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Djibouti : partis politiques d'opposition (La présente version de la réponse remplace la version datée du 13 janvier 1999)

Publisher Canada: Immigration and Refugee Board of Canada
Author Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié, Canada
Publication Date 1 February 1999
Citation / Document Symbol DJI31018.F
Cite as Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, Djibouti : partis politiques d'opposition (La présente version de la réponse remplace la version datée du 13 janvier 1999), 1 February 1999, DJI31018.F, available at: http://www.refworld.org/docid/3ae6ad912c.html [accessed 26 July 2014]
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[Au moment de préparer la présente version de la réponse, la Direction des Recherches a pris connaissance de nouvelles non confirmées selon lesquelles Abdillahi Hamareiteh aurait été destitué de la présidence du PRD et les postes du bureau du parti auraient été comblés par des membres d'une autre faction du PRD. Une mise à jour de la présente réponse sera publiée dès que la Direction des recherches aura des renseignements supplémentaires sur ces événements.]

Il existe à Djibouti plusieurs partis politiques (Political Handbook of the World: 1998 1998, 262-263; Europa 1998, 1163-1164). Cependant la constitution djiboutienne de 1992 limite à quatre le nombre de partis politiques légalement reconnus (ibid.; Country Reports 1997 1998, 95; AFP 13 nov. 1997). Seuls les partis politiques suivants ont actuellement un statut légal : le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), au pouvoir depuis l'indépendance du pays en juin 1977; le Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (FRUD-Daoud); le Parti du renouveau démocratique (PRD) et le Parti national démocratique (PND) (Europa 1998; 1163; spécialiste 22 déc. 1998). Voici un bref aperçu historique de chacun des trois partis d'opposition.

1. Le Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (FRUD)

Le FRUD est né d'une fusion des groupes activistes d'Afars en 1991 (Minorities at Risk Project 25 juin 1998, 1; La Lettre hebdomadaire de la FIDH sept. 1997, 3; FRUD-Dini 15 déc. 1998). Ce mouvement s'est, à ce moment, directement lancé dans la lutte armée contre le régime en place à Djibouti, dominé en majorité par les membres du clan issa (ibid.).

Un accord de paix est cependant signé le 26 décembre 1994 entre le gouvernement djiboutien et une faction du FRUD, dite FRUD-Daoud, dirigée par Ali Mohamed Daoud (dit Jean-Marie) et Kifleh Ahmed (Minorities at Risk Project 25 juin 1998, 1; Europa 1998, 1163; FRUD-Dini 15 déc. 1998). Deux postes au sein du gouvernement seront alloués en juin 1995 au FRUD-Daoud, puis ce dernier sera légalisé comme parti politique en mars 1996 (ibid.). Lors des élections législatives du 19 décembre 1997, l'alliance RPP- FRUD-Daoud a obtenu 78,5 p. 100 des votes ainsi que la totalité des 65 sièges au parlement (Political Handbook of the World:1998 : 1998, 261). Selon Minorities at Risk Project, 28 des 65 sièges sont détenus par les membres du clan afar (25 juin 1998, 7). The Indian Ocean Newsletter (ION) du 2 janvier 1999, fait remarquer par ailleurs qu'Abatte Ebo Adou, un des députés du parti, s'est proclamé candidat aux prochaines élections présidentielles de mai 1999, sans avoir au préalable obtenu l'accord du bureau exécutif du FRUD (6). Ce geste lui a valu d'être expulsé du parti (ibid.).

