Last Updated: Friday, 19 September 2014, 13:55 GMT

Kosovo - Feuilles d'information sur les pays

Publisher Switzerland: Federal Office for Migration
Publication Date 1 August 1997
Cite as Switzerland: Federal Office for Migration, Kosovo - Feuilles d'information sur les pays, 1 August 1997, available at: http://www.refworld.org/docid/466fe2612.html [accessed 19 September 2014]
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1. Constitution

1.1. Dénomination officielle de l'Etat

Kosovo (en albanais: Kosova). La dénomination officielle en serbe est « Province autonome du Kosovo et Metohija ».

1.2. Armoiries et drapeau de l'Etat

Le drapeau du Kosovo représente l'aigle albanais à deux têtes, sur fond rouge.

1.3. Forme de l'Etat

Au début de 1990, le Kosovo a perdu de facto son statut d'autonomie accordé dans la constitution de 1974 et est devenu une entité administrative de la Serbie. Dès lors, le Kosovo est administré directement depuis Belgrade par différents décrets spéciaux.

La déclaration d'indépendance du 2 juillet 1990 décrit le Kosovo comme entité indépendante et égale en droit de la Fédération yougoslave. Selon la constitution du 7 septembre 1990, le Kosovo est une République indépendante et souveraine. La souveraineté et l'indépendance ont été approuvées par référendum en septembre 1990 par 87% de la population du Kosovo. La République du Kosovo n'est pas reconnue au niveau international.

L'Accord de Dayton de novembre 1995 a manifestement éludé la question du Kosovo. Des représentants du gouvernement américain ont à maintes reprises, et publiquement, qualifié le Kosovo de partie de la Serbie et Yougoslavie. Quasiment aucun acteur politique important ne soutient aujourd'hui les aspirations à l'indépendance ou à un protectorat émises par les hommes politiques du Kosovo. La communauté des nations demande une solution du problème kosovar au sein des institutions de la république de Serbie (ou de la République fédérale de Yougoslavie) en octroyant une large autonomie aux Albanais du Kosovo.

De même, l'alliance serbe d'opposition « Zajedno », qui incarne des espoirs politiques, affiche un point de vue foncièrement différent de celui du gouvernement Milosevic sur la question du Kosovo.

2. Situation sociale et culturelle

2.1. Population

D'après le dernier recensement officiel (1981) 1'894'000 personnes vivent au Kosovo. 77,4% d'entre elles - les représentants des Albanais du Kosovo avancent le chiffre de 90% - sont des Albanais du Kosovo. 13,2% sont des Serbes. On trouve encore des Monténégrins, des Musulmans, des Roms et des Turcs. Depuis le début du mois d'août 1995, des réfugiés serbes de la Krajina s'installent au Kosovo. Selon des informations serbes, jusqu'en été 1996, 17'000 réfugiés serbes en provenance de Croatie, de Bosnie-Herzégovine et d'Albanie se trouvaient au Kosovo. Des sources albanaises du Kosovo faisaient état de plus de 20'000 « colons ». En dépit d'avantages matériels, les réfugiés serbes ne sont pas particulièrement enclins à se rendre au Kosovo. Un nombre important de réfugiés a déjà quitté le Kosovo pour retourner en Serbie.

2.2. Langue

Les langues officielles de l'administration sont l'albanais et le serbe. La langue albanaise jouit encore, sur papier, de tous les droits, mais dans la pratique, elle n'est plus acceptée par l'administration serbe; elle est donc de moins en moins employée. Depuis 1993, les indications en albanais ont été supprimées sur tous les nouveaux documents émis (cartes d'identité, certificats de naissance ou de mariage). Or d'après la loi, les Albanais du Kosovo peuvent toutefois toujours employer leur langue dans leurs contacts avec l'administration, d'autant que seuls, à la rigueur, des intellectuels albanais du Kosovo et des hommes qui, jusqu'en 1991, ont accompli leur service militaire dans l'ancienne armée yougoslave, maîtrisent partiellement le serbe. Le problème principal ne réside néanmoins pas dans les connaissances linguistiques effectives, mais dans le fait que la divergence politique entre les Albanais et les Serbes s'étend dans tous les secteurs de la vie. Aussi le serbe est-il souvent ressenti par les Kosovars comme la langue de
« l'occupant » et de l'adversaire politique, raison de son rejet par principe.

2.3. Religion

La population albanaise du Kosovo appartient majoritairement à l'Islam. Un petit groupe - souvent des immigrants d'Albanie - est de confession catholique. De nombreux monastères, parfois bien conservés (par ex. Decani) rappellent qu'autrefois, le territoire du Kosovo était le centre de l'Eglise orthodoxe-serbe, avec le Patriarcat à Pec (Pej). Le berceau de cet ancien Etat serbe (Patriarcat) était la Metohija dans l'ouest du Kosovo.

Bien que les Albanais du Kosovo éprouvent une certaine sympathie intuitive pour les Musulmans de Bosnie-Herzégovine, la foi a une autre importance: les Albanais du Kosovo se définissent principalement par leur langue et leur culture et moins par leur foi musulmane.

2.4. Système éducatif

Le développement de la politique de formation au Kosovo a connu son apogée avec la création de l'université de Pristina en 1971. Au vu du contexte régional, l'offre au niveau de la formation de base et des écoles secondaires est bonne. L'analphabétisme ne se rencontre plus que chez les personnes âgées (et partiellement chez les femmes). Le niveau de formation relativement bon des jeunes gens se heurte toutefois au manque de places de travail correspondantes.

Les démêlés avec le pouvoir central qui subsistent depuis le début 1989 conduisent au début de 1990 à la séparation des classes albanaises et serbo-monténégrines. De même, les programmes scolaires et les proportions d'admissions sont modifiés au fur et à mesure au désavantage des Albanais. Au mois de mars 1990, de mystérieuses et inexpliquées intoxications de masse d'écoliers albanais aggravent la situation. Au début de l'année scolaire 1991/92, un programme uniforme, valable dans toute la Serbie, est introduit dans tous les établissements scolaires alors que l'année scolaire 1990/91 au Kosovo, basée sur l'ancien programme, n'est pas reconnue. Comme des enseignants albanais sont licenciés en même temps que l'introduction du nouveau programme d'enseignement, les écoliers et jeunes albanais boycottent au mois de septembre le début de l'année scolaire 1991/92. Ce boycott sera étendu par la suite. A l'occasion de la plus grande manifestation des deux dernières années, le 12 octobre 1992, plus de 10'000 écoliers et étudiants réclament en vain la réouverture de leurs écoles. Depuis, l'enseignement pour les écoliers de niveau secondaire et les étudiants se déroule principalement dans des maisons privées mais est constamment interrompu par des contrôles policiers et des interventions. L'école est un des points de litige les plus importants avec le gouvernement central serbo-yougoslave.

