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Brésil : crime organisé, y compris les gangs de rue; mesures prises par l'État dans sa lutte contre le crime organisé à Rio de Janeiro et à São Paulo (janvier 2005 - octobre 2007)

Publisher Immigration and Refugee Board of Canada
Author Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, Ottawa
Publication Date 14 November 2007
Citation / Document Symbol BRA102649.EF
Cite as Immigration and Refugee Board of Canada, Brésil : crime organisé, y compris les gangs de rue; mesures prises par l'État dans sa lutte contre le crime organisé à Rio de Janeiro et à São Paulo (janvier 2005 - octobre 2007), 14 November 2007, BRA102649.EF, available at: http://www.refworld.org/docid/4784df0a1e.html [accessed 17 April 2014]
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Situation générale

D'après les Conseils aux voyageurs élaborés par le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada (MAECI), les États de São Paulo et de Rio de Janeiro ont connu des cas de violence liés aux activités de gangs dans des endroits publics comme des autobus, des commerces et des postes de police, et les crimes graves, souvent violents, sont fréquents dans plusieurs centres urbains comme Rio de Janeiro, São Paulo, Brasília, Recife et Salvador (Canada 20 août 2007). Le conseil consultatif de sécurité outre-mer (Overseas Security Advisory Council – OSAC) affirme que la menace criminelle à Rio de Janeiro, qui ne cesse d'augmenter, a atteint un niveau [traduction] " critique " (OSAC 8 mars 2007); à São Paulo, la menace a également atteint un niveau [traduction] " critique ", et l'OSAC ajoute que la violence est souvent le fait [traduction] " des gangs de rue et des groupes criminels organisés mobiles " (ibid. 6 févr. 2007).

Dans son rapport annuel publié en 2007, Amnesty International (AI) souligne que le fait que des représentants du gouvernement brésilien participent à des activités criminelles a joué un rôle dans [traduction] " ce qui semble être une hausse des activités du crime organisé à l'échelle du pays " (AI 2007). Selon AI,

[traduction]

des responsables de l'application des lois se seraient livrés au commerce de la drogue et à la vente d'armes, en plus de fournir illégalement des armes, des téléphones cellulaires et de la drogue à des membres de groupes criminels qui sont incarcérés (2007).

D'après les 2006 Country Reports publiés par Global Integrity, [traduction] " la police brésilienne manque notoirement de fonds " (Global Integrity 2006), une observation reprise par l'OSAC (OSAC 8 mars 2007; ibid. 6 févr. 2007). D'autres sources déclarent que la corruption représente un grave problème au sein de la police brésilienne (É.-U. mars 2007, sect. III; EFE 15 déc. 2006). L'OSAC considère toutefois comme [traduction] " acceptable " la réaction de la police aux crimes subis par les citoyens américains se trouvant à Rio de Janeiro et à São Paulo (OSAC 8 mars 2007; ibid. 6 févr. 2007).

Guaracy Mingardi, criminologue principal à l'Institut latino-américain des Nations Unies pour la prévention du crime et le traitement des délinquants (Instituto Latino-Americano das NaçSes Unidas para Prevenção do Delito e Tratamento do Delinqüente – ILANUD) compare la situation du crime organisé à São Paulo avec celle à Rio de Janeiro :

[traduction]

à Rio de Janeiro, le crime organisé lié au trafic des drogues est prédominant, donc " très difficile à enrayer ", mais on a réussi à diminuer le nombre de cas d'enlèvement, alors qu'il est toujours élevé à São Paulo (IPS 22 juin 2006).

Rio de Janeiro

En décembre 2006, on a allégué que [traduction] " des milices de style paramilitaire " faisaient la loi dans 92 favelas réparties sur tout le territoire de Rio de Janeiro (AI 2007). Ces milices se composent de policiers, dont certains sont à la retraite, qui assurent la sécurité des citoyens en échange de sommes d'argent (ibid.; AFP 29 déc. 2006). Certains habitants se plaignent du fait que ces milices ont souvent recours à la violence et à l'extorsion et disent devenir vulnérables aux représailles de gangs de narcotrafiquants lorsque les milices cessent d'offrir leur protection (AI 2007).

