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Amnesty International Rapport 2008 - République centrafricaine

Publisher Amnesty International
Publication Date 28 May 2008
Cite as Amnesty International, Amnesty International Rapport 2008 - République centrafricaine, 28 May 2008, available at: http://www.refworld.org/docid/4842723e46.html [accessed 20 December 2014]
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République Centrafricaine
Chef de l'ÉtatFrançois Bozizé
Chef du gouvernementElie Doté
Peine de mortabolie en pratique
Population4,2 millions
Espérance de vie43,7 ans
Mortalité des moins de cinq ans (m/f ‰)183 / 151 ‰
Taux d'alphabétisation des adultes48,6 %

Des groupes armés, des soldats des forces régulières et des bandes de délinquants ont tué des civils, détruit et brûlé des biens et des maisons, pillé, enlevé et violé en toute impunité. Pour fuir les violences et les atteintes aux droits humains, des dizaines de milliers de civils du nord de la République centrafricaine ont continué de se réfugier dans le sud du Tchad, au Cameroun et dans d'autres pays voisins.

Contexte

Les autorités de la République centrafricaine ont subi toute l'année des pressions d'organisations locales et internationales en vue de trouver une solution pacifique au conflit qui opposait, depuis le milieu de 2005, les forces gouvernementales aux groupes armés. Grâce à la médiation de la Libye, le gouvernement a signé en février un accord de paix avec le Front démocratique pour le peuple centrafricain (FDPC). Le 1er avril, un autre accord a été conclu avec l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR). À la fin de l'année 2007, ces deux protocoles n'étaient toujours pas mis en œuvre dans leur intégralité, bien que les autorités aient libéré 18 membres présumés de l'UFDR. En décembre, le président Bozizé a mis en place un organe consultatif pour le dialogue national.

Les forces gouvernementales, et notamment la garde présidentielle, ont été accusées d'avoir tué de nombreux civils ; quant aux groupes armés, ils enlevaient et tuaient ceux qui refusaient de les soutenir.

Des bandits armés appelés zaraguinas, dont certains sont d'anciens soldats démobilisés de la République centrafricaine et d'autres pays, ont dévalisé, blessé ou tué des voyageurs et enlevé des adultes et des enfants afin d'obtenir des rançons.

L'insécurité généralisée dans le nord du pays a provoqué des déplacements de masse de centaines de milliers de personnes, qui ont été privées d'aide humanitaire ou n'avaient qu'un accès limité à celle-ci.

Homicides illégaux commis par les forces gouvernementales

À la suite d'attaques menées par des groupes armés contre les forces gouvernementales et des installations de l'État dans le nord du pays, la garde présidentielle et d'autres forces de sécurité ont lancé des expéditions punitives contre la population locale, incendié des maisons, et tué ou blessé des habitants. Des membres présumés de groupes armés ont été arrêtés et, dans bien des cas, exécutés sommairement. De nombreux habitants ont fui dans la brousse et s'y sont cachés pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

  • Yacoub Ahmat Mahmat a fui Paoua après que des soldats du gouvernement eurent détruit des maisons, dérobé de l'argent, battu des habitants, enlevé trois personnes et tué l'une d'entre elles, à titre de représailles à la suite d'une attaque par un groupe armé le 6 janvier. Le 12 février, après les attaques, 15 zaraguinas ont volé 15 têtes de bétail appartenant à Yacoub Ahmat Mahmat.
  • Raymond Djasrabaye fait partie des nombreux villageois de Beboura (Paoua) qui ont été tués ou blessés lors d'une attaque perpétrée en mars par les forces gouvernementales. Son père et sa mère ont trouvé la mort. Raymond Djasrabaye a reçu une balle dans le bras, qui s'est ensuite gangréné. Il a fui au Tchad, où il a dû subir une amputation.

Des soldats des Forces armées centrafricaines (FACA, l'armée régulière), et notamment des membres de la garde présidentielle, ont procédé à des exécutions extrajudiciaires : ils ont tué des personnes soupçonnées d'appartenance à des groupes d'opposition armés.

  • Le 5 janvier, des soldats des FACA ont exécuté en public, au marché de Kaga Bandoro, deux hommes âgés de vingt-deux et vingt-sept ans. Ils auraient paradé dans les rues en exhibant leurs cadavres, et auraient posé près des corps. À la connaissance d'Amnesty International, le gouvernement n'a pris aucune mesure contre les soldats ayant commis ces actes, ni contre l'officier qui les commandait.

Dans le nord de la République centrafricaine, les FACA ont incendié des maisons en réponse aux attaques contre les forces gouvernementales. Au début de l'année 2007, plus de 2 000 maisons auraient été brûlées entre Kaga Bandoro et Ouandago, ce qui aurait provoqué le déplacement de plus de 10 000 personnes. Les soldats de l'armée régulière ont pillé les propriétés et brûlé ce qu'ils ne pouvaient pas emporter.

  • Les 27 et 28 janvier, des membres de la garde présidentielle basée à Bossangoa auraient incendié neuf villages situé sur l'axe Bozoum – Paoua – Pende, exécuté sommairement sept civils désarmés, voire plus, et attaché un homme à un silo à grain avant de le brûler vif. Selon certaines informations, des membres de la garde présidentielle obéissant au même supérieur ont abattu deux catéchistes catholiques dans le village de Bozoy III. Dix autres personnes au moins auraient été tuées par des membres de la garde présidentielle le long de l'axe Paoua – Bozoum.

Homicides illégaux commis par les groupes armés

Des organisations humanitaires et des associations de défense des droits humains, ainsi que des réfugiés présents dans le sud du Tchad, ont signalé que des groupes armés avaient attaqué des civils sans armes dans le nord de la République centrafricaine. Les victimes étaient accusées d'avoir collaboré avec le gouvernement, ou d'avoir soutenu ce dernier.