Des négociations en matière scolaire, engagées au début du mois de septembre 1996, font espérer un changement. Grâce à l'entremise de l'organisation humanitaire romaine St. Eugidio, les deux présidents Milosevic et Rugova signent un accord sur l'école. Celui-ci doit permettre aux écoliers et étudiants albanais du Kosovo de retourner dans les institutions scolaires d'Etat serbo-yougoslaves. Toutefois, la normalisation souhaitée n'est pas encore mise en pratique. La raison principale réside en ce que les Albanais du Kosovo désirent simplement réintégrer leurs bâtiments scolaires, alors que les autorités serbes entendent que le programme scolaire serbe soit utilisé en même temps. Or, les Albanais du Kosovo n'envisagent pas de répondre à cette exigence.

2.5. Infrastructure médicale

Par rapport aux autres régions, le Kosovo disposait jadis d'une infrastructure médicale relativement bonne. Toutefois, les licenciements du personnel médical d'ethnie albanaise qui ont débuté en 1990 lui ont causé des dommages considérables. Le système parallèle établi également au niveau médical, ainsi que les initiatives privées n'ont jusqu'à présent pas complètement pu remplacer la structure étatique. Les employés albanais du domaine de la santé n'ont pas été ni quantitativement, ni qualitativement remplacés par des Serbes. Pire, les incompatibilités nationales, les préjugés et la méfiance réciproque n'ont pas épargné le domaine de la santé, dissuadant de nombreux patients albanais de se rendre dans les cliniques et les centres d'Etat. Cependant, ces dernières années, le boycott dans le domaine médical s'est de plus en plus relâché. Un nombre toujours croissant d'Albanais fréquente les hôpitaux d'Etat du Kosovo et parfois même ceux de l'agglomération de Belgrade.

Les institutions parallèles les plus connues, et aussi les mieux organisées et approvisionnées, sont la Clinique Mère-Teresa à Pristina et la permanence médicale de Mitrovica. En juin 1996, Mère-Teresa a ouvert au Kodra e Trimave Quartier, à Pristina, la première maternité. L'équipement a été mis à disposition par l'organisation américaine Mercy Corps International et par Caritas Vienne. En outre, Mère-Teresa dispose d'un réseau dense d'ambulances de quartier quadrillant le territoire. En mars 1997, on comptait plus de 80 cliniques dans l'ensemble du Kosovo. Plus de 300 médecins et plus de 500 infirmières travaillent sur base volontaire à temps partiel ou à plein temps pour Mère-Teresa. Ces ambulances de quartier assurent les soins médicaux de base et sont reliés à la centrale de Pristina pour les cas graves. Cependant, le système Mère-Teresa dépend en bonne partie de l'aide internationale qui, pour le moment, est assurée. Les deux cliniques Mère-Teresa et les ambulances de quartier fournissent leurs prestations gratuitement. A part cela, les soins médicaux au Kosovo - comme d'ailleurs partout en Yougoslavie - sont largement devenus une question financière. Autrement dit, soit il faut fournir soi même une grande partie du matériel médical de base soit le payer au prix fort (en devises). Ce constat s'applique aussi aux cliniques privées du Kosovo.

Il faut enfin relever qu'en raison de la pénurie actuelle des moyens de prévention, des infrastructures laissées à l'abandon et de la détérioration des conditions de vie, des épidémies (typhus, tuberculose, et d'autres) ont fait leur réapparition.

A la fin du mois de septembre 1996, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en collaboration avec l'Unicef et des organisations locales, a lancé une campagne de vaccination contre la paralysie infantile. Dans une première phase, il est prévu de vacciner tous les enfants jusqu'à six ans.

Divisions administratives et peuplement

Source: Informationsministerium der Republik Kosovo. Genf. Mai 1995.

3. Femme et famille

Il y a vingt ans, les grandes familles, l'appartenance à un clan ou à une ethnie, la consanguinité, la structure patriarcale, l'agriculture, le droit coutumier, la vendetta et l'hospitalité caractérisaient encore la vie quotidienne au Kosovo. Aujourd'hui encore, les familles albanaises du Kosovo conservent de nombreux traits de cette ancienne forme d'organisation. Cependant, depuis deux décennies, la grande famille albanaise du Kosovo vit dans un processus de transformation socio-familiale. L'ouverture de l'université de Pristina, en 1970, les progrès généraux réalisés dans le domaine de l'éducation, ainsi que l'influence des travailleurs albanais résidant à l'étranger ont accéléré ce processus, si bien qu'il n'est actuellement plus possible de parler d'une (grande) famille albanaise du Kosovo, en particulier dans les régions urbaines. On rencontre de plus en plus des formes de famille et de vie selon le modèle européen. Ainsi, il existe aussi au Kosovo, comme partout dans le monde, des unions libres, qui ne sont enregistrées ni par l'Etat ni par l'Eglise.

Aujourd'hui, le mariage traditionnel a la même valeur que le mariage civil. Il existe aussi des mariages conclus selon le droit islamique. Les mariages religieux sont inscrits sur le registre du meshihat, le comité de la communauté musulmane. En cas de conclusion d'un tel mariage, il est obligatoire d'après le droit islamique, de régler les obligations financières du mari envers sa femme.

Le pourcentage des divorces est bas. La dépendance économique de la femme envers son mari reste forte. L'initiative du divorce est presque toujours prise par le mari. Un niveau de formation souvent peu élevé, une éducation patriarcale, ainsi qu'une tradition d'obéissance sont d'autres facteurs empêchant les femmes de vivre de manière indépendante et autonome. Le taux de chômage élevé et un réseau social étatique peu développé contraignent les femmes à demeurer au sein de la structure familiale. Cependant, les organisations de femmes et les discussions au sujet de l'émancipation féminine ne sont plus une exception, en particulier dans les villes.

4. Médias

4.1. Agences d'informations

Depuis l'éclatement des structures yougoslaves en 1990, les journaux albanais du Kosovo recourent avant tout au système des correspondants.

4.2. Journaux et revues

Aujourd'hui, on trouve au Kosovo essentiellement les journaux albanais « Bujku », « Zeri », « Koha », Fjala » et « Shkendija », tous publiés par les éditions Rilindja. En langue serbe, il existe « Jedinstvo » (unité).

« Bujku », avec un tirage de 8'000 exemplaires, est le quotidien le plus influent du Kosovo. Il a remplacé « Rilindja » en 1991. Ce journal représente la ligne du président Rugova et de son Ligue Démocratique du Kosovo (LDK). Depuis la fin du mois de mars 1997, un autre quotidien paraît, le « Koha ditore ». Selon son rédacteur en chef, Veton Serroi, ce journal de 16 pages se veut indépendant et ouvert à toutes les tendances politiques.