L'autre faction du FRUD, dite FRUD-Dini, dirigée par Ahmed Dini, a opté pour la continuation de la lutte armée (FRUD-Dini 15 déc. 1998; Minorities at Risk Project 25 juin 1998, 7). Une autre dissension a par la suite éclaté le 23 mars 1996 au sein de la faction FRUD-Dini (ibid.; Europa 1998, 1166). De cette dissension, Ibrahim Chehem Daoud, ancien secrétaire adjoint responsable des communications a créé une autre organisation politico-militaire appelée FRUD-Renaissance (Minorities at Risk  Project 1998, 7; Europa 1998, 1166). Cependant, au cours d'un entretien téléphonique le 15 décembre 1998, un dirigeant du FRUD-Dini a déclaré que le FRUD-Renaissance n'a jamais été opérationnel : son chef, Ibrahim Chehem Daoud, s'étant vite rallié au régime d'Aptidon et travaille actuellement au sein de l'administration djiboutienne.

La faction FRUD-Dini continue la lutte armée et, selon The Indian Ocean Newsletter, les hommes d'Ahmed Dini, ont lancé, le 7 septembre 1998, deux attaques contre les localités de Soutbali et de Mideho à 14 km de la ville d'Obock, au nord du pays, prenant pour cible les infrastructures économiques et des garnisons militaires  (12 sept. 1998, 7). Selon un dirigeant du FRUD-Dini, sa faction intensifiera la guerre jusqu'à ce que le régime actuel accepte de partager le pouvoir (15 déc. 1998). Dans un communiqué publié par AFP le 2 novembre 1998, le FRUD-Dini affirme que des attaques ont eu lieu les 31 octobre et 1er novembre 1998 à Médého, dans le Nord, et à Dagguirou dans le Sud; elles auraient fait plusieurs morts et de nombreux blessés.

Les membres et les partisans du FRUD-Dini n'ont ni carte de membre, ni d'autre marque qui, par souci de sécurité, permettrait leur identification (FRUD-Dini 15 déc. 1998). Le FRUD-Dini est constitué d'une majorité d'Afars, mais compte dans ses rangs les membres d'autres ethnies comme les Issas et d'autres clans somaliens (ibid.).

Dans un entretien téléphonique le 8 décembre 1998, un professeur à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris et spécialiste des questions djiboutiennes, a signalé qu'il est plausible que certains membres du clan afar, surtout ceux associés à la faction FRUD-Dini, connaissent des ennuis réels et subissent la répression de la part des autorités djiboutiennes ou des militaires, surtout dans les régions du Nord où la faction FRUD-Dini mène des incursions.

Dans son rapport intitulé Afars of Djibouti, Minorities at Risk Project note que les membres du clan afar continuaient d'être vulnérables à Djibouti (25 juin 1998, 8).

2. Le Parti du renouveau démocratique (PRD)

Ancien ministre de la Santé publique au sein du cabinet du président Aptidon, Mohamed Djame Elabe a fondé le PRD le 27 septembre 1992 à Djibouti (PRD 29 déc. 1998; Political Handbook of the World:1998 1998, 263). Aux élections législatives de 1992, le PRD a recueilli 24,41 p. 100 des votes; il n'a toutefois obtenu aucun siège au parlement (ibid.).

Après la mort de Djame le 26 novembre 1996, les divisions ont éclaté au sein du PRP en mai 1997 (ibid., 264; PRD 29 déc. 1998). Abdillahi Hamareiteih est élu, lors du congrès du 23 mai 1997, président du PRD, Maki Houmed Gaba, premier vice-président et Carton Dibeth Oblik, deuxième vice-président (ibid.).

Aux élections législatives du 19 décembre 1997, le PRD n'a pu obtenir aucun siège au parlement malgré qu'il ait reçu 19,20 p. 100 des voix exprimées (Political Handbook of the World, 261).

Un communiqué conjoint signé le 25 novembre 1998 par Abdillahi Hamareiteh, Moumin Bahdon Farah et Mahdi Ibrahim God, respectivement présidents du PRD, du Groupe pour la démocratie et la république (GDR) et du Front uni de l'opposition djiboutienne (FUOD) qu'un dirigeant du PRD a télécopié à la Direction des recherches le 24 décembre 1998, définit une plate-forme commune et les grandes lignes du programme d'alliance entre les trois formations politiques précitées (Communiqué 25 nov. 1998). Les dirigeants du GDR ont exhorté leurs militants à voter pour le PRD au cours des législatives du 19 décembre 1997, étant donné que le GDR n'était pas légalement reconnu comme parti politique (Political Handbook of the World:1998 1998, 203).

