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Pakistan : information sur les activités criminelles et la violence exercées à Karachi par des groupes politiques, ethniques ou religieux, ou à leur demande, y compris l'intervention de l'État

Publisher Canada: Immigration and Refugee Board of Canada
Publication Date 7 December 2011
Citation / Document Symbol PAK103866.EF
Related Document Pakistan: Criminal activity and violence in Karachi perpetrated or directed by political, ethnic or religious groups, including the state's response
Cite as Canada: Immigration and Refugee Board of Canada, Pakistan : information sur les activités criminelles et la violence exercées à Karachi par des groupes politiques, ethniques ou religieux, ou à leur demande, y compris l'intervention de l'État, 7 December 2011, PAK103866.EF, available at: http://www.refworld.org/docid/5072c9a42.html [accessed 26 November 2014]
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Niveau de violence

La Commission des droits de la personne du Pakistan (Human Rights Commission of Pakistan - HRCP) a constaté que, en 2010, la fréquence des actes de violence et des [traduction] « assassinats ciblés » s'est « soudainement » accrue à Karachi (avr. 2011, 79). Selon un article paru dans le journal Dawn, la HRCP a mentionné que 748 personnes ont été tuées cette année-là par suite d'assassinats ciblés, par rapport à 272 en 2009 (Dawn 6 janv. 2011). On peut lire dans le journal Dawn que ces personnes ont été tuées pour des [traduction] « motifs politiques, ethniques et confessionnels [ou pour] d'autres motifs » (ibid.). La HRCP affirme aussi que les guerres de gangs en cours dans le quartier de Lyari, à Karachi, ont entraîné la mort de 81 personnes (avr. 2011, 80).

D'après The Guardian, en août 2011, le premier ministre du Pakistan a déclaré que la violence à Karachi constituait le [traduction] « "principal problème" » du Pakistan (28 août 2011). Compte tenu des reportages sur [traduction] « l'état lamentable de l'ordre public » à Karachi, « particulièrement en juillet et août 2011 », la Cour suprême du Pakistan s'est penchée « suo motu » [de [traduction] « son propre chef » (Dawn 27 juin 2006)] sur la question de l'ordre public à Karachi, rendant une décision le 6 octobre 2011 (Pakistan 6 oct. 2011, 18). Dans sa décision, la Cour a souligné que, en 2011, 1 310 [traduction] « citoyens innocents » sont morts à Karachi en raison de la violence ethnique et des guerres de territoire relatives à des « intérêt[s] socio-politico-économiques » (ibid., 149, 153).

Explications concernant la violence

Marco Mezzera, analyste politique indépendant et auteur de plusieurs ouvrages sur le système de gouvernance du Pakistan, attribue la violence à Karachi à la [traduction] « rivalité politique et ethnique », et décrit la ville comme un lieu « où les politiciens, les criminels, les terroristes et les migrants des zones de guerre à proximité luttent pour le pouvoir et leur survie » (Mezzera 10 oct. 2011). Mosharraf Zaidi, analyste politique au Pakistan qui a été interviewé par le Conseil des relations étrangères (Council on Foreign Relations), affirme que la violence implique des [traduction] « gangs armés liés à des groupes ethniques et politiques rivaux » (Zaidi 15 août 2011). Marco Mezzara explique également que, en plus de la [traduction] « concurrence ethnopolitique […] [l]es limites entre l'activisme politique, le terrorisme, les escadrons d'assassins, l'appropriation de terres par la mafia, et la criminalité liée à la drogue sont devenues floues, et s'entrecroisent parfois » (10 oct. 2011). Mosharraf Zaidi ajoute que [traduction] « la violence tire son origine du système judiciaire et des forces policières inefficaces, qui incitent les groupes ethniques, confessionnels, politiques, militants et criminels à recourir à la violence avec impunité » (15 août 2011).

