sens.

4. Mesures prises par les autorités

Selon les Country Reports on Human Rights Practices for 2010 publiés par le Département d'État des États-Unis, la réforme policière s'est traduite par une « amélioration considérable » de la cellule contre l'enlèvement de la Police nationale d'Haïti en 2010 (8 avr. 2011, 7). Des sources signalent que la police réussit parfois à arrêter des kidnappeurs et à libérer des otages (Radio Métropole Haïti 13 déc. 2011; ibid.20 déc. 2011; Radio Kiskeya 26 déc. 2011; IJDH 27 avr. 2012). Cependant, des sources affirment également que certains membres de la police ont été impliqués dans des enlèvements (ibid.; É.-U. 8 avr. 2011, 3). De plus, le RNDDH déclare que « les autorités haïtiennes ne semblent pas évaluer l'ampleur de la situation en vue [d']apporter les réponses appropriées [aux actes d'insécurité et de violence organisée] » (15 mars 2012, 1).

Pour plus de renseignements sur la criminalité en Haïti, veuillez consulter la réponse à la demande d'information HTI104083.

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références

Canada. 1er mars 2012. Affaires étrangères et Commerce international Canada. « Travel Report: Haïti ». [Date de consultation : 26 avr. 2012]

États-Unis (É.-U.). 11 mars 2012. Bureau of Diplomatic Security, Department of State. Haiti 2012 Crime and Safety Report. [Date de consultation : 26 avr. 2012]

_____. 8 août 2011. Bureau of Consular Affairs, Department of State. « Travel Warning: Haiti ». [Date de consultation : 25 avr. 2012]

_____. 8 avril 2011. Department of State. « Haiti ». Country Reports on Human Rights Practices for 2010. [Date de consultation : 26 avr. 2012]

France. 16 février 2012. « Conseils aux voyageurs : Haïti ». [Date de consultation : 24 avr. 2012]

The Guardian [Londres]. 31 août 2011. « Haitian Police Free Kidnapped American Citizen ». [Date de consultation : 26 avr. 2012]

Haïti Libre. 30 août 2011. « Insécurité : toujours sans nouvelle de l'Américain enlevé vendredi ». [Date de consultation : 24 avr. 2012]

_____. 2 septembre 2010. « Haïti - Insécurité : 8 nouveaux kidnappings en 7 jours ». [Date de consultation : 24 avr. 2012]

Institute for Justice and Democracy in Haiti (IJDH). 27 avril 2012. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches par le directeur.

_____. S.d. « What We Do ». [Date de consultation : 4 mai 2012]

International Crisis Group. 8 septembre 2011. Keeping Haiti Safe: Police Reform. Latin America/Caribbean Briefing No. 26. [Date de consultation : 18 mai 2012]

The Miami Herald. 1er septembre 2010. Trenton Daniel. « Violence Mars Haiti's Recovery: The Number of Kidnappings in the Hills Above Port-au-Prince Has Increased as Haiti Stands at a Political Crossroads ». (Factiva)

Le Nouvelliste [Port-au-Prince]. 26 août 2011. Roberson Alphonse. « Rapts et frayeur sur la capitale ». [Date de consultation : 25 avr. 2012]

La Presse [Montréal]. 7 janvier 2012. Étienne Côté-Paluck. « Quatre mythes sur Haïti déboulonnés ». [Date de consultation : 10 avr. 2012]

Puerto Rico Daily Sun. 12 mars 2012. « Dominican Truckers Protest Halts Haiti Traffic ». [Date de consultation : 3 mai 2012]

Radio Kiskeya. 26 décembre 2011. « Un otage de 10 ans enlevé la veille de Noël en sa résidence à Pétion Ville, libéré par la police ». [Date de consultation : 26 avr. 2012]

_____. 1er septembre 2010. « L'assassinat en Haïti d'un fonctionnaire américain, très commenté en Floride ». [Date de consultation : 4 mai 2012]

_____. S.d. « Contactez-nous ». [Date de consultation : 4 mai 2012]

Radio Métropole Haïti. 20 décembre 2011. « Arrestation d'un des ravisseurs d'un important homme d'affaires ». [Date de consultation : 24 avr. 2012]

_____. 13 décembre 2011. « La sécurité publique, principal enjeu en cette fin d'année ». [Date de consultation : 24 avr. 2012]

Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). 15 mars 2012. « Le RNDDH tire la sonnette d'alarme sur la dégradation de la situation sécuritaire du pays ». [Date de consultation : 4 mai 2012]

_____. S.d. « Vision et mission du RNDDH ». [Date de consultation : 4 mai 2012]

Reuters. 9 mars 2012. « Dominican Truckers Protest Kidnappings in Haïti ». [Date de consultation : 26 avr. 2012]

Signal FM Haïti. 15 avril 2011. « Multiplication des cas d'enlèvements et d'arrestations à Port-au-Prince ». [Date de consultation : 25 avr. 2012]

Autres sources consultées

Sources orales : Les tentatives faites pour joindre un représentant du Réseau national de défense de droits humains ont été infructueuses. Un journaliste haïtien n'a pas fourni d'information dans les délais fixés pour la présente réponse

Sites Internet, y compris : Brookings-Bern Project on Internal Displacement; Canadian Foundation for the Americas; defend.ht; ecoi.net; Human Rights Watch; Interpol; Miami New Times; Nations Unies — Centre d'actualités de l'ONU, Réseaux d'information régionaux intégrés, Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti, Refworld, Conseil de sécurité; Organisation des États américains; Police nationale d'Haïti; The Wall Street Journal.

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