« Koha », l'hebdomadaire indépendant le plus connu, a paru de septembre 1990 à juin 1991. Il a rapidement été réputé le journal le plus objectif, le plus critique et le plus professionnel en langue albanaise. Depuis octobre 1994, « Koha » reparaît et est imprimé dans une petite édition privée à Pec.

« Zeri » est indépendant, malgré les articles favorables au président Rugova. L'ancien organe du Parti de la jeunesse socialiste a été transformé en hebdomadaire politique en 1990. Sa publication a été provisoirement interrompue en 1992 et 1993. L'édition de « Zeri » destinée à l'étranger est diffusée à près de 10'000 exemplaires rien que pour la Suisse.

L'ancienne édition albanaise « Rilindja » a dû diminuer son activité publiciste, jadis très diversifiée, et, depuis juillet 1993, a largement passé dans des mains serbes (Edition Panorama). « Bujku », et dans une moindre mesure « Jedinstvo », ne sont pas toujours disponibles, pour des raisons prétendues ou réelles de manque de papier. Outre « Bujku », des publications de différents groupes albanais en exil parviennent par des voies détournées au Kosovo. On citera l'édition de « Bujku » qui paraît à Zofingue depuis 1992 sous le nom de « Rilindja », ainsi que « Zeri i Kosoves » (Voix du Kosovo), l'organe du LPRK/LPK, qui est imprimé à Nidau/Bienne.

4.3. Radio

Depuis l'été 1991, la « Voix du Kosovo », un émetteur albanais clandestin émet depuis Zagreb des programmes à destination du Kosovo. En décembre 1996, la station de radio privée serbe « Kosmos VM », à Gjakovo, a commencé ses émissions, diffusées en serbe et en albanais.

4.4. Télévision

La radio et la télévision de Pristina ne sont plus en service depuis leur occupation par les forces de police en été 1990. Les programmes officiels serbes diffusent quelques modestes émissions en albanais et sont largement soumis à la propagande officielle. Cependant, la télévision albanaise, MTV et des émetteurs d'Europe centrale peuvent être captés par l'intermédiaire de satellite, la qualité de réception étant certes variable.

5. Economie

5.1. Economie politique

L'agriculture composée de petites, voire très petites exploitations, l'industrie lourde, l'extraction de matières premières et les centrales thermiques dominent les structures économiques au Kosovo. La petite industrie, grande pourvoyeuse d'emplois a été négligée et l'artisanat traditionnel, comme l'orfèvrerie, le tissage et la teinture s'est perdu.

La vie économique, comme la vie politique, est de facto divisée en deux. L'exploitation des mines et les combinats industriels du temps de l'autogestion par les travailleurs yougoslaves sont largement dominés par les Serbes, alors que l'agriculture, la petite industrie et le commerce sous toutes ses formes est entre les mains des Albanais du Kosovo. Grâce à l'agriculture et aux marchés hebdomadaires, ces derniers sont, pour certains d'entre eux, autosuffisants. Ces commerces se règlent fréquemment au moyen de devises étrangères, ce qui permet aux activités économiques de moins souffrir de l'instabilité (jusqu'à récemment) de la monnaie nationale. Les Albanais du Kosovo ont réussi ainsi - aussi paradoxal que cela puisse paraître dans le contexte du Kosovo - à échapper jusqu'à un certain point à la détérioration de la situation socio-économique du reste de la Yougoslavie.

5.2. Situation de l'emploi

Depuis 1990, les employés d'ethnie albanaise qui n'ont pas signé de déclaration de loyauté ont été licenciés (en masse). Ce processus s'est poursuivi, dans une moindre mesure, jusqu'à aujourd'hui. Ces entreprises doivent généralement faire face à de nombreux problèmes économiques. La levée de l'embargo de l'ONU n'a pas amélioré la situation dans certaines industries où règne un chômage qualifié de structurel (il manque aussi bien les matières premières que les moyens pour les acheter). D'autres industries enregistrent un taux de croissance très faible et n'ont toujours pas réussi à retrouver le niveau de production d'autrefois, ce qui, bien entendu, ne favorise pas de nouvelles embauches. Le pourcentage des femmes actives - qui n'a jamais dépassé les 20% - a donc aussi régressé.

La privatisation de l'économie, qui se développe depuis 1990, ne réussit ni à adoucir le taux de chômage traditionnellement élevé, ni à réintégrer dans le processus économique les ouvriers albanais de l'industrie et les agents de l'Etat. Les seuls embauches ont lieu au sein de la propre famille. Les structures albanaises parallèles dans le domaine de l'éducation et des soins médicaux n'arrivent pas davantage à atteindre le taux d'occupation enregistré jadis dans ces secteurs étatiques. En outre, tout le monde n'est pas intéressé à remplir une activité dans le domaine de l'instruction, délicat sur le plan politique.

5.3. Monnaie officielle

Bien que 9 zéros aient été tracés sur les billets de banque et les étiquettes de prix au 1er janvier 1994, l'énorme inflation n'a pas pu être contrôlée. De même, l'introduction du « Superdinar » à la fin janvier n'a pratiquement pas eu d'effets. Un jour après son introduction, il n'était plus paritaire avec le Deutsche Mark, un DM valant déjà deux « Superdinars ». En septembre 1995, un « Deutsche Mark » s'échangeait contre 2.5 à 2.7 Dinars. En dépit de toutes les mesures prises, une bonne partie du commerce est effectuée en DM, US$ ou CHF. Depuis la fin de 1995 toutefois, le rapport officiel du Dinar et du DM est relativement stable, avec un « Deutsche Mark » pour 3,3 Dinars.

L'organisation humanitaire du Kosovo, Mère-Teresa, a calculé qu'en 1994 une famille de quatre personnes devait avoir un salaire de 300.-- Dinars pour survivre. De tels chiffres ne tiennent pas compte d'une nouvelle forte poussée inflationniste, ni de l'évolution des prix sur le marché noir. Par rapport à ce revenu moyen, le salaire moyen des personnes actives au Kosovo varie entre 100.-- et 250.-- dinars yougoslaves. La plupart des familles est ainsi contraintes de recourir à plusieurs sources de revenu ou de trouver une autre forme d'assistance. La somme de comparaison devrait se situer entre 400.-- et 500.-- dinars yougoslaves pour 1997.