Types de violence

Dans sa décision, la Cour suprême du Pakistan s'est appuyée sur des renseignements fournis entre autres par l'avocat général du Sindh, le président de l'Association d'avocats de la Haute Cour du Sindh (Sindh High Court Bar Association), l'inspecteur général de la police du Sindh et le secrétaire en chef du Sindh (Pakistan 6 oct. 2011, 20, 22-23, 34). Elle souligne qu'un nombre [traduction] « incalculable » de personnes à Karachi ont été blessées dans le cadre des [traduction] « incidents de brutalité et des « carnages » qui ont eu lieu là-bas (ibid., 34, 150). Par exemple, des sources mentionnent que des corps sont démembrés (ibid., 150; Reuters 28 août 2011; The Economist 27 août 2011; Dawn 9 sept. 2011a), que [traduction] « certaines personnes sont vrillées, brûlées, taillées en pièces et décapitées » (Reuters 28 août 2011), et que des corps ou des parties de corps sont mis dans des sacs (Pakistan 6 oct. 2011, 150; Reuters 28 août 2011; The Economist 27 août 2011; AFP 29 août 2011) et jetés dans des ruelles (Reuters 28 août 2011; The Economist 27 août 2011), des caniveaux (ibid.), des lieux abandonnés (Pakistan 6 oct. 2011, 61) et dans la rue (VOA 22 août 2011; AFP 29 août 2011).

De plus, des documents récents font état de l'existence de [traduction] « salles de torture » à Karachi (Pakistan 6 oct. 2011, 150; Reuters 28 août 2011; The Economist 27 août 2011; Dawn 9 sept. 2011a). Selon un article paru en août 2011 dans The Guardian, les troupes du ministère de l'Intérieur ont trouvé des salles de torture lors d'incursions dans le district de Lyari, un bastion du Parti du peuple pakistanais (Pakistan People's Party - PPP) (23 août 2011). Selon le journal Dawn de Karachi, le ministre de l'Intérieur aurait montré à des membres du cabinet fédéral des photos des salles de torture lors d'une rencontre tenue en septembre (9 sept. 2011a). Des médias soulignent que les actes de torture sont enregistrés à l'aide de cellulaires, puis diffusés (The Guardian 28 août 2011; Reuters 28 août 2011; The Economist 27 août 2011) et utilisés pour répandre davantage la [traduction] « terreur » (ibid.; Reuters 28 août 2011). Parmi les sources qu'elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n'a trouvé aucun renseignement sur les personnes ayant mis en place ces salles de torture.

Des médias font aussi état d'enlèvements (ibid.; The Economist 27 août 2011) et de fusillades (VOA 22 août 2011; AFP 7 août 2011; BBC 17 août 2011; Reuters 28 août 2011). L'article de Reuters fait également mention de criminels armés de mitrailleuses, d'AK-47 et de grenades propulsées par fusée (ibid.).

Des sources signalent des cas d'extorsion [aussi appelée bhatta ou bata] (Pakistan 6 oct. 2011, 45, 150; Reuters 28 août 2011; HRCP 8 oct. 2011; The Economist 27 août 2011), et précisent que les victimes comprennent des propriétaires de maisons et d'entreprises à Karachi (ibid.). Selon la HRCP, toutes les entreprises, qu'elles soient petites, moyennes ou grandes, font l'objet d'actes d'extorsion commis par des criminels [traduction] « qui auraient des liens avec la totalité des partis politiques » à Karachi (8 oct. 2011). La Cour suprême du Pakistan tient des propos similaires à l'observation de la HRCP, voulant que les criminels, appuyés par les partis politiques [traduction] « qui sont les intéressés », extorquent de l'argent, environ 10 millions de roupies par jour [113 000 CAD (Canada 6 déc. 2011)], de vendeurs ambulants, de commerçants et d'importants hommes d'affaires (Pakistan 6 oct. 2011, 45). The Economist nomme trois partis politiques rivaux qui seraient impliqués dans les activités d'extorsion visant les entreprises : le Mouvement national unifié (Muttahida Quami Movement - MQM), le PPP, et le Parti national Awami (Awami National Party - ANP) (27 août 2011). De plus, la Cour suprême du Pakistan mentionne aussi que le Jamaat-e-Islami et le Sunni Tehreek font partie des groupes qui extorquent de l'argent (Pakistan 6 oct. 2011, 45). Selon la HRCP, [traduction] « [u]ne grande partie de la violence [à Karachi] est liée aux conflits concernant la question de savoir quel groupe perçoit le butin dans une zone donnée » (8 oct. 2011).

