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Indonésie : information sur les cas signalés d'attaques contre des Chinois de souche, chrétiens ou non; protection offerte par l'État (2004-2006)

Publisher Canada: Immigration and Refugee Board of Canada
Author Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, Ottawa
Publication Date 28 March 2006
Citation / Document Symbol IDN101030.EF
Reference 2
Cite as Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, Indonésie : information sur les cas signalés d'attaques contre des Chinois de souche, chrétiens ou non; protection offerte par l'État (2004-2006), 28 March 2006, IDN101030.EF, available at: http://www.refworld.org/docid/45f1474811.html [accessed 27 November 2014]
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Aucune attaque visant particulièrement des Chinois indonésiens entre janvier 2004 et mars 2006 n'a été signalée par les sources consultées par la Direction des recherches. Dans une communication écrite du 13 mars 2006 envoyée à la Direction des recherches, une boursière en études de l'Asie du Sud-Est à l'Université Monash, qui a également rédigé un livre sur la violence contre les Chinois en Indonésie, a déclaré ne pas avoir entendu parler d'attaques [traduction] « graves » contre des Chinois indonésiens entre mars 2005 et mars 2006. L'Encyclopedia of Diasporas signale que [traduction] « depuis la fin du régime répressif de Suharto [en 1998], à l'exception d'incidents isolés, les Chinois de souche sont, en gros, laissés tranquilles » (2004, 805). Selon l'Encyclopedia of Diasporas, l'attention des Indonésiens a plutôt été accaparée par les conflits dans différentes régions du pays, et notamment en Aceh (2004, 805). La boursière en études de l'Asie du Sud-Est à l'Université Monash a toutefois précisé que [traduction] « si la situation des Chinois de souche s'est beaucoup améliorée, elle est toujours précaire sur les plans juridique et social » (13 mars 2006). Voici de l'information sur leur situation, et notamment sur des cas signalés de pratiques discriminatoires contre les Chinois indonésiens.

Il y a environ six millions de Chinois de souche en Indonésie, ce qui représente environ 2 p. 100 de l'ensemble de la population (Encyclopedia of the World's Minorities 2005, 609). Selon d'autres sources, le nombre de Chinois de souche en Indonésie varie entre 1,5 et 4 p. 100 de la population (Dow Jones International News 20 janv. 2004; The Economist 4 févr. 2006, The Straits Times 3 févr. 2006). The Economist fait valoir que de nombreux Chinois indonésiens n'ont probablement pas déclaré leur ethnicité chinoise au recensement de 2000, et ce [traduction] « par crainte de discrimination » (4 févr. 2006). Jemma Purdey, anciennement boursière en politicologie à l'Université de Melbourne, a fait remarquer dans un exposé présenté dans le cadre de la conférence de 2004 de l'association d'études asiatiques d'Australie (Asian Studies Association of Australia – ASAA), tenue à Canberra, que la majorité des Chinois indonésiens adhèrent à des croyances non musulmanes, dont le christianisme, le bouddhisme et le confucianisme (29 juin-2 juill. 2004, 1). Les petits groupes de catholiques et de protestants répartis sur l'ensemble du territoire indonésien constituent environ 8 p. 100 de la population (Encyclopedia of the World's Minorities 2005, 610).

Certains groupes de Chinois de souche habitent en Indonésie depuis des siècles et, selon l'Encyclopedia of the World's Minorities, [traduction] « ils sont pratiquement assimilés [et] largement christianisés » (ibid., 609). Ces Chinois parlent l'indonésien et portent des noms indonésiens (ibid.), car le régime de Suharto a interdit toute manifestation de l'ethnicité chinoise (Budiman 2005, 98). Depuis la chute du régime de Suharto en 1998, les gouvernements successifs ont abrogé les lois discriminatoires contre les Chinois (The Economist 4 févr. 2006; voir aussi The Straits Times 19 mars 2004), ce qui leur a permis de jouer un rôle de plus en plus actif dans la politique, les arts et les médias (The Wall Street Journal Europe 9 févr. 2005). Par exemple, en 2002, le président de l'époque, Megawati Sukarnoputri, a proclamé que le Nouvel an chinois serait une fête nationale (The Straits Times 3 févr. 2006; voir aussi The Economist 4 févr. 2006). Davantage de Chinois deviennent membres de partis politiques et se portent candidats aux élections, des journaux sont maintenant publiés en chinois et on s'intéresse de plus en plus à la langue et à la culture chinoises (The Straits Times 19 mars 2004; The Wall Street Journal Europe 9 févr. 2005; voir aussi AFP 26 janv. 2006). Les Chinois indonésiens ont également fondé des organisations destinées à exercer des pressions sur le gouvernement en vue de l'amener à abolir les lois discriminatoires (Budiman 2005, 100).

