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Nigéria : information sur la Confrérie réformée des ogbonis (Reformed Ogboni Fraternity - ROF) (avril 2001-juillet 2005)

Publisher Canada: Immigration and Refugee Board of Canada
Author Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié, Ottawa
Publication Date 12 July 2005
Citation / Document Symbol NGA100376.EF
Reference 7
Cite as Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, Nigéria : information sur la Confrérie réformée des ogbonis (Reformed Ogboni Fraternity - ROF) (avril 2001-juillet 2005), 12 July 2005, NGA100376.EF, available at: http://www.refworld.org/docid/440ed7362f.html [accessed 2 October 2014]
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L'olori olouwo, chef de la Confrérie réformée des ogbonis (Reformed Ogboni Fraternity – ROF), a fourni l'information suivante dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches :

[traduction]

Le 18 décembre 1914, un membre du clergé de la mission anglicane, le regretté hon. archidiacre T.A.J. Ogunbiyi, CBE, L.Th., a fondé la Confrérie réformée des ogbonis (Inc.). Plus tard, le 17 juin 1943, la Confrérie a été incorporée aux termes de l'ordonnance des terres (succession perpétuelle) de 1942 selon les lois de la République fédérale du Nigéria.

Il s'agit d'une société mutualiste qui prône un système de moralité et de discipline, ainsi que la pratique de la vérité, de l'honnêteté, de la droiture, de la vertu et de la bienfaisance (faire le bien) et de l'abstention complète de tout soupçon de malfaisance (faire le mal) sous quelque forme que ce soit. [...]

Au Nigéria, avant 1900, la propagation des franc-maçonneries étrangères et la prise de contrôle par les Européens ont poussé nos nationalistes de l'époque à commencer à défendre le genre de franc-maçonnerie autochtone représentée par des sociétés comme la ROF.

Son fondateur insistait sur son utilité et les membres y ont trouvé un stimulant pour leurs aspirations nationales. La ROF inculque l'esprit de fraternité et elle accueille des personnes de toutes les croyances. Tout membre, homme ou femme, doit être respectueux et intègre, il doit être d'une honnêteté absolue avec tous les membres et il doit aider les membres en détresse. Mis à part son fondateur, les premiers initiés de la ROF étaient des médecins, des avocats, des membres du clergé et des hommes d'affaires et des commerçants prospères. [...]

Au départ, la ROF s'appelait « la Confrérie ogboni des chrétiens » (Ogboni Fraternity of the Christians). Toutefois, au fil du temps, le fondateur en est venu à envisager d'admettre ses amis non chrétiens à condition que ces candidats adoptent une foi en Dieu sans idolâtrie. [...]

L'adhésion à la ROF n'est obligatoire en aucune circonstance pour un Nigérian. Par exemple, il n'est pas obligatoire que mon épouse ou mes enfants soient membres, mais ils peuvent le devenir s'ils en manifestent le désir.

En ce qui concerne la ROF, les activités qu'elle coordonne ne présentent de risques en aucune situation ou circonstance pour un non-membre. Aucune. Tout comme c'était le cas du communisme en Europe de l'Ouest au milieu des années 1950, « l'ogbonisme », dans le Nigéria d'aujourd'hui, est très mal compris et avili. Nos détracteurs l'ont faussement représenté, au sein de la société, comme une bête noire, un ogre ou un mal exécrable qui mérite uniquement d'être haï et abhorré. C'est dommage. Toutefois, il est certain que si la RO était répréhensible, le gouvernement aurait dû la bannir.

La ROF n'a aucune pratique « fétichiste » qui placerait ses membres ou les non-membres dans une situation dangereuse, quelle qu'elle soit. Cette réponse vaut également pour les rituels d'initiation de la ROF (28 mars 2001; voir aussi ROF 1998).

L'olori olouwo a écrit qu'il n'était pas en mesure de fournir de l'information sur les autres groupes utilisant le nom « ogboni » dans leur appellation puisqu'il [traduction] « n'adhère » qu'à la ROF (ROF 28 mai 2001). Lorsqu'on lui a demandé s'il lui était possible de distinguer les groupes « ogbonis » du Nigéria qui sont connus pour être des [traduction] « cultes des campus », il a répondu : [traduction] « c'est très déroutant, tout comme il est erroné et trompeur d'associer la ROF à ces prétendus cultes délétères des campus universitaires. La ROF n'a pas d'aile jeunesse » (ibid.).