La Cour suprême du Pakistan et la HRCP affirment que [traduction] « l'appropriation de terres » est également flagrante dans la ville (Pakistan 6 oct. 2011, 150; HRCP 8 oct. 2011). Comme l'explique la HRCP, [traduction] « le pouvoir politique et l'appareil étatique sont utilisés pour s'approprier des terres » depuis 2002, « et les gangs s'appropriant des terres et les mafias ont tenté de tirer profit de la dégradation de l'ordre public » (8 oct. 2011). Des sources font aussi mention de la destruction de biens (Pakistan 6 oct. 2011, 150; HRCP 8 oct. 2011; RFE/RL 8 août 2011; AFP 7 août 2011), soulignant que des maisons et des entreprises sont brûlées complètement (ibid.; HRCP 8 oct. 2011; RFE/RL 8 août 2011).

Cibles de la violence

Des sources affirment que les gens sont pris pour cible du fait de leur origine ethnique (HRCP 8 oct. 2011; The Economist 27 août 2011; AFP 7 août 2011; Reuters 28 août 2011). Reuters écrit que [traduction] « des responsables de la sécurité sont mis au fait de cas où les cartes d'identité de personnes victimes de meurtre ont été examinées afin d'établir leur origine ethnique avant qu'elles soient abattues » (ibid.). The Economist explique que [traduction] « la langue, les vêtements et même la coupe de cheveux d'une personne peuvent révéler son origine ethnique aux escadrons de la mort » (27 août 2011). La majorité des victimes sont [traduction] « [d'] innocents civils » (AFP 7 août 2011) ou, selon The Guardian, [traduction] « [d'] innocents passants » (28 août 2011). The Economist précise que [traduction] « [l]a plupart des victimes sont des gens ordinaires pris pour cible de façon aléatoire en raison de leur origine ethnique » (ibid.). Des médias mentionnent que les citoyens de Karachi ont peur de quitter leur domicile (Nations Unies 11 juill. 2011; The Economist 27 août 2011). La HRCP affirme que des journalistes ont également dit qu'ils craignaient d'effectuer des reportages dans les zones où la violence sévit et [traduction] « [qu'] il est extrêmement difficile de se déplacer d'une localité dominée par un groupe ethnique à une autre » (8 oct. 2011). Un responsable principal de la sécurité au Pakistan, cité dans un article de Reuters, a qualifié la violence à Karachi de [traduction] « nettoyage ethnique » (28 août 2011). L'analyste politique Marco Mezzera déclare que [traduction] « [b]on nombre des dizaines de groupes militants et confessionnels présents à Karachi, y compris les talibans, sont aussi impliqués dans les violents conflits entre la majorité sunnite et la minorité musulmane chiite » (10 oct. 2011).

Selon la HRCP, les commerces appartenant habituellement à des Pachtounes [aussi appelés en anglais Pashtos (RFE/RL 8 août 2011), Pukhtoons (IRIN 11 juill. 2011), Pushtuns (The Economist 16 déc. 2010), et Pakhtuns (HRCP 8 oct. 2011)], comme les commerces de vente ambulante (chariots), les commerces de camionnage, les restauroutes et les commerces de transport en pousse-pousse, sont souvent pris pour cible, peu importe s'ils ont des liens avec un parti politique (8 oct. 2011). Selon Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), la HRCP a affirmé que la population pachtoune dans le district de Kali Pahari à Karachi avait été particulièrement touchée par la violence (8 août 2011). Le journal Dawn signale que certains Pachtounes quittent Karachi en raison de la violence (29 août 2011).

Des médias font également état de violence fondée sur l'appartenance politique des gens (AFP 7 août 2011; BBC 17 août 2011; Reuters 28 août 2011). En août 2011, par exemple, un ancien parlementaire du PPP a été abatttu à Lyari (BBC 17 août 2011; Reuters 28 août 2011). Un an auparavant, un membre du MQM au Parlement provincial aurait été assassiné à Nazimabad (The Express Tribune 2 août 2010), ce qui a entraîné une explosion de la violence (ibid.; The Economist 16 déc. 2010). D'après Reuters, certains chefs de parti politique ont aussi reçu des messages de menaces (28 août 2011). On peut lire dans un rapport sur la mission d'enquête effectuée par la HRCP à Karachi en juillet 2011 que 15 avocats ont été pris pour cible et [traduction] « assassinés » (8 oct. 2011).