Toutefois, selon Tim Lindsey, directeur du centre de droit asiatique (Asian Law Centre) de l'université de Melbourne (Lindsey 2005, xiii), les réformes adoptées après 1998 ont jusqu'à maintenant été [traduction] « insuffisantes pour libérer les Chinois de souche en Indonésie de la discrimination institutionnalisée » (ibid., 42),. Certains membres de la communauté chinoise se sont plaints que l'État était incapable de protéger leurs droits ou n'était pas disposé à le faire, et durant les célébrations du Nouvel an chinois en 2006, le président actuel, Susilo Bambang Yudhoyono, a reconnu que les Chinois indonésiens étaient encore victimes de discrimination (The Jakarta Post 8 févr. 2006). Beaucoup de gens croiraient toujours que les Chinois de souche sont des riches hommes d'affaires qui dominent l'économie indonésienne (AFP 26 janv. 2006; The Jakarta Post 3 sept. 2004; The Straits Times 3 févr. 2006; voir aussi AFP 19 janv. 2004). Toutefois, selon le Jakarta Post, il est impossible de calculer la puissance économique exacte de quelque groupe ethnique indonésien que ce soit (3 sept. 2004). Le Straits Times, citant un universitaire spécialiste des affaires sino-indonésiennes, a signalé qu'en réalité les riches Chinois indonésiens ne représentaient qu'environ 20 p. 100 de la communauté chinoise, la majorité des Chinois de souche menant un train de vie plus modeste à titre de petits ou moyens entrepreneurs, d'ouvriers ou de colporteurs (3 févr. 2006).

Malgré l'abrogation des règles administratives jugées discriminatoires, les Chinois indonésiens éprouvent toujours de la difficulté à obtenir les pièces d'identité comme les certificats de naissance ou de mariage (The Jakarta Post 28 janv. 2006a; ibid. 28 janv. 2006b; Lindsey 2005, 45; The Straits Times 3 févr. 2006). Selon les lobbyistes contre la discrimination, l'État a bel et bien aboli la politique selon laquelle les Chinois indonésiens, pour obtenir divers documents, et notamment les cartes d'identité et passeports, devaient présenter une [traduction] « lettre prouvant qu'ils étaient citoyens de la République d'Indonésie » (SKBRI), mais certains bureaux du gouvernement continuent d'exiger une telle lettre (AFP 19 janv. 2004; The Jakarta Post 28 janv. 2006a; ibid. 28 janv. 2006b; The Straits Times 3 févr. 2006; voir aussi Encyclopedia of Diasporas 2004, 806; Lindsey 2005, 52-53). Tim Lindsey fait remarquer que des bureaucrates locaux et régionaux continuent d'appliquer à leur gré des politiques antichinoises (Lindsey 2005, 53). Par exemple, selon un porte-parole de l'institut indonésien contre la discrimination (LADI), lorsqu'un Chinois indonésien présente une demande de citoyenneté, on lui demande parfois de soumettre des pièces additionnelles, ou il doit donner des pots-de-vin afin d'obtenir des documents courants (The Straits Times 3 févr. 2006). Il se peut également qu'un Chinois de souche doive payer des droits plus élevés pour le traitement de ses documents, et ce parce que beaucoup de gens croient que les Chinois sont riches (Lindsey 2005, 54). Selon le LADI, environ 300 000 Chinois de souche n'ont pas pu obtenir la citoyenneté indonésienne, et ce malgré le fait qu'ils ont vécu en Indonésie toute leur vie (AFP 26 janv. 2006). De plus, à Jakarta seulement, il y a plusieurs centaines de Chinois indonésiens peu instruits et incapables de démarrer une entreprise, car ils ne possédaient ou ne possèdent pas les documents de citoyenneté nécessaires (ibid.). Un avocat spécialiste des droits de la personne en Indonésie a déclaré à un journaliste de l'Agence France-Presse (AFP) [traduction] « qu'il existe toujours plus de 50 lois et règlements discriminatoires contre les Chinois de souche »; le journaliste a pour sa part déclaré que les Chinois [traduction] « sont demeurés pratiquement des étrangers » en Indonésie (ibid. 19 janv. 2004).

