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Iran : traitement réservé aux lesbiennes

Publisher Canada: Immigration and Refugee Board of Canada
Author Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié, Canada
Publication Date 16 July 1999
Citation / Document Symbol IRN31893.EF
Reference 2
Cite as Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, Iran : traitement réservé aux lesbiennes, 16 July 1999, IRN31893.EF, available at: http://www.refworld.org/docid/3df4bef1c.html [accessed 23 July 2014]
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L'information suivante a été obtenue le 30 mai 1999 au cours d'un entretien téléphonique avec une sociologue iranienne du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), à Paris (France). Cette dernière est aussi chargée de conférences à l'Université Sorbonne Nouvelle – Paris III et voyage fréquemment en Iran pour effectuer des recherches sur le terrain. Elle était en Iran pendant l'été 1998 et a publié divers articles sur l'Iran et les Iraniennes dans Le Monde diplomatique et dans divers journaux universitaires comme la Revue française de sciences politiques, le British Journal of Middle Eastern Studies et Les Cahiers de l'Orient.

La sociologue affirme qu'il y a des lesbiennes en Iran, comme dans nombre d'autres sociétés dans le monde : le lesbianisme est un phénomène courant, qui existe depuis longtemps. Elle ajoute que de nombreuses Iraniennes expérimentent le lesbianisme pour satisfaire leurs pulsions sexuelles avant de se marier. Cette situation résulte du code de conduite sévère qui régit les relations entre hommes et femmes en Iran, où il est plus facile et socialement acceptable de côtoyer des personnes du même sexe. Les femmes issues de familles traditionalistes sont plus susceptibles d'expérimenter des relations homosexuelles que celles issues de familles libérales, en raison des règles strictes qui régissent leur comportement envers les hommes. Par exemple, les jeunes femmes issues de familles traditionalistes sont souvent confinées au domicile familial et ne peuvent fréquenter que d'autres femmes. La sociologue avance que bon nombre d'Iraniennes ne sont pas nécessairement satisfaites des rapports sexuels qu'elles ont avec leur mari et, puisqu'elles ne peuvent pas avoir de liaisons extraconjugales avec d'autres hommes, elles ont tendance à chercher satisfaction du côté des femmes, ce qui est moins risqué.

Il est vraiment difficile de [traduction] « reconnaître » une lesbienne en public, car en Iran, les femmes se tiennent par la main et s'embrassent devant les autres.

La sociologue n'a eu connaissance d'aucune arrestation, détention ou poursuite mettant en cause des lesbiennes en Iran. En ce qui a trait à l'homosexualité chez les hommes, les autorités de l'Iran considèrent qu'il y a [traduction] « viol » quand il y a pénétration : un homme commet l'acte tandis que l'autre en est victime. En ce qui concerne le lesbianisme, il est extrêmement difficile d'appliquer le concept de [traduction] « viol », puisqu'il n'y a pas de pénétration [traduction] « naturelle ».

En principe, il faut quatre témoins de sexe masculin afin de poursuivre une femme pour lesbianisme. En effet, on ne tient pas compte du témoignage des femmes dans les affaires de viol. En conséquence, il serait très difficile de poursuivre des lesbiennes en Iran et peu probable qu'on le fasse, car dans une société si ségréguée, les hommes ne peuvent être témoins de rapports sexuels entre femmes. Même si elles en connaissent l'existence, les autorités iraniennes se soucient peu du lesbianisme. Elles continueront de fermer les yeux tant et aussi longtemps que le lesbianisme ne sera pas étalé au grand jour et qu'il ne remettra pas en question l'institution sociale du mariage. Un spécialiste de l'Iran, chercheur à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris (EHESS), a corroboré cette information (14 juill. 1999).

Selon lui, il est impossible de reconnaître une lesbienne dans la rue, puisque les Iraniennes se tiennent par la main, s'embrassent et ont des contacts physiques en public, ce qui n'entraîne pas de problèmes (ibid.). En effet, il s'agit d'un comportement social accepté en Iran (ibid.). Le spécialiste a ajouté qu'au cours de la dernière décennie, il n'a eu connaissance d'aucune arrestation, poursuite ou exécution fondée sur le lesbianisme en Iran (ibid.).