Zones les plus touchées par la violence

Des médias soulignent que la plupart des meurtres surviennent dans les quartiers pauvres de Karachi (The Economist 16 déc. 2010; Reuters 28 août 2011). Katti Pahari [aussi appelé en anglais Kathi Pahari (RFE/RL 8 août 2011)] serait l'un des quartiers les plus touchés par les actes de violence récents commis à Karachi (ibid.; AFP 7 août 2011; HRCP 1er août 2011). Selon RFE/RL, Katti Pahari est principalement habité par des personnes qui parlent l'urdu (8 août 2011). RFE/RL signale aussi que Kali Pahari, un village principalement pachtoune, a été particulièrement touché par la violence (8 août 2011). Reuters mentionne que la plupart des meurtres ont eu lieu en bordure de Karachi, dans une zone clairement établie comme appartenant à l'ANP (28 août 2011), que la HRCP qualifie de [traduction] « force politique émergente » de Karachi (8 oct. 2011). Reuters affirme aussi qu'Orangi Town est [traduction] « l'un des quartiers les plus durement touchés » (28 août 2011). Les autres zones de Karachi où la violence est particulièrement intense comprennent l'ouest de la ville (AFP 7 août 2011) et le district de Lyari (HRCP avr. 2011).

Groupes ethniques et appartenances politiques de ces derniers

L'Agence France-Presse (AFP) affirme que les Mohajirs, les Pachtounes, les Sindhis, les Panjabis et les Baloutches comptent parmi les groupes ethniques présents à Karachi (29 août 2011). Les Mohajirs [aussi appelés en anglais Muhajirs (RFE/RL 8 août 2011)] parlent l'urdu (ibid.; Reuters 28 août 2011; AFP 7 août 2011). Ils forment le groupe ethnique le plus important de Karachi (ibid.), et ils sont représentés par le MQM (Reuters 28 août 2011; The Economist 16 déc. 2010; AFP 7 août 2011; ibid. 8 oct. 2011; CSIS 7 juin 2011, 119), qui est le deuxième parti en importance à l'Assemblée provinciale (Pakistan 6 oct. 2011, 81) et le parti dominant à Karachi (CSIS 7 juin 2011, 119; Reuters 28 août 2011). Il y a des Mohajirs au Pakistan depuis qu'ils y ont immigré en 1947 (Nations Unies 11 juill. 2011; Reuters 28 août 2011; The Economist 16 déc. 2010).

Les Pachtounes forment le deuxième groupe ethnique en importance à Karachi (RFE/RL 8 août 2011; The Economist 16 déc. 2010). Ils parlent le pachto (BBC 4 août 2011). Les Pachtounes sont arrivés à Karachi [traduction] « au cours des dernières années » (CSIS 7 juin 2011, 119), y ayant immigré en grand nombre (Reuters 28 août 2011; BBC 29 août 2011) depuis la province de Khyber Pakhtoonkhwa [aussi appelée Khyber Pakhtunkhwa (HRCP 8 oct. 2011)], qui se trouve dans le nord du pays (ibid.; Nations Unies 11 juill. 2011). Après avoir été déplacés en raison des opérations contre les talibans, [traduction] « des centaines de milliers » d'entre eux sont récémment arrivés dans la ville, selon la British Broadcasting Corporation (BBC) (29 août 2011). Les Pachtounes seraient liés à l'ANP (The Economist 16 déc. 2010; Reuters 28 août 2011; AFP 7 août 2011; ibid. 8 oct. 2011; CSIS 7 juin 2011, 119).

The Economist affirme que les Baloutches, qui sont originaires de la province du Baloutchistan, appuient le PPP, parti à la tête du gouvernement de coalition à Islamabad depuis 2008 (16 déc. 2010). D'autres sources mentionnent que le PPP bénéficie de l'appui des Sindhis (Dawn 21 août 2011; Zaidi 15 août 2011).