6. Mobilité

6.1. Moyens de communication

Par la voie aérienne, le départ du Kosovo a généralement lieu par les aéroports de Pristina, Skopje et Tirana. Le port monténégrin de Bar et les ports albanais de Durres et Vloras permettent le départ par voie maritime. Il existe également des lignes de bus régulières et fiables à destination de Skopje, en Macédoine, et vers le Montenegro. L'entrée en Albanie s'opère le plus souvent à partir de la Macédoine, parce que la frontière entre l'Albanie et le Kosovo est bien gardée.

Le réseau de bus a bien été aménagé au Kosovo. Exceptions faites des régions les plus reculées (montagnes), toutes les localités peuvent pratiquement être desservies. Des transporteurs privés ou étatiques proposent leurs services pour des voyages en Europe de l'ouest, via la Bulgarie-Roumanie ou la Serbie du Sud, la Voïvodine et la Hongrie. Les coûts de tels voyages sont onéreux (il faut compter environ 10.-- dinars, ou DM, pour une distance de 80 km).

6.2. Documents de voyage

L'établissement de passeports est soumis, comme par le passé, aux prescriptions sur les documents de voyage. Alors que dans quelques cas, certains opposants albanais du Kosovo peuvent se voir refuser l'octroi d'un passeport sur la base de cette loi, le motif d'empêchement - à savoir le non-accomplissement du service militaire de base - est de moins en moins utilisé depuis la fin des années 80. En raison des nombreux travailleurs émigrés, la politique d'octroi des passeports était déjà large sous Tito. Jusqu'en mars 1996, les Albanais du Kosovo avaient besoin d'un visa des autorités yougoslaves pour se rendre en Albanie. De même, depuis le mois d'août 1993, les autorités macédoniennes exigent, en règle générale, un passeport yougoslave pour le passage de la frontière.

En raison de la mauvaise situation des finances yougoslaves, une taxe de sortie pour les personnes et les véhicules a été introduite en janvier 1994 (env. 10 et 30 francs). Le 20 juillet 1996, les autorités serbes ont augmenté les taxes pour les voyages à l'étranger à 30.-- DM par personne et à 60.-- DM pour les personnes circulant en voiture. Cette augmentation est déjà la dixième depuis janvier 1994.

Le paiement d'une taxe de passage non officielle de 10.-- francs facilite également considérablement le passage des frontières entre le Kosovo, l'Albanie et la Macédoine.

Les groupes de personnes les plus différents en provenance du Kosovo et d'Albanie passent illégalement la frontière entre ces deux pays. Mais cette frontière est particulièrement bien gardée. Aussi se produit-il régulièrement des affrontements qu'en partie élucidés avec des gardes-frontière yougoslaves. Lors de la dernière altercation, début août 1997, deux hommes ont été abattus et un autre blessé.

7. Gouvernement

7.1. Chef d'Etat

Depuis les élections parlementaires (albanaises du Kosovo) du 24 mai 1992, le nouveau Président de l'Etat est le Dr Ibrahim Rugova. Ces élections n'ont été reconnues ni par le gouvernement serbo-yougoslave, ni par la communauté internationale. Théoriquement, le mandat présidentiel arrivait à échéance le 24 mai 1997. Il a été reconduit par le Parlement kosovar jusqu'au 24 décembre 1997 et, manifestement, on s'attend à sa prolongation tacite après cette date.

7.2. Gouvernement national

Les affaires du gouvernement non reconnu du Kosovo sont réglées principalement par le Président Ibrahim Rugova et le Ministre-Président (1er Ministre) Bujar Bukoshi, en exil en Allemagne. Depuis quelque temps, le Président Rugova n'est plus le chef incontesté de la Fédération démocratique du Kosovo (LDK). Le Ministre-Président Bukoshi a demandé à maintes reprises une politique plus agressive vis-à-vis du gouvernement de Belgrade. En outre, le Président Rugovo doit faire face à un autre concurrent politique en la personne d'Adem Demaci, président depuis le début de 1997 du Parti parlementaire du Kosovo (PPK). Demaci partage, sur la plupart des questions, plutôt la ligne politique de Bukoshi.

De même, l'Armée de libération du Kosovo (UCK) se prononce ouvertement depuis février 1996 pour la lutte armée et se distance du gouvernement Rugova.

8. Parlement

Le parlement du Kosovo, comprenant 100 députés, a été élu le 24 mai 1992. 96 députés appartiennent à la LDK, le Parti Parlementaire et l'Action Démocrate en ont chacun un, alors que deux députés sont indépendants. Au total, 23 partis et associations se sont présentés devant les 800'000 électeurs. Par la suite, les forces de sécurité serbes ont empêché le déroulement de la séance constitutive du 23 juin 1992 dans l'école islamique de Pristina. Afin de ne pas provoquer les autorités serbes, le Parlement a renoncé jusqu'à présent à une nouvelle réunion.

Le 8 mai 1997, le Président Rugova, visiblement sous la pression des Américains, a fait savoir que le mandat du Parlement de la « République Kosova », élu le 24 mai 1992, sera prolongé jusqu'au 24 décembre 1997. Le chargé d'affaires américain à Belgrade, Monsieur Miles, qui n'a jamais soutenu l'idée de votes en vue d'un propre Parlement kosovar, a incité les Albanais du Kosovo à participer aux élections en Serbie.

9. Administration

L'administration officielle et mise en place initialement au Kosovo est dominée par les Serbes. Malgré les licenciements, on peut trouver actuellement encore - en général dans des postes subalternes - des collaborateurs d'ethnie albanaise. L'administration parallèle des Albanais du Kosovo est supérieure dans de nombreux domaines à l'administration officielle serbe. Les Albanais du Kosovo ont ainsi réussi à organiser à Pristina - en faisant participer tous les groupes ethniques - un service de ramassage des ordures. Les contacts avec les autorités serbes se réduisent pour l'essentiel à l'établissement de documents. Dans ce domaine, les prestations demandées sont octroyées en général sans problèmes. La manière d'agir de la Police des finances est encore plus imprévisible. Elle fait preuve d'autant d'arbitraire dans la fixation des impôts que dans l'établissement d'autorisations de tout genre.

10. Elections

Les Albanais du Kosovo ont boycotté chaque élection serbo-yougoslave pour des raisons politiques. Depuis les élections parlementaires du 24 mai 1992 mentionnées sous le chapitre 7, il n'y a plus eu d'élections au Kosovo (voir aussi aux chapitres 7.1. et 8).

11. Droit et système judiciaire

11.1. Droit

Les délits politiques mineurs - ou considérés comme tels - sont jugés par les tribunaux chargés des affaires mineures. Dans ce contexte, il est souvent fait mention des articles 18 à 20 du « Décret sur la tranquillité et l'ordre public ».