The Guardian, journal indépendant de Lagos, a publié l'information suivante sur la ROF :

[traduction]

Selon Otounba David Adekounle Olaiya Adeniji, olori apena [deuxième dirigeant] de la ROF, cette organisation n'admet que les personnes qui croient en Dieu et qui rejettent le fétichisme comme mode de vie. On ne sait pas si les autres groupes adhèrent à ce principe.

Selon les observations de l'hebdomadaire The Guardian On Sunday, la plupart des membres des diverses souches sont soit des chrétiens, soit des musulmans, ce qui signifie qu'ils ne font partie d'un groupe ogboni que pour élargir leurs relations sociales et pour pouvoir compter sur une aide fraternelle en cas de besoin. [...]

Bien que les diverses souches se chamaillent, elles ont un adversaire commun, l'Église. Cet antagonisme total s'expliquerait par le fait que [pour l'Église] les ogbonis sont des fétichistes anti-Dieu. Cette croyance est encore vivace puisque certains députés de la Chambre des représentants tentent de bannir la société. [...]

M. Oshowole [représentant de la ROF] a dit que les gens ont de la difficulté à définir les ogbonis à cause du sens du terme dans la langue yorouba. Dans les Saintes Écritures, par exemple, au chapitre 23, verset 23 d'Ézéchiel, l'équivalent de l'expression « [...] chefs illustres » en langue yorouba est Awon Ogboni ti oni okiki.

Selon lui, le mot [ogboni] désigne un dignitaire qui aide à l'administration d'un domaine. « C'est la raison pour laquelle dans les villes et communautés des Yoroubas, le conseil suprême des chefs comprend les ogbonis. Ceux qui portent ce titre ne sont pas fétichistes et n'adorent pas les idoles; ils sont plutôt les administrateurs de leur communauté et guident les obas », ajoute-t-il (The Guardian 31 déc. 2000b).

Au sujet encore de la réputation qu'on les ogbonis d'être des fétichistes, le chef Adeleke Oyenuga, olori olouwo de la souche Ogboni Oloufe [« également olouwo alakoso de la Confrérie des aborigènes ogbonis du Nigéria, division Ikorodu (Ogboni Aborigine Fraternity of Nigeria, Ikorodu Division) »], a déclaré que

[traduction]

bien que les ogbonis de toute souche n'aient pas le droit de faire quoi que ce soit de diabolique, ils sont encouragés à se soutenir mutuellement puisqu'on leur enseigne à se considérer comme des frères. Et c'est pour cela qu'ils sont appelés omo iyas. « Notre tradition veut que nous soyons toujours prêts à aider nos compagnons, les autres omo iyas, et c'est peut-être pour cette raison que des gens disent que nous faisons partie d'une secte », a-t-il fait remarquer (ibid.).

Les renseignements qui suivent ont été obtenus d'un site Internet qui dit être celui de la ROF et qui donne comme adresse postale 38, rue Abeokouta, Eboute Metta, Lagos, Nigéria (s.d.a).

[traduction]

La ROF a été instituée le 18 décembre 1914 à Oboun Eko (Lagos). Son ancien nom était Egbe Ogboni Onigbagbo, qui pourrait se traduire par Confrérie des ogbonis chrétiens. À l'origine, c'était une société créée exclusivement pour les chrétiens puisque le but premier du fondateur était de cimenter les liens de véracité, d'amour et de sincérité entre les chrétiens pour prêter main forte aux propagateurs de la foi de l'Église (ROF s.d.b).

La société [traduction] « a été enregistrée en bonne et due forme et a reçu son certificat de constitution en personne morale » le 17 juin 1943 (ibid.). Selon sa constitution, la société ROF poursuit les buts et objectifs suivants :

[traduction]

1. a) S'associer pour faire la promotion du principe de la Paternité universelle de Dieu – l'Oeil qui voit tout – et de la Fraternité universelle des hommes, sans discrimination fondée sur la race, la couleur, la croyance, le sexe, la religion ou les allégeances politiques.

b) S'associer en vue principalement de mieux connaître Dieu de telle sorte que toutes les entreprises de la ROF soient conformes à Sa Sainte Volonté.