Relations entre les partis politiques

Des sources font état de tensions entre le MQM et l'ANP (AFP 7 août 2011; HRCP 8 oct. 2011). Bien que Reuters déclare que la violence ethnique sévit depuis longtemps entre le MQM et l'ANP (28 août 2011), d'après la BBC, la migration des Pachtounes à Karachi a attisé les tensions (29 août 2011). La HRCP affirme que le [traduction] « MQM craint de se faire battre en nombre par ses rivaux politiques », alors que l'ANP souhaite augmenter son nombre de sièges aux assemblées nationale et provinciales (8 oct. 2011). Le Centre d'études stratégiques et internationales (Center for Strategic and International Studies - CSIS) donne des renseignements allant dans le même sens que l'affirmation de la HRCP, déclarant que le MQM craint que les données démographiques et, par conséquent, le pouvoir politique changent (7 juin 2011, 119). The Guardian explique que l'ANP et le PPP [traduction] « disputent » le pouvoir au MQM (28 août 2011).

Selon l'analyste politique Marco Mezzera, l'augmentation de la violence [traduction] « peut être considérée comme un ultime effort de la part du MQM pour maintenir son statut dans la capitale du Sindh et à l'échelle nationale » (10 oct. 2011). Des sources affirment que le MQM et l'ANP se livrent une [traduction] « guerre de territoire » (HRCP 8 oct. 2011; Reuters 28 août 2011). The Economist fait état de [traduction] « disputes territoriales » entre des gangs de Mohajirs, de Pachtounes et de Baloutches (16 déc. 2010). D'après Reuters, ces guerres de territoire se caractérisent par des [traduction] « stratagèmes visant l'appropriation de terres », le contrôle de l'extorsion ainsi que des votes (28 août 2011). The Economist déclare qu'un contrôle plus grand du territoire peut apporter un nombre plus important de votes et que, parfois, les membres des partis politiques [traduction] « prennent de force les cartes d'identité des électeurs de leurs régions et les utilisent afin de fausser le vote » (16 déc. 2010). Selon l'analyste politique Mosharraf Zaidi, la concurrence entre les groupes politiques [traduction] « nécessite le recours à des instruments de violence comme des gangs, des hommes de main armés [et] le meurtre » (Zaidi 15 août 2011). Mosharraf Zaidi déclare aussi que le PPP et le MQM [traduction] « se disputent le territoire au moyen de la violence » (ibid.).

Partis politiques et violence

Des sources lient les auteurs d'actes de violence aux partis politiques (The Economist 16 déc. 2010; AFP 7 août 2011; BBC 17 août 2011; HRCP 8 oct. 2010; Pakistan 6 oct. 2011, 149-150; Dawn 9 sept. 2011a). Le ministre fédéral de l'Intérieur aurait affirmé que les personnes arrêtées [traduction] « représentent tous les partis politiques » (ibid. 9 sept. 2011b). Des médias associent des gangs ethniques à Karachi aux partis politiques (BBC 29 août 2011; The Economist 27 août 2011; VOA 22 août 2011). Dans sa décision du 6 octobre 2011, la Cour suprême du Pakistan a fait [traduction] « observer » que certains groupes ont « l'appui ou le soutien politique, moral et financier des partis politiques » (Pakistan 6 oct. 2011, 149-150). De plus, des sources mentionnent que certains partis politiques ont leurs propres ailes militaires (HRCP 8 oct. 2010; AFP 7 août 2011) et qu'elles commettent des actes de violence à Karachi (ibid.). L'AFP signale qu'un professeur de l'Université urdu accuse les ailes militaires de travailler à [traduction] « maintenir l'influence de leurs partis, empêcher les groupes rivaux de s'introduire dans leurs territoires et forcer les gens à rester loyaux » (ibid.).

La Cour suprême et la HRCP déclarent que tous les partis politiques sont responsables de la violence qui sévit à Karachi (Pakistan 6 oct. 2011, 99; HRCP 8 oct. 2011). On peut lire dans le journal Dawn que des [traduction] « meurtriers » arrêtés ont avoué leur appartenance à différents partis politiques et ont dit qu'ils étaient « particulièrement chargés de tuer des personnes » qui auraient, par exemple, omis de payer un parti politique ou de suivre les ordres de supérieurs (9 sept. 2011a). D'après la BBC, les auteurs d'actes de violence sont protégés par les politiciens (17 août 2011).