Selon le directeur de l'Institut d'études iraniennes de l'Université de Paris III, le lesbianisme n'est pas accepté en Iran (12 juill. 1999). Au cours de la dernière décennie, le directeur n'a toutefois eu connaissance d'aucune arrestation, poursuite ou exécution mettant en cause des lesbiennes en Iran (ibid.). Ses dires corroborent l'information fournie par la sociologue iranienne quant au peu d'intérêt que portent les autorités iraniennes au lesbianisme, tant qu'il n'ébranle ni la structure sociale ni la famille (ibid.). Le directeur ajoute que tout comme l'homosexualité chez les hommes, le lesbianisme est courant dans une société comme celle de l'Iran, où les relations entre hommes et femmes sont strictement régies par les traditions (ibid.). Le lesbianisme sera toléré tant et aussi longtemps qu'il se pratiquera dans l'intimité (ibid.).

Selon un représentant d'Homan-Los Angeles, un groupe créé à Stockholm (Suède) en 1990 pour défendre les droits des gais et des lesbiennes en Iran, il y a bel et bien des lesbiennes en Iran (11 juin 1999). Ce représentant base en partie ses dires sur des discussions avec des lesbiennes et des gais iraniens aux États–Unis. La collectivité iranienne n'accepte pas bien le lesbianisme (ibid.). Le représentant admet que bien des jeunes Iraniennes ont des relations avec d'autres femmes avant de se marier sans pour autant être des lesbiennes (ibid.). Les femmes iraniennes, tout comme les hommes, font preuve en public de sensualité les unes envers les autres, en se tenant par la main par exemple, ce qui ne veut pas nécessairement dire que ce sont des lesbiennes (ibid.). Le représentant ne sait pas si des Iraniennes ont été poursuivies pour lesbianisme au cours des dix dernières années (ibid.). Il ne peut non plus donner aucune information sur les prescriptions de la loi quant aux preuves à apporter au tribunal pour poursuivre quelqu'un pour lesbianisme en Iran (ibid.). Le représentant, s'appuyant sur sa connaissance de la culture et de la politique iraniennes et non sur des cas de lesbiennes arrêtées par les autorités, croit que les lesbiennes qui seraient [traduction] « prises sur le fait » seraient jugées plus sévèrement que les hétérosexuels qui auraient des relations sexuelles avant le mariage (ibid.).

Les articles qui ont trait aux lesbiennes en Iran sont rares. Ils ne fournissent que des généralités sur l'illégalité du lesbianisme et de l'homosexualité masculine en Iran ainsi que sur les châtiments théoriques qui y sont associés. Aucun article contenant des renseignements sur des cas concrets de poursuites et sur les peines imposées n'a pu être trouvé.

Dans son rapport annuel de 1996–1997, l'Association lesbienne et gay internationale (ILGA) énonce que :

[traduction]

le lesbianisme est illégal en Iran. Il est passible de peines allant de 100 coups de fouet sur les pieds jusqu'à la mort.

Selon un article daté du 6 novembre 1995 publié dans le New Jersey Law Journal :

[traduction]

une personne reconnue coupable pour la première fois d'homosexualité en Iran recevra 100 coups de fouet. Elle recevra une autre peine de 100 coups de fouet à la deuxième et à la troisième infraction – y compris si elle adopte un comportement qui peut éveiller les soupçons des autorités.

Dans Sexuality and Eroticism Among Males in Moslem Societies, Arno Schmitt et Jehoeda Sofer affirment :

[traduction]

[qu']on ne connaît presque rien des comportements sexuels entre femmes (musahaqa). Selon la loi musulmane, il s'agit de relations extraconjugales, donc d'adultère, entraînant les conséquences déjà exposées. Toutefois, puisqu'il n'y a pas pénétration, la peine se limite théoriquement à 100 coups de fouet. En pratique, le lesbianisme est jugé relativement peu important, parce qu'il est habituellement pratiqué de façon discrète (1992, 186-187).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié.

Références

Association lesbienne et gay internationale (ILGA). 1997. Annual Report 1996/97. [Internet] [Date de consultation : 29 avr. 1999]

Chercheur, Écoles des hautes études en sciences sociales de Paris, France. 14 juillet 1999. Entretien téléphonique.

Directeur, Institut d'études iraniennes, Université de Paris III, France. 12 juillet 1999. Entretien téléphonique.

Homan Los Angeles, États-Unis. 11 juin 1999. Entretien téléphonique avec un représentant.

New Jersey Law Journal. 6 novembre 1995. Keith Donoghue. « New Willingness to Grant Asylum to Gays, Lesbians ». (NEXIS)

Sexuality and Eroticism Among Males in Moslem Societies. 1992. Sous la direction d'Arno Schmitt et de Jehoeda Sofer. New York, NY : Harrington Park Press.

Sociologue, Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Paris, France. 30 mai 1999. Entretien téléphonique.

Autres sources consultées

Sources électroniques : WNC, Internet, LEXIS-NEXIS

Homan Magazine. 1996-1999

Trois sources orales n'avaient pas d'information sur le sujet.

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