Les délits politiques pénaux qualifiés entraînent une mise en accusation basée sur les articles du code pénal yougoslave concernant la sécurité de l'Etat (articles 114-136). Fréquemment, les procédures judiciaires ouvertes dans ce contexte peuvent ne pas être considérées comme loyales. Les articles les plus souvent invoqués sont l'article 116 du code pénal yougoslave « Mise en danger de l'intégrité territoriale » et, en relation avec les attaques et attentats des années 1996 et 1997, l'article 125 du même code, « terrorisme ».

Il est possible que les procédures judiciaires soient souvent interrompues et reportées pour des motifs peu explicables. Les seuls fondements du jugement peuvent consister en des aveux obtenus à la suite de mauvais traitements ou sous la torture. D'autres preuves peuvent manquer. Des moyens de preuve falsifiés - par exemple des photocopies manipulées - peuvent être utilisés comme bases du jugement. Il arrive également qu'aucun témoin ne soit entendu où que ceux-ci fassent l'objet de pressions.

Depuis le début de 1992, l'article 33 de la loi sur « l'acquisition, la possession, le port, le commerce et le transport d'armes et de munitions sur le territoire de la Serbie » est souvent appliqué. En principe, l'article 33 couvre des actes délictueux de droit commun. En fonction de la gravité de l'infraction, les peines prévues varient entre six mois et quinze ans d'emprisonnement. Cet article place la possession et le commerce (illégaux) d'armes au centre des mesures d'instruction. Dans des cas particuliers, il ne peut cependant être exclu que des activités politiques soient « criminalisées ». Cet article est également appliqué à l'extérieur du Kosovo contre des Serbes participant à la guerre en Croatie et en Bosnie-Herzégovine.

11.2. Tribunaux ordinaires

Au Kosovo, on trouve les tribunaux suivants, sous domination des Serbes:

Le Tribunal pour affaires mineures est une instance administrative avec une compétence pénale de 60 jours. Ce tribunal possède sa propre instance de recours.

Le Tribunal communal, en tant qu'instance supérieure suivante a une compétence pénale de 10 ans.

L'instance supérieure suivante est le Tribunal de district, qui est en même temps l'instance de recours pour le Tribunal communal.

Enfin, il y a encore le Tribunal suprême, à Belgrade, qui est l'instance de recours pour le Tribunal de district (le Tribunal suprême du Kosovo a été aboli par décision des 14/15 juillet 1991).

Le personnel judiciaire est majoritairement serbo-monténégrin. La langue de procédure est le serbe. Pour les avocats albanais du Kosovo, le contact avec leurs clients est partiellement restreint, de même que l'accès aux pièces des dossiers. A chaque fois, une copie de l'acte d'accusation doit être remise à l'accusé, à son défenseur et au tribunal. Les jugements de toutes les instances sont également remis ou peuvent, en règle générale, être obtenus.

Les jugements prononcés dans les cas politiques sont habituellement confirmés en procédure d'appel. Une faible proportion des condamnations est aggravée ou réduite. Dans bien des cas - en particulier pour ce qui est des condamnations à des peines mineures - les condamnés renoncent à faire appel, avant tout parce qu'ils doutent du résultat effectif d'une telle démarche.

11.3. Tribunaux extraordinaires

Aucun tribunal extraordinaire n'existe au Kosovo.

11.4. Tribunaux militaires

Le tribunal militaire compétent pour le Kosovo se trouve à Nis. L'instance de recours est le tribunal militaire de Belgrade. D'autres tribunaux militaires se trouvent à Belgrade et à Podgorica (Montenegro).

12. Organes de sécurité et forces armées

12.1. Armée

La présence de l'armée est importante dans toutes les régions du Kosovo et principalement dans les zones frontières avec la Macédoine et l'Albanie. La frontière avec l'Albanie est réputée bien gardée. En raison des troubles en Albanie, au printemps 1997, les troupes frontalières ont encore été renforcées, par crainte de la contrebande d'armes et de l'immigration illégale. Ces dernières années, des gardes-frontière yougoslaves ont plusieurs fois ouvert le feu contre des personnes voulant franchir clandestinement la frontière du Kosovo. L'armée yougoslave organise régulièrement des exercices de mobilité et d'autres exercices militaires sur le territoire du Kosovo.

Depuis le commencement, en 1991 et 1992, des conflits en Slovénie, Croatie et Bosnie-Herzégovine, la question du service militaire obligatoire se pose. Depuis l'été / l'automne 1991, les conscrits albanais du Kosovo ne sont presque plus enrôlés. Par conséquence, les procédures contre les déserteurs et réfractaires ne sont que sporadiques et souvent aléatoires.

Le recrutement régulier de personnes de tous âges astreintes au service militaire se poursuit dans une mesure qu'on ne peut quantifier de manière fiable. En règle générale, toutefois, quelques centaines d'ordres de marche (de recrutement) sont envoyés sporadiquement dans des districts choisis plus ou moins arbitrairement. Ainsi, le 12 mars 1997, les autorités militaires à Gjakovo ont envoyé des ordres de marche à plus de 530 jeunes gens nés en 1980. Ou, le 23 avril 1997, une partie des jeunes nés en 1977, 1978 et 1979, dans plusieurs villages du district de Suhareka, ont été sommés de s'annoncer aux autorités militaires. Cependant, le nombre des ordres envoyés n'est nullement en relation avec le nombre effectif de personnes astreintes au service militaire.

Le 18 juin 1996, le Parlement yougoslave a décidé une amnistie pour les réfractaires et les déserteurs. Conformément à la loi entrée en vigueur le 21 juin 1996, tous les militaires qui ont commis un délit avant le 14 décembre 1995 sont amnistiés. Sont exceptés les personnes qui ont violé le droit international public ou perpétré des crimes contre l'humanité, de même que celles qui ont combattu aux côtés de l'adversaire. En outre, les officiers et sous-officiers professionnels sont exclus de l'amnistie. Les amnistiés qui n'ont pas encore 35 ans révolus doivent néanmoins rattraper le service militaire manquant.

Pour l'essentiel, les tribunaux militaires observent la loi d'amnistie du 21 juin 1996. Dans des cas isolés, il peut arriver que des Albanais du Kosovo soient exposés à des chicanes de la part des autorités pour violation de l'obligation de servir dans l'armée.

12.2. Police et gendarmerie

Les forces de police « normales », en uniforme, se composent principalement de Serbes et de Monténégrins depuis les licenciements des policiers d'ethnie albanaise en mars 1990. Dans tous les secteurs d'activités de la police on trouve encore aujourd'hui un petit nombre de collaborateurs albanais du Kosovo.