Amnesty International (AI) déclare que [version française d'AI] « [l]es homicides ciblés […] ont été attribués aux forces de sécurité, à des groupes politiques et à des groupes armés non-étatiques » et que des policiers sont aussi impliqués dans « de nombreux […] homicides » (7 juill. 2011). Des sources signalent que la police se livre également à des exécutions extrajudiciaires (HRCP avr. 2011, 76; Human Rights Watch janv. 2011, 2; Freedom House 2011).

Intervention de l'État

Des médias affirment que des [traduction] « forces paramilitaires » (The Guardian 28 août 2011), appelées Rangers, menaient des activités à Karachi en juillet, août et septembre 2011 (ibid.; The Nation 9 juill. 2011; Dawn 26 août 2011; ibid. 15 sept. 2011). La Cour suprême du Pakistan souligne que le 8 juillet 2011, le gouvernement du Sindh a habilité les Rangers [traduction] « à arrêter les criminels qui s'en sont pris à d'innocents citoyens en ouvrant le feu sur eux et en les tuant » (Pakistan 6 oct. 2011, 24). On peut lire dans le journal Dawn que les Rangers se sont vu accorder temporairement, et non de façon permanente, [traduction] « des pouvoirs spéciaux leur permettant de procéder à des fouilles et à des arrestations », et ce, uniquement pour 90 jours (15 sept. 2011). On peut aussi y lire que les Rangers déclarent avoir arrêté approximativement 236 suspects et saisi environ 327 armes (Dawn 15 sept. 2011). Cependant, le journal Dawn doute de l'efficacité des Rangers et affirme que les personnes arrêtées pouvaient être [traduction] « de petits criminels ou d'innocents citoyens » (26 août 2011). Le ministre de l'Intérieur du Pakistan aurait dit que les efforts des Rangers seraient [traduction] « vains » si les factions armées des partis politiques continuaient de mener leurs activités (Dawn 15 sept. 2011). Il a aussi dit que [traduction] « "une loi doit être adoptée pour empêcher tous les partis politiques d'avoir des ailes militantes ou de compter des criminels dans leurs rangs" » (ibid.). La HRCP aurait déclaré que la présence des Rangers ne constitue pas une [traduction] « solution à long terme » pour mettre fin à la violence à Karachi (ibid. 9 oct. 2011).

De plus, le gouvernement du Sindh aurait lancé, en juillet 2011, l'ordre de [traduction] « tirer à vue » (Nations Unies 11 juill. 2011; AI 8 juill. 2011), donnant aux responsables de l'application de la loi l'instruction de [version française d'AI] « "tirer à vue" sur des hommes armés impliqués dans les récentes violences ethniques » (ibid.). D'après les Réseaux d'information régionaux intégrés (IRIN) des Nations Unies, parmi les autres mesures prises par l'État pour lutter contre la violence à Karachi, il y a les patrouilles de police et de troupes paramilitaires dans certaines zones, l'installation de barrages et de points de contrôle dans quelques rues, les interrogatoires de routine et la détention de suspects (Nations Unies 11 juill. 2011). Toutefois, l'AFP souligne que les forces policières et paramilitaires supplémentaires en place [traduction] « ne font rien pour aider » (7 août 2011). Reuters déclare que des caméras de surveillance sont installées (28 août 2011). Des médias affirment que l'intervention de l'armée a été demandée par les entreprises (The Guardian 28 août 2011; The Economist 27 août 2011; Reuters 28 août 2011) et d'autres parties concernées (ibid.; AFP 8 oct. 2011). La Voix de l'Amérique (VOA) souligne que le chef de l'armée a offert de [traduction] « rétablir la paix si le gouvernement demande de l'aide » (22 août 2011).

Selon la HRCP, [traduction] « le gouvernement a totalement échoué à garantir la sécurité des personnes ou des biens » (8 oct. 2011). L'AFP mentionne que les citoyens considèrent la police comme [traduction] « une force où les nominations sont politiques » (29 août 2011). La Cour suprême du Pakistan signale que les policiers [traduction] « peuvent être punis pour avoir fait leur devoir si celui-ci va à l'encontre des objectifs politiques du parti au pouvoir » (Pakistan 6 oct. 2011, 149). La Cour suprême et la HRCP ont demandé la dépolitisation de la police (ibid., 150; HRCP 8 oct. 2011). La Cour suprême a ajouté qu'à moins que la police ne soit dépolitisée et renforcée, [traduction] « il est probable que [la situation en matière d'ordre public] s'aggrave dès que les Rangers cesseront d'apporter leur aide » (Pakistan 6 oct. 2011, 150).