Le 15 décembre 2006, l'agence de presse espagnole EFE signalait que des agents de la police fédérale avaient procédé à l'arrestation de 74 policiers accusés d'entretenir des liens avec les trafiquants d'armes et de drogues de la ville de Rio de Janeiro, une opération d'une ampleur sans précédent pour la ville (EFE 15 déc. 2006).

L'Agence France-Presse (AFP) a déclaré, le 29 décembre 2006, que des groupes criminels organisés avaient attaqué sans distinction civils et policiers dans plusieurs quartiers et banlieues de Rio de Janeiro; 18 personnes ont perdu la vie, dont 7 dans l'explosion d'un autobus (AFP 29 déc. 2006; É.-U. 6 mars 2007, sect. 1.a). Le ministère de la Sécurité publique de l'État de Rio de Janeiro croit que les attaques ont été commandées par des barons de la drogue incarcérés au pénitencier de Bangu I qui voulaient [traduction] " intimider le nouveau gouvernement de l'État de Rio de Janeiro, lequel [devait] prendre le pouvoir le lundi suivant [1er janvier 2007] " (AFP 29 déc. 2006). Toutefois, les autorités du pénitencier de Rio affirment que les attaques constituaient en fait des représailles contre des milices qui, depuis peu, chassaient les trafiquants de drogue des favelas (ibid.; voir aussi É.-U. 6 mars 2007, sect. 1.a).

L'International Narcotics Control Strategy Report publié par le Département d'État (Department of State) des États-Unis signale qu'en 2006, la police fédérale du Brésil a porté plusieurs coups aux groupes de narcotrafiquants étrangers, notamment par l'arrestation du baron de la drogue, Pablo Joaquin Rayo Montano, à São Paulo (É.-U. mars 2007, sect. I).

En janvier 2007, le quotidien de Brasília Correio Brasilense a publié une entrevue avec le ministrede la Sécurité publique, Jose Mariano Beltrame, qui a traçé les grandes lignes des nouvelles stratégies de sécurité de son ministère (11 janv. 2007). Son ministère envisageait notamment de mettre sur pied à Rio de Janeiro le plus grand centre de renseignement de l'Amérique latine, lequel comprendrait une section administrative et un institut de formation en renseignement, et serait doté d'outils informatiques permettant de repérer les crimes financiers comme le blanchiment d'argent, une des méthodes utilisées dans le processus de financement des gangs de narcotrafiquants (Correio Brasilense 11 janv. 2007). Le ministère verrait également à l'installation de caméras additionnelles dans toute la ville afin d'intervenir au moment même où les activités criminelles ont lieu (ibid.).

En juin 2007, le New York Times faisait état de descentes menées à Rio de Janeiro par la police fédérale à la suite desquelles 40 personnes, y compris des juges, des policiers, des procureurs et des avocats, ont été inculpés d'avoir accepté des pots-de-vin de caïds du crime organisé qui dirigeaient une loterie illégale appelée le " jeu de l'animal " (jogo de bicho) (7 juin 2007). Plus tôt en 2007, plusieurs directeurs d'écoles de samba qui se préparaient en vue du carnaval de Rio auraient été assassinés en raison de désaccords avec des gangs, lesquels financeraient le carnaval au moyen des profits de la loterie (The New York Times 7 juin 2007).

D'après AI, les autorités de Rio de Janeiro ont de plus en plus recours à des [traduction] " tactiques militaires ", comme l'utilisation de véhicules blindés de transport de troupes (caveirSes) pour maintenir l'ordre dans les favelas (2007). Amnesty International signale des cas où des civils ont été [traduction] " tués par des agents de la police militaire qui ont ouvert le feu au hasard depuis leur véhicule blindé " (AI 2007).

Selon les chiffres officiels publiés par AI, la police de l'État de Rio de Janeiro a tué 807 personnes au cours des neuf premiers mois de 2006, une augmentation par rapport à la même période en 2005 (ibid.).

São Paulo

Amnesty International montre, à l'aide des chiffres officiels, qu'entre janvier et septembre 2006, les policiers ont tué 528 personnes dans l'État de São Paulo, chiffre qui dépasse le nombre total de personnes tuées en 2005 (2007).