À la fin de 2005, les médias ont signalé que les Chinois indonésiens recevaient, sur leur cellulaire, des messages de personnes anonymes qui les menaçaient de violences et les accusaient d'être des [traduction] « "voleurs détenant l'argent des Indonésiens" » (The Straits Times 3 nov. 2005; voir aussi AFP 2 nov. 2005). Le président Yudhoyono a demandé à la police d'enquêter sur les incidents; toutefois, l'un de ses porte-parole a déclaré qu'il serait difficile d'identifier les auteurs des messages, car ils avaient utilisé des téléphones cellulaires prépayés pour les envoyer (The Straits Times 3 nov. 2005). Aucune information additionnelle sur ces messages n'a été trouvée parmi les sources consultées par la Direction des recherches.

Les sources d'information sur les cas de violence contre des chrétiens en Indonésie entre 2004 et 2006 ne précisent pas en général l'origine ethnique des victimes (AP 31 oct. 2005; Dow Jones International News 31 déc. 2005; Reuters 7 juin 2004). En juin 2004, Reuters a signalé que la police soupçonnait environ 50 hommes locaux d'avoir participé à des attaques contre deux églises de Tangerang, près de Jakarta; un prédicateur a subi des blessures à la suite d'une de ces attaques qui sont survenues durant des services religieux (ibid.). Dans son exposé présenté à la conférence de 2004 de l'ASAA, Jemma Purdey a également mentionné les attaques contre des églises chrétiennes chinoises à Tangerang, ainsi qu'à d'autres lieux de culte à Bogor (Purdey 29 juin-2 juill. 2004, 6). Selon Jemma Purdey, un pasteur et un paroissien ont été blessés en tentant d'arrêter les attaquants (ibid.). Reuters a fait remarquer que les tentatives faites par les chrétiens pour ouvrir de nouvelles églises en Indonésie se heurtaient à la résistance des communautés musulmanes locales qui craignaient que les chrétiens se mettent à faire du prosélytisme (Reuters 7 juin 2004).

À la fin d'octobre 2005, trois étudiantes chrétiennes ont été décapitées et une autre a été blessée, dans la province de Célèbes-centre (AP 31 oct. 2005; Dow Jones International News 31 déc. 2005), où presque la moitié de la population est chrétienne (ibid.). D'autres attaques dans Célèbes-centre ont également été signalées : un attentat à la bombe contre un marché en mai 2005 a fait 22 morts (des chrétiens pour la plupart); une explosion en octobre 2005 visant une mini-fourgonnette transportant des chrétiens a fait un mort; un autre attentat à la bombe contre un marché en décembre 2005 a fait 8 morts et 45 blessés (la plupart d'entre d'eux étaient, semble-t-il, des chrétiens) (ibid.; AP 31 oct. 2005). La police a déclaré qu'elle ne connaissait pas l'identité des responsables de ces attaques (ibid.; Dow Jones International News 31 déc. 2005); cependant, avant l'attentat à la bombe de décembre 2005, il y avait eu plusieurs avertissements selon lesquels le groupe militant Jemaah Islamiyah s'apprêtait à lancer des attaques durant les fêtes de fin d'année (ibid.). Le gouvernement aurait répondu à ces avertissements en déployant des milliers de troupes partout au pays pour surveiller les églises et les endroits fréquentés par les étrangers (ibid.). L'Associated Press (AP) a signalé qu'au cours des mois précédant la décapitation en octobre 2005 des trois étudiantes, [traduction] « la plus haute instance islamique » de l'Indonésie avait condamné la pensée libérale islamique et les groupes islamiques intégristes avaient mené une campagne visant à interdire la construction d'églises chrétiennes (31 oct. 2005). Après le meurtre des étudiantes, le gouvernement a envoyé plus de 1 500 troupes pour patrouiller dans la province (AP 31 oct. 2005). Au 31 décembre 2005, personne n'avait encore été inculpé relativement aux meurtres ou à l'attentat à la bombe de mai 2005 contre le marché (Dow Jones International News 31 déc. 2005).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous la liste des autres sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références