Des sources affirment également que les policiers n'ont aucun pouvoir (Nations Unies 11 juill. 2011; AFP 7 août 2011), manquent de ressources (Reuters 28 août 2011; AFP 8 oct. 2011; HRCP 8 oct. 2011), et sont [traduction] « inadéquatement préparés » (ibid.). L'analyste politique Mosharraf Zaidi dit que la [traduction] « les forces policières ne sont pas en mesure de maintenir l'ordre » à Karachi (15 août 2011). D'après Reuters, les intervalles entre les attaques violentes diminuent, ce qui signifie que les policiers n'ont pas assez de temps pour recueillir des renseignements (28 août 2011). La Cour suprême du Pakistan affirme que divers groupes commettant des actes de violence ont qualifié certaines zones de [traduction] « quartiers très dangereux où l'on ne peut entrer » (Pakistan 26 oct. 2011, 152).

Un agent de police de la capitale de Karachi aurait déclaré que les forces policières ne [traduction] « font rien » relativement aux « personnes qui commettent des meurtres ciblés » à Karachi (Pakistan Today 18 août 2011). On peut lire dans The Economist que les policiers [traduction] « n'interviennent pas » dans le conflit (27 août 2011). La HRCP précise que, souvent, les agents de police souhaitent ne pas prendre part aux conflits parce que des centaines de policiers à Karachi ont été tués au cours des dix dernières années (8 oct. 2011). La Cour suprême affirme aussi que les policiers craignent d'être abattus par les personnes qu'ils ont arrêtées ou leurs [traduction] « associés » (Pakistan 6 oct. 2011, 149). Des sources font état du fait que la police n'intervient pas dans les cas d'extorsion (ibid., 86; HRCP 8 oct. 2011). Le moral de la police serait bas (ibid.; Pakistan 6 oct. 2011, 149).

Selon la HRCP, le personnel paramédical et d'urgence doit faire preuve de prudence quant aux personnes qu'il soigne, car on pourrait considérer qu'il appuie un groupe ethnique en particulier, même s'il traite simplement une victime de violence (8 oct. 2011). The Economist mentionne que certains hôpitaux n'acceptent que des patients ayant une origine ethnique précise (27 août 2011), alors que la HRCP déclare que les victimes sont conduites dans des hôpitaux [traduction] « favorables à un groupe ethnique » en particulier (8 oct. 2011). On peut lire dans The Economist que les chauffeurs d'ambulance doivent appartenir au même groupe ethnique que les personnes vivant dans le district où ils doivent se rendre, sinon des [traduction] « malfaiteurs armés » empêcheront l'ambulance d'y pénétrer (27 août 2011).

La HRCP affirme que le gouvernement n'a pas rendu justice aux familles des victimes (8 oct. 2011). D'après elle, [traduction] « même lorsque des plaintes sont déposées auprès de la police et que des arrestations sont effectuées, les familles ne constatent aucune progression du processus judiciaire » (HRCP 8 oct. 2011). Le directeur du programme Asie-Pacifique d'Amnesty International affirme que [version française d'AI] « "[m]ême lorsque des enquêtes ont été ouvertes dans quelques cas médiatisés, elles ont laissé à désirer ou n'ont pas permis de régler les problèmes systémiques favorisant l'impunité" » (7 juill. 2011). La Cour suprême du Pakistan a demandé la création d'une commission indépendante chargée d'évaluer les pertes des citoyens et de les dédommager [traduction] « sans considération partisane » (Pakistan 6 oct. 2011, 153,154).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références

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Autres sources consultées

Sites Internet, y compris : États-Unis — Department of State; European Country of Origin Information Network; Factiva; Human Rights Watch; Human Security Report Project; Institute for War and Peace Reporting; International Crisis Group; Nations Unies — Rapports du Secrétaire général au Conseil de sécurité, Refworld.

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