Selon le criminologue principal de l'ILANUD, Guaracy Mingardi, bien que le nombre de meurtres commis dans l'État de São Paulo ait diminué au cours des dernières années, ce qui est en partie attribuable à une hausse de l'effectif policier et des efforts de désarmement, cette diminution ne s'est pas accompagnée d'une amélioration qualitative des services de police (IPS 22 juin 2006).

En juillet 2005, la police de São Paulo aurait procédé à l'arrestation de 11 membres d'un syndicat du crime organisé appelé premier commando de la capitale (Primeiro Comando da Capital – PCC), y compris le principal administrateur du groupe, Deivid Surura (Dow Jones 26 juill. 2005). Les revenus du PCC proviennent essentiellement du trafic des drogues et de la protection qu'il accorde aux criminels et aux membres de leur famille, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la prison (ibid.). D'après le quotidien de Lima Latinamerica Press, les 6 000 membres du PCC qui sont détenus [traduction] " influencent " plus de 80 p. 100 de la population carcérale de São Paulo (14 juin 2006).

En mai 2006, les membres du PCC auraient été les auteurs d'une série d'émeutes d'un bout à l'autre de l'État de São Paulo, et ce pour protester contre le projet de transférer leur chef, Marcos Herbas Camacho (Latinamerica Press 14 juin 2006), vers une prison à sécurité élevée (AI 2007). Marcos Herbas Camacho avait reçu un enregistrement de ses avocats (Washington Post 10 août 2006; The New York Times 30 mai 2006), où l'on expliquait en détail le plan visant à le transférer, ainsi que 700 autres détenus, vers une prison située à des centaines de kilomètres afin de nuire à leurs opérations illégales; le chef du PCC a obtenu l'enregistrement en versant 100 dollars américains à un technicien du son à l'emploi du gouvernement afin que celui-ci enregistre l'audience qui se tenait à huis clos (ibid.). Des émeutes ont éclaté simultanément dans plus de 70 prisons à l'échelle de l'État (ibid. 16 mai 2006; Latinamerica Press 14 juin 2006; É.-U. 6 mars 2007, sect. 1.a). Ces émeutes étaient coordonnées au moyen de téléphones cellulaires et de radios introduits clandestinement dans les prisons de São Paulo (New York Times 17 mai 2006). Dans les jours de violence qui ont suivi, les émeutiers ont tué une quarantaine de policiers, attaqué des banques, des postes de police et des édifices publics (ibid.; HRW janv. 2007; AI 2007), et incendié environ 80 autobus (ibid.). Les policiers ont répliqué en tuant une centaine de personnes soupçonnées d'avoir participé aux émeutes (AI 2007; HRW 18 mai 2006; É.-U. 6 mars 2007, sect. 1.a; The New York Times 30 mai 2006). Les incidents ont également causé la mort de 16 civils (ibid.); le PCC ne visait pas les civils en particulier, mais les émeutes ont néanmoins semé [traduction] " l'hystérie et la paranoïa chez la population locale " (OSAC 6 févr. 2007).

D'après le New York Times, certains spécialistes de la sécurité auraient critiqué le manque de préparation de la police au regard des émeutes ainsi que le refus du gouvernement d'accepter l'aide extérieure [traduction] " afin d'éviter de perdre la face du point de vue politique " (17 mai 2006).

La commission indépendante spéciale pour la crise de sécurité publique de l'État de São Paulo, qui a publié un rapport en septembre 2006, a signalé que 493 personnes ont été tuées au cours des 10 jours de violence en mai 2006, soit presque le double du taux normal d'homicides (É.-U. 6 mars 2007, sect. 1.a). Le rapport fait remarquer également qu'entre 60 et 70 p. 100 des 124 suspects tués par la police présentaient des blessures portant à croire qu'ils avaient été exécutés (ibid.; voir aussi HRW janv. 2007).