Selon le chef du PRD, Abdillahi Hamareiteih, les membres de son parti sont en possession d'une carte de membre avec photo de format passeport (PRD 29 déc. 1998). Il a ajouté que depuis 1996, seul le président du parti est autorisé à signer les cartes de membre, alors qu'avant cette date, les cartes portaient la signature du trésorier général (ibid.). Un exemplaire de la carte de membre du PRD se trouve en annexe.

Pour des renseignements sur la faction illégale du PRD, dirigée par Daher Ahmed Farah, veuillez consulter DJI31107.E du 25 janvier 1999.

3. Le Parti national démocratique (PND)

Fondé en 1992 à Paris, le PND est dirigé par son fondateur, Aden Robleh Awalleh (Europa 1998, 1163; Political Handbook of the World: 1998 1998, 264). Ancien vice- président du RPP au pouvoir et ancien ministre, Awalleh avait auparavent fondé et dirigé le Mouvement national djiboutien pour l'instauration de la démocratie (MNDID) depuis 1986 (ibid.).

Le PND prône la formation d'un gouvernement d'union nationale qui devrait entreprendre des reformes démocratiques (Europa 1998, 1163). Aux élections législatives du 19 décembre 1997, le parti a reçu 2,3 p. 100 des suffrages exprimés (Political Handbook of the World: 1998 1998, 261). Selon la même source d'information, la décision d'Aden Robleh de suspendre en mai 1997 le porte-parole du parti, Farah Ali Wabert, n'a fait qu'exacerber les tensions au sein du parti (ibid.).

Citant l'AFP, l'information sur le site Internet de Djibouti de novembre 1998 fait état d'un attentat à la grenade non revendiqué contre le siège du PND (Actualité : Djibouti nov. 1998, 1). Le siège « était depuis peu contrôlé par les adversaires d'Aden Robleh, suite à la scission du parti » (ibid.). Le bureau exécutif provisoire du parti est dirigé par Mahdi Ahmed Abdillahié, ajoute la même source d'information (ibid.). Faisant encore référence à l'AFP, le même site, dans sa livraison de décembre 1998, fait état de la disparition d'Aden Robleh du pays, sans toute fois préciser ce qu'il est devenu (Actualité : Djibouti déc. 1998). Cette information n'a cependant pu être confirmée auprès d'autres sources consultées.

Selon un professeur spécialiste des questions djiboutiennes, le gouvernement actuel essaie de « torpiller » ses opposants en prévision des élections prévues en 1999 (Professeur l8 déc. 1998). Selon la même source d'information, il règne dans le pays une atmosphère de fin de règne où les élections présidentielles prévues en 1999 entraînent une lutte acharnée pour la succession (ibid.). Le régime tire dans toutes les directions, la dissidence n'est pas tolérée (ibid.). Si des Afars sont traditionnellement des cibles privilégiées du régime; les membres des autres clans, incluant même ceux du clan issa, sont visés (ibid.).

Dans une résolution adoptée le 18 décembre 1997, le Parlement européen décrivait déjà la situation alarmante des droits de la personne à Djibouti et s'inquiétait plus particulièrement de la violence exercée par le régime à l'encontre membres des partis d'opposition (ION 3 janv. 1998). À propos de la dissidence, Mondes rebelles écrivait déjà en 1996 ce qui suit :

Le délitement de l'opposition armée afar n'est pas gage de stabilité. Au contraire, les nuages semblent s'amonceler sur la petite république. Après avoir fait cause commune contre les Afars, les Issas commencent à régler leurs comptes entre eux. L'explosion possible du monde issa pourrait entraîner le pays, si ce n'est dans la guerre civile, du moins vers des affrontements.... (Mondes Rebelles 1996, 446).