Les unités spéciales du Ministère de l'Intérieur, stationnées depuis 1987 au Kosovo, ne comprennent elles aussi plus que des Serbes et des Monténégrins. Ces forces, qui à l'origine étaient des forces paramilitaires anti-émeutes, soutiennent pratiquement toutes les actions des forces de police serbes. La densité de la présence des unités spéciales au Kosovo dépend notamment de la situation politique et militaire dans d'autres régions de l'ex-Yougoslavie. En octobre 1995 et dans la période allant de décembre 1996 à mars 1997, d'importants contingents ont été envoyés dans la région de Banja Luka pour soutenir l'armée des Serbes de Bosnie et le gouvernement Milosevic à Belgrade.

12.3. Milices

Les milices Tchetniks d'Arkan pénètrent parfois dans le Kosovo et provoquent les populations indigènes, se conduisant comme des forces de l'ordre.

Les populations serbo-monténégrines établies au Kosovo ont été officiellement armées par la police et l'armée. Certaines de ces personnes se considèrent également comme facteurs du maintien de l'ordre et accompagnent les forces de police officielles lors de leurs actions. A diverses reprises, des membres de ces ethnies ont, pour des motifs inexplicables, tiré sur des Albanais du Kosovo ou sur leurs maisons.

Les compétences des différentes forces de police ne sont pas toujours définies clairement. Les groupes mentionnés ci-dessus interviennent parfois ensemble, sans distinction et en dehors de toute mission particulière.

Le 11 février 1996, des attentats contre des logements pour réfugiés serbes de Croatie ont été perpétrés dans différentes villes du Kosovo. Quelques jours plus tard, une organisation albanaise du Kosovo - « l'Armée de libération du Kosovo » (UCK) - a, pour la première fois, revendiqué ces actes de violence. La même organisation a également revendiqué plusieurs attentats à l'arme à feu, commis le 22 avril 1996 contre des Serbes vivant au Kosovo, dont un membre des forces serbes de sécurité. Au sujet du programme politique de l'UCK, on sait seulement, à l'heure actuelle, que celui-ci mise sur le combat armé au lieu de la résistance non violente pratiquée par le gouvernement Rugova. En 1996, l'UCK semble avoir choisi ses victimes au hasard - policiers ou habitants serbes du Kosovo. En 1997, les attentats visent non seulement les forces de sécurité, mais de plus en plus souvent des Albanais du Kosovo qui, d'une manière ou d'une autre, ont « collaboré » avec les Serbes au pouvoir. Jusqu'à présent, les actes de violence de l'UCK ont coûté la vie à une trentaine de personnes et fait plusieurs blessés. Le 7 août 1997, l'UCK a appelé la majorité albanaise du Kosovo à soutenir son combat armé contre les Serbes. Dans un communiqué, parvenu aux médias serbes du Kosovo au début du mois d'août 1997, les objectifs nommés sont la libération de la province et son rattachement à l'Albanie.

12.4. Services secrets

Des collaborateurs en civil des services de sécurité serbo-yougoslaves sont présents dès qu'il s'agit d'une question de nature politique, au sens large du terme. Dans le langage courant, l'ancien nom UDB-a (Unutrasnja drzavna bezbednost - Service pour la Sécurité intérieure) est encore souvent employé. Depuis les années 70, la dénomination officielle est SDS (Sluzba drzavne sigurnosti - Service de sécurité de l'Etat). Cet organe mène en particulier les enquêtes préliminaires pour les procès politiques. La sécurité d'Etat s'appuie sur un vaste réseau d'espions d'origines différentes.

Il faut en déduire que les activités exercées à l'étranger par les Albanais du Kosovo sont surveillées, dans la mesure du possible, par la sécurité d'Etat yougoslave.

13. Détention et exécution pénale

Les personnes arrêtées sont en règle générale conduites au poste de police. La sécurité de l'Etat et la prison destinée aux personnes en examen se trouvent souvent dans le même complexe de bâtiments. La personne arrêtée ne dispose d'aucun statut juridique. Après trois jours de détention, l'intéressé doit être relâché ou son cas transmis à un juge d'instruction. Souvent, ce délai est dépassé. Par la suite, le juge d'instruction peut ordonner la prolongation de la mise en détention préventive. Selon le code de procédure pénale, la détention préventive ne devrait pas durer plus d'un mois. Dans certains cas, on sait qu'elle s'est étendue sur plusieurs mois. Bien des détenus - ainsi, dernièrement, les Albanais du Kosovo ayant appartenu aux forces de sécurité - ont vu leur détention préventive prolongée de deux mois, sans que des dispositions particulières n'aient été prises à cet effet. Il est arrivé que des détenus n'aient pas été autorisés à recevoir la visite de leurs proches durant toute la durée de leur détention préventive.

Les interrogatoires commencent déjà dans les premiers jours de détention, c'est-à-dire avant la détention préventive proprement dite. Ces interrogatoires sont régulièrement conduits par des fonctionnaires de la sécurité de l'Etat, qui utilisent une large palette de mesures d'instruction. Il arrive que ces derniers maltraitent ou torturent les personnes arrêtées, qui sont souvent contraintes de s'accuser elles-mêmes. Souvent, ces aveux sont faits avant même que le juge d'instruction ne se charge de l'affaire. En violation des dispositions légales, il peut également arriver que des fonctionnaires de la sécurité de l'Etat poursuivent leurs interrogatoires - notamment durant la nuit - même après qu'un interrogatoire a déjà été mené par le juge d'instruction.

Lorsque la peine n'est pas supérieure à cinq ans, et même s'il s'agit de jugements basés sur les articles concernant la sécurité de l'Etat, le condamné peut faire recours alors qu'il se trouve encore en liberté. Les condamnations plus lourdes conduisent à une exécution immédiate de la peine. Les conditions de détention des prisonniers politiques sont, en général, difficiles. Il peut arriver qu'ils soient longuement détenus dans un total isolement. Une difficulté supplémentaire - notamment en ce qui concerne les possibilités de visite - provient souvent du fait que la peine doit être exécutée dans des prisons situées hors du Kosovo. La mise en liberté anticipée est également possible pour les prisonniers politiques. Depuis le 29 novembre 1990, il n'y a plus eu aucune amnistie pour les prisonniers politiques en Yougoslavie.

Depuis l'été 1994, de nouvelles formes de persécutions proches de la persécution réflexe sont apparues au Kosovo. Des membres (proches) de la famille de personnes recherchées sont interrogés, menacés et parfois maltraités ou emmenés au poste de police. Les femmes et les personnes âgées peuvent également être touchées par ces mesures.