  • Le 19 mars, alors qu'il rentrait chez lui depuis Letele (Bocaranda), Djibrilla Adamou a été battu par des hommes armés à qui il avait refusé de remettre de l'argent. Il était si gravement blessé que ses agresseurs l'auraient laissé pour mort.
  • Le 11 juin, un membre de l'Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD), un groupe armé, a abattu une bénévole française de Médecins sans frontières (MSF). Selon certaines informations, l'APRD a par la suite déclaré que cet homicide était une erreur imputable à l'un de ses combattants. Le groupe aurait exécuté ce dernier sans lui accorder un procès équitable.

En janvier, plus de 50 individus –  des zaraguinas, semble-t-il  – en tenue de camouflage et le visage masqué par des turbans auraient attaqué les habitants du village de Voudou, le long de l'axe Bozoum – Bossangoa, et tué quatre civils.

Enlèvements d'enfants et d'adultes

Des bandits armés ont enlevé un grand nombre d'enfants et d'adultes, notamment dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Le gouvernement n'a pour ainsi dire rien fait pour empêcher ces enlèvements ou en arrêter les auteurs.

La plupart des victimes appartenaient à l'ethnie mbororo, ciblée car ses membres sont des éleveurs qui peuvent vendre leur bétail pour payer des rançons, ce qui n'est pas le cas des simples fermiers.

Certaines personnes ont été enlevées parce que des membres de leur famille avaient mené des actions contre les zaraguinas. L'épouse d'un dirigeant mbororo, Souley Garga, a été kidnappée à la fin de l'année 2006 et gardée en otage jusqu'en avril 2007. Pour obtenir sa libération, Souley Garga aurait payé une rançon de quatre millions de francs CFA (environ 6 000 euros). Trois hommes avaient été enlevés à la même époque et se trouvaient toujours, avec d'autres, aux mains des zaraguinas, qui exigeaient une somme de neuf millions de francs CFA (environ 13 000 euros) pour leur libération.

La plupart des personnes enlevées étaient des enfants mbororos. Certaines ont été kidnappées à plusieurs reprises, jusqu'à ce que leurs familles, n'ayant plus de ressources pour payer les rançons, prennent la fuite.

  • Des zaraguinas ont enlevé deux des enfants de Weti Bibello en 2005, puis de nouveau l'un d'eux à la fin 2006. Au début de l'année 2007, des membres d'un groupe politique armé et des zaraguinas ont volé la plupart des 150 têtes de bétail qui lui restaient. En janvier, plusieurs de ses proches ont été tués par un groupe d'opposition armé. Craignant de nouvelles attaques, Weti Bibello et sa famille se sont réfugiés au Tchad en avril.
  • Un jour de février, à quatre heures du matin, des zaraguinas ont enlevé Mahmoud Damsi, âgé de dix ans, et plusieurs autres enfants. Ibrahim Damsi, le père de Mahmoud, a payé 550 000 francs CFA (environ 800 euros) pour la libération de son fils, après avoir vendu un grand nombre de ses vaches. Les zaraguinas l'ont violemment battu quand ils se sont rencontrés pour le paiement de la rançon.
  • Fatimatou, fille d'Ousmane Bi Yunusa, a été enlevée en janvier. Pour payer sa rançon, son père a dû vendre la dernière vache qu'il possédait. Cette enfant âgée de cinq ans a été libérée après un mois de captivité.

Des bandits armés ont également pris pour cible les représentants d'organisations humanitaires. Le 19 mai, deux personnes travaillant pour l'ONG italienne Cooperazione Internazionale (COOPI) ont été enlevées par des zaraguinas sur la route reliant Bozoum à Bocaranga. Elles ont été libérées le 29 mai. En septembre, des zaraguinas ont enlevé plusieurs employés du bureau des Nations unies en République centrafricaine (BONUCA) et les ont gardés captifs pendant une courte période. Ils ont également dérobé leurs biens.

Réfugiés et personnes déplacées

Plus de 200 000 personnes déplacées ont abandonné leur maison, leurs réserves de nourriture et leurs autres biens, qui ont souvent été pillés ou détruits par des soldats, des groupes armés ou des bandits. Ces personnes n'avaient qu'un accès limité à l'assistance humanitaire, et nombre d'entre elles sont mortes en tentant de survivre dans un milieu naturel hostile, sans soins médicaux appropriés.

À la fin de l'année, on comptait 50 000 réfugiés de République centrafricaine dans le sud du Tchad, plus de 26 000 au Cameroun, et plusieurs milliers au Soudan. Dans le sud du Tchad, les réfugiés n'avaient qu'un accès limité aux soins de santé et à l'assistance humanitaire. Par ailleurs, leur approvisionnement en nourriture était insuffisant. Au Cameroun, les réfugiés étaient privés d'assistance humanitaire et dépendaient essentiellement de l'aide fournie par la population locale et de la vente des animaux qu'ils avaient pu emporter dans leur fuite.

Liberté d'expression

Le 12 mars, Michel Alkhaly Ngady, directeur d'un journal et président du Groupement des éditeurs de la presse privée et indépendante de Centrafrique (GEPPIC), a été arrêté après avoir été accusé de diffamation par le Haut Conseil de la Communication. Un tribunal l'a reconnu coupable de diffamation et l'a condamné à une peine d'emprisonnement de soixante-trois jours.

Documents d'Amnesty International

  • République centrafricaine. Les civils en danger dans le nord incontrôlé (AFR 19/003/2007).
  • République centrafricaine. Dans le nord en proie à la violence, la guerre n'épargne pas les enfants (AFR 19/006/2007).
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