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Djibouti : noms des opposants politiques emprisonnés (1996-1999)

Publisher Canada: Immigration and Refugee Board of Canada
Author Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié, Canada
Publication Date 1 June 1999
Citation / Document Symbol DJI32248.F
Cite as Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, Djibouti : noms des opposants politiques emprisonnés (1996-1999), 1 June 1999, DJI32248.F, available at: http://www.refworld.org/docid/3ae6ac8640.html [accessed 2 September 2014]
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L'information qui suit vient d'un courriel envoyé le 20 juin 1999 par le président de l'Association Française des Amis des Démocrates de Djibouti (AFADD), qui est également avocat, défenseur des droits de l'homme, spécialiste de l'Afrique, expert-conseil auprès des Nations Unies, du Conseil de l'Europe et de l'Union Européenne. Le président effectue de nombreuses missions en Afrique dans le domaine de l'état de droit et des droits de la personne pour ces organisations internationales, et a représenté des opposants politiques djiboutiens.

Selon le président,

Opposants politiques : La situation des membres des partis d'opposition est très précaire. Les autorités politiques dissuadent toutes velléités de constitution de partis d'opposition forts et représentatifs. Le gouvernement, par l'intermédiaire de ses forces de police, avec la connivence des services judiciaires, montent des « affaires » pour discréditer les chefs de l'opposition. Exemple parmi beaucoup d'autres: l'affaire de l' « ivoire » reprochée à Moumin Badhon Farah, ancien ministre de la justice et des affaires étrangères. Il a été condamné à plusieurs reprises pour des faits non constitués. Le comité des droits de l'homme de l'Union Interparlementaire a pris plusieurs résolutions dénonçant les agissements du gouvernement. Un autre exemple concerne Me AREF, avocat et défenseur des droits de l'homme à Djibouti. Il a été condamné et incarcéré pour des motifs fallacieux; ses avocats français, dont moi, n'ont pas reçu de visa et se sont vus interdire de plaider à Djibouti.

Après l'élection du nouveau président de la République, sa peine a été confirmée par la cour d'appel dans des conditions violant toutes les normes internes et internationales. Il a bénéficié d'une grâce présidentielle le 9 avril et a été libéré. Son passeport lui est toujours retenu. D'autres exactions de ce type ont été constatées à l'encontre du candidat unique de l'opposition à l'élection présidentielle du 9 avril 1999. Le régime en place, avec le soutien de l'Union Européenne et notamment de la France ancienne puissance coloniale, se maintient depuis de nombreuses années en toute impunité.

Les journalistes d'organe de presse d'opposition sont systématiquement inquiétés et emprisonnés; leur matériel (ordinateur, imprimerie, routage...) sont confisqués au prétexte qu'il servirait à la l'incitation à la rébellion!

La plupart du temps, ce sont les dirigeants de l'opposition qui sont incarcérés dans des conditions indescriptibles à la prison de Gabode à Djibouti Ville.

Cependant, aucune procédure n'est ouverte ou dans le cadre de procédure totalement illégales, puisque la norme interne n'est même pas respectée, notamment le code de procédure pénale.

La République de Djibouti, ayant ratifié la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, devrait appliquer cette convention internationale qui édicte des préceptes en matière de sauvegarde des libertés publiques et fondamentales.

De nombreuses personnalités ont été arrêtées illégalement en Éthiopie et extradées vers Djibouti en 1998.

Deux personnes sont décédées à Gabode. Une femme enceinte, Aïcha Dabalé, emprisonnée, n'a pu être libérée que sur pression des ONG internationales.

Les simples sympathisants sont menacés et vivent dans la crainte de perdre leur emploi ou leur maison ou bien de se faire agresser violemment par les forces présidentielles dirigées actuellement par le Chef de l'État Ismael Omar Guelleh.

Les Familles: Les familles sont parfois détenues mais le plus souvent intimidées dans le cadre d'un régime généralisé de la terreur.

Groupes ethniques: Il est certain que la déstabilisation du pays tient à des origines ethniques depuis toujours, en tout cas depuis les dernières années de la présence française et surtout depuis l'accession à l'indépendance le 22 juin 1977.

Les Afars et les Issas sont en opposition pour le pouvoir et à l'intérieur de ces deux ethnies prépondérantes, il existe également des luttes claniques au niveau des sous-ethnies.