2. Répandre la pratique de la bienveillance, de la charité et de la chasteté.

3. Apporter une aide (à titre de devoir obligatoire) à tous les Frères et Sœurs pauvres et en détresse de la ROF, sans nuire à soi-même ou à ses proches, et sans injustice envers ceux qui ne sont pas membres de la ROF.

4. S'occuper des restes mortels de tout membre décédé en fournissant un cercueil d'un coût raisonnable et en enterrant ses restes de façon décente dans le sein de la Terre Mère.

5. Inculquer dans l'esprit de tous les membres la pratique constante de la règle d'or : « faites à autrui (aux membres comme aux non-membres) ce que vous voudriez qu'on vous fasse. ».

6. Procurer à la ROF les fonds nécessaires à la poursuite de ses activités prévues dans la présente constitution.

7. Respecter les lois et la constitution de la République fédérale du Nigéria et celles de tout autre pays où l'on réside (1998).

Le chef Otounba David Adelkounle Olaiya Adeniji, olori apena (un des dirigeants) de la ROF et [traduction] « jusqu'à sa retraite en 1976 sous-commissaire de la police », a expliqué la nature de la ROF au journal The Guardian :

[traduction]

la ROF est tout ce qui est propre, saint, transparent et honorable. Elle n'a rien à voir avec les pratiques fétichistes et il en est ainsi depuis la fondation de la Confrérie en 1914, l'année même où le Nigéria a été unifié par un archidiacre anglican, feu Thomas Adesina Jacobson Ogounbiyi. [...]

La ROF a été fondée à Isale-Eko sous le nom d'Ogbonis chrétiens, mais quand les amis et les admirateurs de l'archidiacre Ogounbiyi ont vu avec émerveillement ce qui avait été ainsi créé, des femmes et des hommes chrétiens et non chrétiens ont demandé à devenir membres et la société ne pouvait plus porter le nom d'Ogbonis chrétiens. C'est ce qui a conduit à la nouvelle appellation de Confrérie réformée des ogbonis (31 déc. 2000c).

À la question de savoir pourquoi la ROF utilise le mot « ogboni », l'olori apena a déclaré ce qui suit :

[traduction]

Le terme « ogboni » déroute beaucoup de gens, y compris les membres de l'Église. Mais leurs inquiétudes seraient dissipées s'ils se donnaient la peine de découvrir ce que ce mot signifie.

Le mot « ogboni » désigne un groupe de sages aînés qui conseillent l'oba [roi d'une ville] sur les questions se rapportant à la ville; ils soutiennent l'oba nuit et jour et sont toujours présents au tribunal de l'oba.

Dans ces temps-là, ils dirigeaient la ville de manière à ce que toutes les disputes qui y surgissaient soient réglées. À l'époque moderne, nous disons qu'ils forment le tribunal de l'oba. Quand les Européens sont arrivés, ils ont trouvé cette institution, et ont voulu trouver des moyens de la bannir mais ont découvert qu'il s'agissait d'une société puissante.

Ils ont aussi découvert les choses à faire et à éviter. Ils ont été heureux de constater qu'il s'agissait d'une société pacifique. Ce que vous devriez faire, c'est de vous renseigner sur l'histoire d'Abeokuta ? l'histoire des ogbonis à Abeokouta.

Pourquoi des gens auraient-ils à craindre les ogbonis? Ses membres agissent toujours avec droiture. Ils demeurent toujours fermes dans leurs décisions et n'agissent pas sous l'emprise des sentiments. Alors, s'ils décident qu'une personne doit être tuée, cette personne est tuée parce que leur jugement est fondé sur une enquête transparente.

Je peux aussi vous assurer que la façon dont les enquêtes sont menées n'est pas arbitraire et que le jugement est solide. Par exemple, si une personne était accusée de meurtre ou de vol, des émissaires seraient envoyés vers les sentiers qui mènent au ruisseau ou vers les sentiers qui mènent à la ferme pour écouter en cachette ce que les passants diraient au sujet de la personne accusée. S'il advenait que la majorité de ceux-ci pensent qu'elle le méritait bien, que ce n'est pas sa première fois, cette personne serait jugée. Mais s'ils disent que ce n'était pas une mauvaise personne et qu'il y a erreur, alors la personne finirait par se faire libérer.