Agence France-Presse (AFP). 26 janvier 2006. « New Year Freedoms for Chinese in Indonesia Mask Discrimination ». (Factiva)
_____. 2 novembre 2005. « Indonesia to Crack Down on Hate Text Messages ». (Factiva)
_____. 19 janvier 2004. Bhimanto Suwastoyo. « Indonesia May Celebrate Lunar New Year but Ethnic Chinese Face Same Old Woes ». (Factiva)

Associated Press (AP). 31 octobre 2005. Robin McDowell. « Indonesian Security Forces Brace for More Violence after Schoolgirl Beheadings ». (Factiva)

Boursière en études de l'Asie du Sud-Est, Monash University, Clayton, Australie. 13 mars 2006. Communication écrite.

Budiman, Arief. 2005. « Portrait of the Chinese in Post-Soeharto Indonesia ». Chinese Indonesians: Remembering, Distorting, Forgetting. Sous la direction de Tim Lindsey et de Helen Pausacker. Singapour : ISEAS Publications, Institute of Southeast Asian Studies.

Chinese Indonesians: Remembering, Distorting, Forgetting. 2005. « Contributors ». Sous la direction de Tim Lindsey et de Helen Pausacker. Singapour : ISEAS Publications, Institute of Southeast Asian Studies.

Dow Jones International News. 31 décembre 2005. « Bomb Kills 8 in Indonesia Province Plagued by Violence ». (Factiva)
_____. 20 janvier 2004. « Indonesian Chinese to Hold Big Lunar New Yr Celebration ». (Factiva)

The Economist. 4 février 2006. « The Happy Chinese – Indonesia ». (Factiva)

Encyclopedia of Diasporas: Immigrant and Refugee Cultures Around the World. 2004. Vol. 1. Mely G. Tan. « Ethnic Chinese in Indonesia ». Sous la direction de Melvin Ember, de Carol R. Ember et d'Ian Skoggard. New York : Kluwer Academic.

Encyclopedia of the World's Minorities. 2005. Vol. 2. « Indonesia ». Sous la direction de Carl Skutsch. New York : Routledge.

The Jakarta Post. 8 février 2006. Kornelius Purba. « Ending Discrimination Needs Everybody on Board ». (Factiva)
_____. 28 janvier 2006a. « Year of Fire and Earth ». (Factiva)
_____. 28 janvier 2006b. Oyo Saroso H.N. « Bandarlampung Vows to Scrap Anti-Chinese Practice ». [Date de consultation : 2 mars 2006]
_____. 3 septembre 2004. Christine Susanna Tjhin. « Minority Participation and Democratization ». (Factiva)

Lindsey, Tim. 2005. « Reconstituting the Ethnic Chinese in Post-Soeharto Indonesia: Law, Racial Discrimination, and Reform ». Chinese Indonesians: Remembering, Distorting, Forgetting. Sous la direction de Tim Lindsey et de Helen Pausacker. Singapour : ISEAS Publications, Institute of Southeast Asian Studies.

Purdey, Jemma. 29 juin -2 juillet 2004. « What Role Does Religion Play in Anti-Chinese Violence? ». Exposé présenté à la conférence de 2004 de l'Asian Studies Association of Australia (ASAA) à Canberra.

Reuters. 7 juin 2004. « Mobs Vandalise at Least Two Churches Near Jakarta ». (Factiva)

The Straits Times [Singapour]. 3 février 2006. Devi Asmarani. « Behind the Festive Cheer, All's Not Well ». (Factiva)
_____. 3 novembre 2005. Devi Asmarani. « Chinese Indonesians Get Hate Text Messages ». (Factiva)
_____. 19 mars 2004. Laurel Teo. « Chinese Indonesians Enter Politics ». (Factiva)

The Wall Street Journal Europe. 9 février 2005. Jay Solomon. « Chinese Group Helps Aceh Refugees Rebuild ». (Factiva)

Autres sources consultées

Deux sources orales n'ont pas fourni d'information dans les délais prescrits pour la réponse.

Sites Internet, y compris : Asian Ethnicity, Asian Human Rights Commission, États-Unis – Citizenship and Immigration Services (Resource Information Center), États-Unis – Department of State, Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), Minority Rights Group International, Nations Unies – Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR).

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