Selon Radio France Internationale, le président de Djibouti a ordonné la libération d'environ 40 prisonniers, incluant Maître Mohamed Aref (10 mai 1999). Africa Confidential indique dans son édition du 2 avril 1999 que le nouveau porte-parole de l'opposition djiboutienne est Moussa Ahmed Idriss qui est appuyé par une coalition de trois partis nommé l'Opposition djiboutienne unifiée (ODU) (6). Africa Confidential souligne également que les politiques de la coalition sont vagues, sauf sur la question du dialogue avec l'opposition armée, le Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (FRUD) (ibid.). Le FRUD a mis sur pied un mouvement politique, le Front unifié de l'opposition djiboutienne (FUOD) pour appuyer Moussa Ahmed Idriss et l'ODU (ibid.). Idriss a été appuyé par les deux plus importants syndicats du pays, et d'autres personnalités de l'opposition (ibid.).

L'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) s'est dit inquiète de la situation des prisonniers à la prison de Gabode sans toutefois indiqué s'il s'agit de prisonniers politiques (21 mai 1999). Se basant sur des informations provenant de l'Association pour les victimes de la répression en exil, l'OMCT donne les noms des prisonniers qui ont besoin de soins médicaux : Mohamed Daoud Chehem, Kamil Mohamed Ahmed, Haissama Idriss Hamid, Ali Ahaw Hourned, Farah Ali Rirache, Robleh Farah Arreh, Aden Hassan Houmed, Daoud Ahmed Ali, Aboubaker Mohamed Ayoub, Arab Ibrahim Amin, Abdi Moumin Aden, Mohamed Kadani et Saleh Mohamed Dini (ibid.).

The Horn of Africa Bulletin indique qu'en février 1999 la police djiboutienne a interrompu une manifestation de membres de l'opposition, bien que cette manifestation ait été approuvée par le ministère de l'Intérieur (janv.-févr. 1999, 4). Près de 200 manifestants ont été détenus à la station de police (ibid.).

Dans un communiqué de presse paru sur le site Web du groupe des droits de la personne Derechos Human Rights, un appel urgent est lancé pour soutenir les 40 grévistes de la faim détenus à Gabode apparemment pour des raisons politiques (5 juin 1998). Radio France internationale parle quant à elle de 43 grévistes (8 apr. 1999). À ces grévistes de la faim se sont joints 242 autres prisonniers de Gabode (ibid.). Le communiqué nomment quelques personnes qui ont participé à cette grève dont Aden Hassan Houmed, Daoud Ahmed Ali et Mohamed Adan Ibrahim décédé le 31 mai 1998 (ibid.).

Dans son édition du 4 mai 1999, le magazine français Libération rapporte que

Une quarantaine de prisonniers politiques à Djibouti, ainsi que dix opposants djiboutiens à Paris solidaires de leur grève de la faim, ont décidé dimanche soir [2 mai 1999] de mettre fin à leur jeûne de protestation, entamé le 29 mars. À Bagnolet, dans la banlieu parisienne, l'une des grévistes de la faim, Aïcha Dabalé, a considéré comme une vrai victoire ce dénouement, en soulignant que l'envoi d'une délégation de la Croix-Rouge internationale, puis d'une commission quadripartite sous l'égide de l'Observatoire international des prisons, constituait une concession sans précédent.

Environ de 12 à 14 membres de l'Armée nationale djiboutienne (AND) ont été accusés de tenir des réunions illégales et de préparer un coup d'état (The Horn of Africa Bulletin  juill.-août 1998, 3). Ils ont été arrêtés et interrogés par les services de sécurité de la Gendarmerie djiboutienne (ibid.). Les militaires interrogés sont membres des sous-clans Odahgob et Furlaba (ibid.). Deux hauts gradés ont été arrêtés dont le capitaine Fuad, commandant de la garnison de Obock (ibid.). L'édition de mai-juin 1998 de la même publication rapporte que deux membres du FRUD, Amin Hadgar Barao et Khaled Ismail Ali ont été arrêtés en Éthiopie, et que la mère de ce dernier a été détenue et interrogée par la police dans le quartier Afar de Djiboutiville en septembre 1998 (ibid., 4).