14. Situation générale des droits de l'homme

La situation générale des droits de l'homme au Kosovo est, de l'aveu de tous, mauvaise depuis des décennies. Parmi les mesures d'oppression utilisées de nos jours, beaucoup d'entre elles - comme la recherche d'armes - ont une longue histoire. C'est pourquoi ce chapitre ne traitera que les domaines d'actualité.

Les procès engagés à l'automne 1993 contre certains membres de groupes d'opposition albanais du Kosovo (LPK, LKCK et LKRK) se poursuivent dans de moindres proportions en 1994 et 1995. La même constatation peut se faire pour les personnes - souvent des anciens cadres de l'armée et de la défense territoriale yougoslave - qui établissent des structures de défense militaire prétendument sur l'ordre de la LDK.

En février et en mars 1997, le tribunal de district de Pristina a, une fois encore, engagé plusieurs procédures contre 55 personnes au total sous le chef d'accusation de l'appartenance à la LKCK ou à l'UCK. Etant donné que l'article 125 du code pénal yougoslave, le « paragraphe sur le terrorisme », est appliqué dans certains cas, cela signifie que les peines encourues peuvent aller jusqu'à vingt ans d'emprisonnement.

Par ailleurs, depuis plusieurs années, des procès sont engagés contre de simples activistes de partis politiques albanais du Kosovo, sans qu'il ne soit possible de dresser le portrait-type des personnes touchées ni du point de vue de leur rang hiérarchique, ni sous celui de leur appartenance idéologico-politique. En septembre 1994, le président de l'UNIKOMB, Ukshin Hoti, a été condamné à cinq ans d'emprisonnement; le 18 avril 1995, deux membres dirigeants du Parti national démocratique albanais (ANDP) ont été condamnés à deux ans d'emprisonnement. De même, la cour suprême de Serbie a confirmé, le 12 octobre 1996, des peines de détention de plusieurs années à l'encontre de cinq membres de la présidence de Balli Kombetar.

Alors qu'en hiver/printemps 1995, des activistes du Parti parlementaire du Kosovo (PPK) ont été libérés après des « discussions informelles », le président de la section locale du PPK à Breznica/Pristina a été condamné, le 19 mai 1996, à 30 jours de détention.

En octobre 1994, certains membres de la présidence de la chambre de commerce du Kosovo (KCC) ont été condamnés par le tribunal de district de Pristina à des peines de deux ans de prison en moyenne. En mars 1997 et suite à une demande de reconsidération, le tribunal de Pristina a réduit leurs peines à des détentions allant de cinq à trois mois. Les membres de la chambre de commerce défendent les intérêts des commerçants et des entrepreneurs privés du Kosovo.

En novembre et décembre 1994 a eu lieu une importante vague d'arrestation, qui a duré plusieurs semaines, parmi les anciens membres d'origine albanaise du Kosovo des forces de sécurité yougoslaves (police, unités spéciales de la police, sécurité de l'Etat). Le 19 avril 1995, le tribunal de district de Pej a prononcé les premières condamnations à l'encontre de huit anciens policiers du Kosovo, qui ont écopé de peines allant de un à cinq ans d'emprisonnement. Le 28 avril 1995, le même tribunal a condamné sept autres anciens policiers à des peines d'emprisonnement comprises entre deux et six ans. Le 8 juin 1995, le tribunal de district de Gjilan a prononcé, contre seize anciens policiers albanais du Kosovo, des condamnations s'élevant au total à 17 ans d'emprisonnement. A Pristina, des peines de prison s'élevant à un total de 230 ans ont été prononcées contre 69 anciens membres de la police. A Prizren, 38 anciens policiers (sur un total de 44 accusés) ont été condamnés à un total de 113 ans d'emprisonnement. Le 4 juin 1997, le Tribunal suprême de Serbie a réduit les peines infligées aux 69 anciens policiers condamnés à Pristina, en ramenant le total de 230 années d'emprisonnement à 156 ans.

Au début du mois d'avril 1995, la mise en détention préventive ordonnée à l'encontre de vingt collaborateurs des administrations de la ville, de la commune ou du district de Gjilan et Kacanik a été prolongée. Le 4 septembre 1995, le tribunal de district de Pristina a ouvert une procédure contre treize anciens employés de l'administration communale de Kacanik. Parmi ceux-ci se trouvent deux anciens officiers albanais du Kosovo, auxquels il est reproché d'avoir mis sur pied des « centres de défense territoriale ». De même, en juin 1997 à Gjakovo, plusieurs Albanais du Kosovo ont été arrêtés parce qu'on leur reproche d'appartenir aux structures de défense territoriale du Kosovo.

Le 10 juillet 1997, le tribunal de district de Pec a condamné deux membres albanais du Kosovo de l'administration communale parallèle à 18 et dix mois de prison. Deux autres personnes, qui avaient démissionné de leurs fonctions en 1994, ont été acquittées.

Un point commun à tous ces procès ouverts devant les tribunaux de district est qu'ils sont conduits sur la base des articles 116 et 136 concernant la sécurité de l'Etat. Ces articles ont pour objet la « mise en danger de l'intégrité territoriale de la Yougoslavie au moyen d'activités interdites, exercées en groupe ». En liaison avec la procédure judiciaire entamée contre des membres du LKCK ou de l'UCK, l'article 125 du code pénal yougoslave, à savoir l'article contre le terrorisme, est aussi utilisé.

Pendant les mois de mai et de juin 1997, des procédures ont été lancées pour la première fois contre des acheteurs de biens serbes. Une soixantaine d'Albanais du Kosovo encourent des peines d'emprisonnement jusqu'à 60 jours ou des amendes allant jusqu'à 5'000.-- Dinars (env. 1'600.-- CHF). En règle générale, les immeubles achetés doivent être restitués immédiatement. Depuis l'entrée en vigueur d'une loi en 1989, tous les achats immobiliers doivent recevoir une autorisation spéciale du Ministère serbe des finances, autorisation souvent refusée. Cette loi vise à rendre pour le moins plus difficile le commerce immobilier entre Serbes et non-Serbes (les Albanais du Kosovo notamment). Dans la même perspective, plusieurs commerces appartenant à des membres de cette dernière communauté, ont été fermés à Klina, en mai 1997. Les propriétaires les auraient achetés ou loués illicitement des serbes.

En outre, des perquisitions et des contrôles personnels se produisent depuis des années, dont la raison est officiellement la recherche d'armes. Ces actions sont accompagnées d'intimidations, de mauvais traitements et de convocations à de prétendus « entretiens d'information ». Des condamnations pour possession d'armes sont possibles grâce à l'article 33 de la « loi sur les armes et les munitions », entrée en vigueur au printemps 1992.