La même source évoquait déjà une utilisation possible des différentes milices issas dans le cadre de la succession présidentielle (ibid.).

C'est dans ce contexte d'ailleurs, que certains anciens dignitaires du régime, à savoir Moumin Bahdon Farah, ancien ministre de la Justice et Ahamed Boulaleh Barreh Aka, ancien ministre de la Défense, ont, après une dissension au sein de l'équipe au pouvoir (RPP), fondé en mai 1996 le Groupe pour la démocratie et la République (GDR) (Europa 1998, 1164; Africa Research Bulletin 22 juin 1998, 13118). Le premier est membre des Odah Gob, sous clan des Issas et le second, membre des Furlabas, également du groupe des Issas (ION 5 sept. 1998, 5; ibid. 19 sept. 1998, 7).

Les deux hommes viennent d'être accusés et condamnés pour leur implication dans une tentative de coup d'État en complicité avec une dizaine des militaires dont huit qui sont membres des Odah gob/Issas et deux autres, membres des Furlaba/Issas) (ION 5 sept. 1998, 5; ibid. 19 sept. 1998, 7).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié.

Références

Actualité : Djibouti. Décembre 1998. [Internet ] [Date de consultation : 12 janv. 1999].

_____.Novembre 1998. [Internet] [Date de consultation : 11 janv. 1999].

Africa Research Bulletin. 22 juin 1998. Vol. 35, no 5. « Djibouti : Opposition Under Pressure ».

Agence France Presse (AFP). 13 novembre 1997. « Djibouti Opposition Rallies Against "Grotesque" Election ». (NEXIS)

_____.2 novembre 1998. « Actions armées dans la nuit de samedi à dimanche à Djibouti, selon le FRUD ». [internet] [Date de consultation : 2 nov. 1998].

Communiqué envoyé à la Direction des recherches par le président du PRD, Abdillahi Hamareiteh. 25 novembre 1998.

Country Reports on Human Rights Practices for 1997. 1998. Département d'État des États-Unis. Washington, DC : United States Government Printing Office.

The Europa World Year Book 1998. 1998. Vol. 1. Londres : Europa Publications.

FRUD-Dini. 15 décembre 1998. Entretien téléphonique avec un dirigeant.

The Indian Ocean NewsLetter [Paris]. 2 janvier 1999. No. 839. « Djibouti: Flap in FRUD».

_____.19 septembre 1998. No.825. « Djibouti: An Opportune Plot ».

_____.12 septembre 1998. No 824. «Two Small Operations By FRUD».

_____.5 septembre 1998. No 823. « Djibouti : Military in Detention ».

La Lettre hebdomadaire de la FIDH [Paris]. Septembre 1997. No 248. « Djibouti, 20 ans après l'indépendance : une république en perdition ».

Minorities at Risk Project. 25 juin 1998. « Afars of Djibouti ». [Internet] [Date de consultation : 7 déc. 1998).

Mondes rebelles : acteurs, conflits et violences politiques. Tome II. 1996. Dirigé par Balencie et de La Grange Paris : Éditions Michalon.

Parti du renouveau démocratique (PRD). 29 décembre 1998. Entretien téléphonique avec Abdillahi Hamareiteih.

Political Handbook of the World: 1998. 1998. Dirigé par Arthur S. Banks. Binghamton, NY : CSA Publications.

Professeur à l'École des hautes études des Sciences sociales. Paris. 8 décembre 1998. Entretien téléphonique

Spécialiste des questions djiboutiennes et auteur d'ouvrages sur Djibouti. 22 décembre 1998. Entretien téléphonique.

Document annexé

Parti du renouveau démocratique (PRD), Djibouti. 20 octobre 1998. Exemplaire d'une carte de membre envoyé à la Direction des recherches.

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