Des membres du PCC ont lancé d'autres attaques à São Paulo vers la mi-juillet 2006, lesquelles ont fait huit morts (AI 14 juill. 2006; EFE 7 août 2006). Le 7 août 2006, EFE a rapporté 78 attaques au cours de la journée à São Paulo, où les membres du PCC ont utilisé des fusils et des bombes incendiaires à l'endroit de policiers, d'autobus et d'édifices publics. En retour, la police a tué deux suspects et en a arrêté douze autres dans le but de reprendre la situation en main (EFE 7 août 2006).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous la liste des autres sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références

Agence France-Presse (AFP). 29 décembre 2006. " Le Brésil sous l'emprise de la peur du crime organisé ". (NEXIS)

Amnesty International (AI). 2007. " Brazil ". Amnesty International Report 2007. [Date de consultation : 29 oct. 2007]
_____. 14 juillet 2006. " Brazil: Further Criminal Attacks in São Paulo ". (AMR 19/025/2006) [Date de consultation : 29 oct. 2007]

Canada. 20 août 2007. Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada. " Conseils aux voyageurs : Brésil ". [Date de consultation : 29 oct. 2007]

Correio Brasilense [Brasilia, en portugais]. 11 janvier 2007. Ricardo Miranda. " Brazilian Security Secretary Discusses Plans to Fight Organized Crime in Rio ". (Factiva/BBC Monitoring Americas 15 janvier 2007)

Dow Jones International News. 26 juillet 2005. " Brazil Police: Major Blow Dealt to Organized Crime Group ". (Factiva/AP)

EFE News Service. 15 décembre 2006. " Dozens of Brazilian Cops Arrested for Organized Crime Links ". (Factiva)
_____. 7 août 2006. " Organized Crime Challenging São Paulo Authorities Again ". (Factiva)

États-Unis (É.-U.). 6 mars 2007. Department of State. " Brazil ". Country Reports on Human Rights Practices for 2006. [Date de consultation : 29 oct. 2007]
_____. Mars 2007. Department of State. " Brazil ". International Narcotics Control Strategy Report 2007. [Date de consultation : 29 oct. 2007]

Global Integrity. 2006. " Brazil Scorecard – Law Enforcement ". 2006 Country Reports. [Date de consultation : 29 oct. 2007]

Human Rights Watch (HRW). Janvier 2007. " Brazil ". World Report 2007. [Date de consultation : 31 oct. 2007]
_____. 18 mai 2006. " Investigate Deaths in Gang Violence: Police Accused of Summary Executions ". [Date de consultation : 29 oct. 2007]

Inter Press Service (IPS). 22 juin 2006. Mario Osava. " Brazil: Gov't Stands by While Murder Rate Skyrockets – Report ". (NEXIS)

Latinamerica Press [Lima]. 14 juin 2006. José Pedro Martins. " Criminal Violence Puts Public Security in Check ". [Date de consultation : 14 juin 2006]

The New York Times. 7 juin 2007. Larry Rohter. " Brazilian Numbers Game Ties Officials to Mobsters ". [Date de consultation : 29 oct. 2007]
_____. 30 mai 2006. Larry Rohter. " Police Are Criticized in Wave of Gang Violence in Brazil ". [Date de consultation : 29 oct. 2007]
_____. 17 mai 2006. Paulo Prada. " 5 Days of Violence by Gangs in São Paulo Leaves 115 Dead Before Subsiding ". [Date de consultation : 29 oct. 2007]

Overseas Security Advisory Council (OSAC). 8 mars 2007. Brazil 2007 Crime & Safety: Rio de Janeiro. [Date de consultation : 29 oct. 2007]
_____. 6 février 2007. Brazil 2007 Crime & Safety Report: São Paulo. [Date de consultation : 29 oct. 2007]

Washington Post. 10 août 2006. Monte Reel. " Brazil Confronts Prison Gang Violence; Members on Outside Challenge Government with another Wave of Attacks ". (Factiva)

Autres sources consultées

Sites Internet, y compris : Agência Carta Maior, Brésil – ministère de la Justice, Brazzil Magazine, British Broadcasting Corporation (BBC), Centro de Estudos de Criminalidade e Segurança Pública (CRISP), Centro de Justiça Global, Courrier international, European Country of Origin Information Network (ecoi.net), Gabinete de Assessoria Jurídica às OrganizaçSes Populares (GATOP), O Estado de São Paulo, Istoé [São Paulo], Jornal do Brasil [Rio de Janeiro], Justice Studies of the Americas, Núcleo de Estudos de Violência.

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