Ainsi, le jugement tient compte de l'opinion des gens et ce sont les messages rapportés à l'oba qui, au bout de la ligne, déterminent ce qui adviendra d'un accusé. Ce processus était la pièce maîtresse de tout jugement rendu dans n'importe quelle affaire et les ogbonis avaient l'habitude de le coordonner (The Guardian 31 déc. 2000c).

Au sujet des buts et des objectifs de la ROF, l'olori apena a déclaré ce qui suit :

[traduction]

Nous nous associons principalement pour mieux connaître Dieu afin que toutes les entreprises de la ROF soient conformes à Sa Sainte Volonté. Nous cherchons avant tout à rendre meilleurs les bons chrétiens et musulmans. Nous répandons la pratique de la bienveillance, de la charité et de la chasteté.

La poursuite de nos buts et objectifs amène chaque membre à apporter une aide (à titre de devoir obligatoire) à tous les autres membres et non-membres pauvres et en détresse, sans nuire à soi-même ou à ses proches, et sans commettre d'injustice envers ceux qui ne sont pas membres de la ROF.

Tout en essayant d'inculquer la règle d'or dans l'esprit de tous les membres, pour qu'ils fassent à autrui (membres et non-membres) ce qu'ils voudraient qu'on leur fasse, nous veillons à ce que nos membres, en qualité de citoyens responsables, respectent les lois et la constitution de la République fédérale du Nigéria ainsi que celles de tout autre pays où ils résident (ibid.).

Le professeur Akin Alao du Centre d'études africaines et afro-américaines de l'université du Texas accorde à la ROF le mérite de fournir le meilleur exemple d'une synthèse réussie entre les croyances religieuses traditionnelles yoroubas et le christianisme (24 janv. 2003). Dans un article intitulé « Yoruba: An Enduring Legacy », M. Alao fait valoir que ce que la ROF [traduction] « a conçu et apporté à l'Église chrétienne demeure la trace la plus visible de la culture yorouba dans la chrétienté » (Alao 24 janv. 2003).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous la liste des autres sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références

Alao, Akin. 24 janvier 2003. « Yoruba: An Enduring Legacy ». Article présenté au Centre d'études africaines et afro-américaines de l'université du Texas. [Date de consultation : 5 juill. 2005]

The Guardian [Lagos]. 31 décembre 2000a. Lekan Fadeyi. « We Are Misunderstood, Says Oyenuga ». [Date de consultation : 14 févr. 2001]
_____. 31 décembre 2000b. Lekan Fadeyi. « Perceptions of Ogboni ». [Date de consultation : 14 févr. 2001]
_____. 31 décembre 2000c. Lekan Fadeyi. « "ROF is Not a Secret Society" ». [Date de consultation : 14 févr. 2001]

Reformed Ogboni Fraternity (ROF) [Lagos]. 28 mars 2001. Communication écrite de l'olori olouwo.
_____. S.d.a. « Contact ». [Date de consultation : 16 févr. 2001]
_____. S.d.b. « The Reformed Ogboni Fraternity: The History ». [Date de consultation : 16 févr. 2001]
_____. 1998. « Constitution of the Reformed Ogboni Fraternity Incorporated ». Lagos : Owotutu & Sons Nigeria Limited.

Autres sources consultées

Danemark. Janvier 2005. Service de l'immigration du Danemark. Report on Human Rights Issues in Nigeria: Joint British-Danish Fact-finding Mission to Abuja and Lagos, Nigeria, 19 October – 2 November 2004. (1/2005 ENG) [Date de consultation : 16 juin 2005]

Norvège. Octobre 2004. Direction de l'immigration et Commission d'appel de l'immigration. Report from a Fact-Finding Trip to Nigeria (Abuja, Kaduna and Lagos) 23-28 February 2004.

Peel, J.D.Y. 2000. Religious Encounter and the Making of the Yoruba. Bloomington : Indiana University Press.

Sites Internet, y compris : AllAfrica.com, BBC News, FACTIVA, Ingenta Connect, Réseaux d'information régionaux intégrés (IRIN), université du Texas à Austin.

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