Les chicanes et les mesures d'oppression policières s'exercent également dans le domaine du système scolaire parallèle. Les autorités essaient d'empêcher cette activité scolaire et de combattre tous les symboles significatifs d'un Etat albanais du Kosovo (armoiries, timbres, plans scolaires ...). Les bâtiments scolaires font l'objet de visites régulières de la part des forces de police, les enseignants et les élèves présents sont interrogés, menacés et parfois battus. De temps à autre, des procédures judiciaires (administratives) sont engagées contre des membres du corps enseignant pour « enseignement scolaire parallèle ». L'échelle des peines oscille en général entre dix et 30 jours de détention ou une amende est prononcée. De même, une procédure selon l'article 216 du code pénal serbe, « Opposition au pouvoir de l'Etat », est en principe possible. L'utilisation du plan scolaire kosovar-albanais au lieu du serbo-yougoslave est interprété comme « opposition » lorsque ledit article est appliqué, ce qui est plutôt rare.

Enfin, ces derniers mois, on a enregistré un regain d'arrestations d'activistes politiques réels ou supposés. Ces personnes sont emmenées par des agents de la sécurité de l'Etat dans des endroits inconnus, où elle sont intimidées et molestées. En général, elles sont ensuite reconduites au lieu de leur appréhension et relâchées, parfois après avoir été « invitées à collaborer » avec les forces de sécurité.

En résumé, il faut en conclure que toute activité qualifiée en faveur d'une organisation albanaise du Kosovo peut être, en soi, de nature à entraîner des mesures de répression étatiques d'intensité variable. Le fait qu'il s'agisse d'organisations politiques, syndicales, culturelles ou d'intérêt commun ne joue aucun rôle. Les activités ayant pour objet exclusif la défense des Albanais du Kosovo sont considérées, à tort, comme visant de quelque manière que ce soit la séparation du Kosovo de la Fédération yougoslave.

15. Mouvements politiques et religieux

Les partis politiques les plus importants au Kosovo, depuis la percée démocratique en décembre 1989, sont les suivants:

- Ligue Démocratique du Kosovo (LDK). Il s'agit d'un mouvement patriotique rassemblant une grande partie des Albanais du Kosovo, sous la présidence d'Ibrahim Rugova. Le gouvernement provisoire est placé sous la responsabilité de Bujar Bukoshi. La LDK coordonne le travail en commun avec les autres partis albanais et organisations de l'Ex-Yougoslavie. Nombre de membres: environ 700'000. Tendance: libérale-conservatrice.

- Parti Chrétien-démocrate albanais du Kosovo (PSHDK). Il est en contact étroit avec le parti chrétien-démocrate fondé dans le Nord de l'Albanie (centre catholique). Il veut fusionner avec ce dernier afin de créer une Union chrétienne-démocrate albanaise. Il aspire à l'entrée dans l'Union chrétienne-démocrate européenne. Son président est Lazer Krasniqi; la tendance est libérale, individualiste, sans référence contraignante à la confession chrétienne.

- Parti Social-démocrate du Kosovo (PSDK). N'a posé sa candidature que dans peu de communes du Kosovo. Il est en contact étroit avec le parti-frère d'Albanie et aspire à l'admission dans l'Internationale socialiste.

- Parti de l'action démocrate pour le Kosovo (PAD). C'est un rameau du parti gouvernemental de Bosnie-Herzégovine, avec siège à Sarajevo qui a posé sa candidature uniquement à Pristina et Pej (Pec). Il représente le mouvement politique des Musulmans dans toute l'Ex-Yougoslavie: Bosnie-Herzégovine, Sandzak Novi Pazar, Kosovo, Monténégro et Macédoine.

- Parti paysan du Kosovo (PFK). Le parti paysan entretient d'étroits contacts avec le Parti agrarien d'Albanie. Il n'a présenté des candidats que dans peu de communes lors des élections. Son président est le Dr Hivzi Islami. Le parti lutte pour l'achèvement et la modernisation des infrastructures urbaines ainsi que pour l'achèvement des établissements sociaux et de santé. Le 11 juillet 1995, le Parti paysan du Kosovo a (temporairement) cessé ses activités. Des divergences d'opinion quant à l'avenir politique du Kosovo ont notamment motivé cette décision.

- Mouvement des Verts du Kosovo (LGJK). Le mouvement est en contact avec le Parti écologique d'Albanie. Il n'a présenté des candidats que dans trois communes. A Pristina, on rencontre à son côté un groupe analogue: le Parti albanais des Verts.

- Parlement des Jeunes du Kosovo (Parti parlementaire). L'organisation a été fondée par des écoliers de niveau secondaire et des étudiants de toutes tendances politiques. Il offre un forum pour toutes les opinions et tente de trouver un équilibre politique entre ces dernières.

Organisations et groupes opérant dans la clandestinité:

- Mouvement albanais du Kosovo illégal LPK/autrefois LPRK, « Mouvement populaire pour le Kosovo », qui se bat pour la séparation du Kosovo du reste de la Yougoslavie. Le LPK sympathise ouvertement avec « l'Armée de libération du Kosovo » (UCK) et appelle dans son journal « Zeri i Kosoves » à des dons en faveur de l'UCK. Le LPK estime que la politique non-violente des huit dernières années n'a abouti à aucun résultat concret. Aussi est-il temps de résoudre la question albanaise d'une autre manière.

- UNIKOMB, d'Ukshin Hoti, qui est également considéré comme illégal et qui poursuit des buts nationalistes en vue d'une grande Albanie.

- Balli Kombetar. Le « Front National » a été fondé durant la Deuxième guerre mondiale en Albanie et a combattu les forces d'occupation allemandes et italiennes. Balli Kombetar est nationaliste et anticommuniste; il s'engage pour la création d'une grande Albanie. Au Kosovo, le mouvement s'est opposé à la fin de la guerre aux partisans communistes de Tito. Balli Kombetar est le plus ancien parti des Albanais du Kosovo. Le parti n'a pas été recréé en 1990, une fois les partis politiques admis en Yougoslavie, mais simplement adapté aux circonstances modifiées. Le tribunal de district de Pec a prononcé des peines d'emprisonnement de plusieurs années à l'encontre de cinq membres de la présidence, peines confirmées par la Cour suprême de Serbie le 12 octobre 1996.

- LKCK, le « Mouvement national pour la libération du Kosovo » et LKRK, « Mouvement national pour une République du Kosovo ». En ce qui concerne ces deux mouvements, il n'y a que peu d'informations au sujet des noms de certains membres arrêtés ou jugés. Les autorités serbes rendent les membres du LKCK responsables des attentats perpétrés en 1996 et 1997 contre les forces de sécurité serbes.

Les mouvements religieux ne jouent aucun rôle au Kosovo.

Source: Berner Zeitung. Berne. 1989.

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