Le 11 mai 1998, Radio France internationale rapporte, sans donner de détails, que deux journaux d'opposition ont été suspendus pour avoir critiqué le ministre des Finances. Selon Horn of Africa, le rédacteur en chef et le rédacteur adjoint du journal d'opposition Le Populaire ont été relâchés après avoir purgé une sentence de deux mois en prison pour incitation à la haine clanique (juill.-aôut 1998). Omar Ahmed Vincent et Aboubaker Ahmed Aouled ont été emprisonné pour un article paru dans leur journal (ibid.). Le journal a également été suspendu pour trois mois, bien que des numéros ont sporadiquement été réalisés (ibid.).

En septembre 1997, des représentants de l'opposition ont été arrêtés par les autorités éthiopiennes et remis aux autorités djiboutiennes (The Horn of Africa Bulletin  sept.-oct. 1997, 4). Les personnes qui ont été arrêtées sont : Aicha Dabale, Mohamed Kadamy, Mohamed Daoud Chehe, Mohamed Kamil Ahmed (également nommé Kabir), et Ali Mohamed Maki (ibid.).

Pour des informations supplémentaires sur le situation politique et sociale à Djibouti en 1996 et 1997, veuillez consulter le rapport de mission de la Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme (FIDH) (Sept. 1997). Veuillez également trouvé en annexe un article du 6 juin 1997 du magazine Africa Confidential qui brosse un tableau de la situation politique de l'opposition djiboutienne.

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié.

Références

Africa Confidential. 2 avril 1999. Vol. 40, no 7. « Djibouti: Gouled's Choice. »

Africa News Online. 21 mai 1999. « Djibouti: Case DJI290499.1 Follow-Up Case DJI290499. » [Internet] < wysiwyg://95/http://www.africanews.org/

east/djibouti/stories/19990521_feat1.html > [Date de consultation : 9 juin 1999]

Derechos Human Rights, The Human Rights Actions Network. 5 juin 1998. « Djibouti: Political Prisoners in Hunger Strike. » [Internet] [Date de consultation : 11 juin 1999]

Horn of Africa. Juillet-Août 1998. « Djibouti: Opposition Journalists Freed. »

The Horn of Africa Bulletin. Janvier-Février 1999. Vol. 11, no 1. « A Decade on the Horn. »

_____. Juillet-Août 1998. vol. 10, no. 4. « Officers Arrested. »

_____. Mai-Juin 1998. vol. 10, n0. 3. « FRUD Detainees in Hospital. »

_____. Septembre-Octobre 1997. Vol. 9, no. 5. « Persecution of Djiboutian Opposition by Ethiopian Authorities. »

Libération. 4 mai 1999. Stephen Smith. « Djibouti : fin de la grève de la faim. » [Internet] [Date de consultation : 4 mai 1999]

Président de l'Association Française des Amis des Démocrates de Djibouti (AFADD), Paris, France. 20 juin 1999. Courriel.

Radio France Internationale [Paris, en français]. 10 mai 1999. « Headlines » (FBIS-WEU-1999-0510  10 mai 1999/WNC)

_____. 8 mai 1998. « Djibouti » (FBIS-WEU-1999-007  11 mai 1998/WNC)

_____. 8 avril 1999. « Headlines » (FBIS-WEU-1999-0408  8 avril 1999/WNC)

Documents annexés

Africa Confidential. 6 Juin 1997. Vol. 38, no. 12. « Djibouti: Unhappy Anniversary »

Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme. Septembre 1997. Sidiki Kaba

et Bénédicte Chesnelong. Djibouti, 20 ans après l'indépendance : une république en perdition.

Autres sources consultées

Africa Analysis : 1996-1998

Africa Confidential : 1996-1999

African Human Rights Newsletter : 1996-1999

African Review : 1996-1998

Africa Research Bulletin : 1996-1999

Africa Today : 1996-1999

Afrique contemporaine : 1996-1999

Cahiers d'études africaines : 1996-1998

Canadian Journal of African Studies/Journal canadien d'études africaines : 1996-1998

Current History : 1996-1999

Ethiopian Register : 1996-1999

Ethiopian Review : 1996-1999

Filière de pays : Djibouti

Horn of Africa Bulletin.: 1996-1999

The Indian Ocean Newsletter : 1996-1999

Jeune Afrique : 1996-1999

Journal of Contemporary African Studies : 1996-1998

Journal of Modern African Studies : 1996-1998

L'Autre afrique : 1996-1999

Leeds African Studies Bulletin : 1996-1999

Libération : 1996-1999

Le Monde Diplomatique : 1996-1999

Présences Africaines : 1996-1998

Sources électroniques : WNC, LEXIS-NEXIS, Internet.

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